Articles Tagués ‘Androïde’

Ghost in the Shell

C’était nul. Archi-nul. En même temps quand on décide d’adapter l’adaptation culte d’un mange culte (donc, vous voyez déjà le niveau : Hollywood pompe directement l’anime, soit la vision de Mamoru Oshii, pas le matériau de base), de faire un bon gros whitewashing des familles avec Scarlett Johansson (ce qui aurait pu passer – en toute honnête – s’il n’avait pas décidé d’y accoler pour de vrai le nom de Mokoto Kuzanagi) et en plus de foutre à la réalisation un tacheron incompétent comme Rupert Sanders (je vous invite à lire mon article sur son Blanche Neige), il n’y a pas de miracle : le film est une sombre bouse dénuée d’intérêt. Le plus pathétique restant le copié-collé des scènes de l’anime (un tacheron incompétent, je vous dis !). Le plus triste restant la musique emblématique de Kenji Kawai au générique de fin, comme l’ultime pied de nez au fan de la version animée. Bref, aucun, aucun, aucun intérêt, sinon rappeler l’urgence de voir ou revoir le chef d’oeuvre de Mamoru Oshii.

0.5/5

The Fate of the Furious

Pour ceux qui tiennent les comptes, c’est le 8e opus de la franchise. Et les comptes il faut les tenir parce que la série s’auto-référence désormais. Alors, à moins d’être des hardcore fans, vous hausserez le sourcil en vous demandant « c’est qui lui ? », « et elle, elle dans quel épisode déjà ? ». La série est comme son interprète principal, elle se prend trop sérieux la plupart du temps. Faut arrêter, les gars, depuis quand des vulgaires voleurs de bagnoles sont devenus des Jason Bourne ? Au final, le film ne brille que par ses moments WTF, comme la horde de voitures zombies… Il aurait fallu que tout le reste soit comme ça.

2.5/5

Le Correspondant

Le Correspondant est une comédie pour ados bien sympathique. Elle ne marquera pas les esprits bien longtemps mais il y a quelques moments vraiment drôles. Après, si j’ai autant d’affection pour ce film, c’est que j’avais commencé à développer un roman sur exactement le même genre de prémices. Du coup, j’ai dû passer à autre chose.

3/5

Jamais Contente

C’était LA bonne surprise côté comédie française sur ce mois. L’adaptation d’un roman jeunesse est vraiment réussie (enfin, le film est réussi, l’adaptation en soit, j’en ai aucune idée parce que j’ai pas lu le matériau de base). La force du film est de mettre en valeur le moment particulier de la vie adolescente, la phase rebelle égoïste, avec justesse. La gamine est énervante et touchante à la fois. Mention spéciale à la bande son qui soutient le film à merveille (Black Rebel Motorcycle Club en tête)

4/5

Quartier Lointain

Encore une adaptation, et cette fois, j’ai lu le matériau de base : un manga de Jirô Taniguchi. Si le film respecte dans les grandes largeurs les intentions du mangaka, force est de constater que c’est bien mou et que ça ne marche pas aussi bien. Le film repose plus sur son univers 50’s que sur son propos. Et c’est bien dommage. Donc maintenant, vous avez le choix entre investir dans un DVD moyen qui ne parlera qu’à ceux qui ont lu le manga ou investir dans un excellent manga…

3/5

The Mechanic

Ah, un bon gros actionner débridé avec Jason Statham. Que demande le peuple, sinon du pain en plus de ça ? C’était fun, à la limite de la façon dont la licence vidéoludique Hitman aurait pu être traitée dans son approche des contrats. Ca vide le cerveau pour pas un rond ou presque et difficile d’en demander plus d’un film avec Jason.

3.5/5

Mechanic: Resurrection

La suite bien dispensable. Réalisée 5 ans plus tard pour une sortie direct-to-DVD, on se demande pourquoi les producteurs perdent leur temps avec ce genre de film (à défaut de perdre leur argent de toute évidence). Il faut vraiment des fans de Jason Statham comme mes parents pour oser aller mater ça de son plein gré. Restez sur l’impression du premier opus dont vous n’aviez jamais entendu parlé avant de lire cet article.

1.5/5

7 Days in Hell

Une espèce de docu-fiction sur un match de tennis qui dura une semaine entière. Avec Andy Samberg et Kit Harington dans les rôles des duellistes de la balle jaune. C’était vraiment drôle, complètement con en fait, mais avec des interviewés comme Serena (ou Venus) Williams qui en parle avec sérieux et les rebondissements complètement WTF, je dois avouer que si vous ne deviez consacrer que 45 min de votre temps à regarder quelque chose dans cette liste, ce serait sur 7 days in hell.

4.5/5

Gifted

Un petit film mignon, sans prétention mais qui marche 1000 fois mieux que les grosses machineries présentées plus tôt.

4/5

The Circle

C’est un peu la déception. Il s’agit d’un film qu’on m’a surement trop hypé comme Apple ft. Facebook ft. 1984. Au final, je le trouve assez moyen, pas assez développé dans la charactérisation de ses personnages, a fortiori celui d’Emma Watson. Je ne comprends pas spécialement ses motivations dans le film, à moins qu’elle soit une grosse sociopathe à tendance paranoïaque… Bref, déçu. Très déçu.

2.5/5

Colossal

Autant sur le principe, j’adorerais Colossal, autant sur le traitement, j’ai eu du mal à accrocher. Et c’est uniquement à cause de la bande-annonce qui markete le film n’importe comment. A savoir, une comédie. Il y a des éléments rigolos mais Colossal n’est en rien une comédie et ça m’a perturbé au visionnage car je n’étais pas dans le bon état d’esprit. C’est la raison pour laquelle je ne mettrais pas de BA et que je vous invite à vous faire votre propre avis. En soi, je le répète, Colossal est vraiment bon, que ce soit dans les thèmes abordés ou leur traitement à l’image, c’est juste dommage que tout soit foiré sur une comm’ hasardeuse.

2.5/5

Going in Style

Il s’agit d’un film de Zach Braff. Le type qui a fait Garden State. Et c’est là où le bât blesse. Car Braff est un auteur que j’apprécie, qui a son univers, un prisme sur le monde et le cinéma intéressant (dans le jargon, c’est un « indé »). Et Going In Style est d’une platitude sans nom. N’importe quel Yes Man aurait pu se coller à la réalisation et sortir le même film. Reste le casting 3 étoiles pour sauver ce film de la banalité.

2.5/5

King Arthur: The Legend of the Sword

Le plus gros échec au box office de l’année. Les raisons en sont variées: budget complètement délirant (genre 275M$ marketing compris!), Charlie Hunnam incapable de porter un film (hum… Pacific Rim anyone ?), thème qui n’inspire pas vraiment la nouveauté (la légende arthurienne…) et j’en passe. Et pourtant, en qualité de divertissement pure, je trouve que le film fait le job. Ou plus exactement, Guy Ritchie fait le job, dépoussiérant façon rock n roll le mythe d’Arthur comme il l’avait fait avec Sherlock Holmes. Alors oui, le film vire complètement cheesy série B fantasy, mais le fait est que ça marche et qu’on passe un bon moment. Il faut avouer que la bande son et le montage y sont également pour beaucoup dans mon appréciation du film. Bref, King Arthur ne mérite pas la descente en flammes qu’il a connue.

4/5

Spectre

Hormis Casino Royale, je dois avouer que l’ère Daniel Craig dans les chaussures de 007 me laisse de marbre. Je ne le trouve pas particulièrement adapté au rôle, ni investi dedans (confirmé par toutes ses déclarations) et surtout, les scénarios s’emberlificotent dans des tortueux chemins à base de références d’autres films (sérieusement, vous vous souvenez de Quantum of Solace vous ?). C’est exactement le même problème que pour Fast & Furious 8 dont je parlais plus haut. La sérialisation des films. Ou comment le cinéma vampirise la télévision sans en comprendre les rouages : 1 film tous les 4 ans, ce n’est pas la même chose qu’une série toutes les semaines. Personnellement, je ne me souviens pas de tout ce qui s’est passé dans les films précédant Spectre pour réellement piger ce qui s’y passe. En d’autres termes, je me suis bien ennuyé…

1.5/5

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The Machine : Affiche

The Machine est un film écrit et réalisé par Caradog W. James avec Caity Lotz (Arrow) et Toby Stephens (Black Sails)

Quelque part dans un futur incertain, c’est la guerre. Un chercheur travaille sur la création d’un androïde puissant, autonome et conscient pour une société rattachée au gouvernement qui cherche le soldat dispensable. Mais lui, tout ce qu’il veut c’est une alternative pour sauver l’âme de sa fille…

Donc, c’est un film avec des robots…

Ouaip.

Encore un truc qui parle d’intelligence artificielle, de machines conscientes et de la peur que ça provoque ?

Ouaip.

Du genre qu’on a vu des centaines de fois depuis Terminator, Ghost in the Shell, AI, Blade Runner et j’en passe ?

Ouaip.

Mais pourquoi t’as regardé ce Direct-To-DVD alors ?

Ya Caity Lotz…

Oh… OK…

J’avoue. Sans la perspective de passer une heure et demie en compagnie de la charmante Caity Lotz, il est fort probable que je ne me serais même pas intéressé à ce film, tant les thèmes qu’il aborde sont éculés et en manque d’un certain renouvellement. J’assume. D’autant plus qu’elle est très jolie.

Et la première bonne surprise du film était de voir que non seulement elle est jolie, mais en plus elle est crédible dans son rôle de nouvelle androïde innocente qui découvre la vie et durant les phases de combat où elle assume toutes ses cascades. Ceux qui ne la connaissent qu’à travers son rôle de Black Canary dans Arrow pourront la découvrir dans une gamme d’émotions nettement plus large.

Elle est accompagnée par Toby Stephens, plus monolithique dans son interprétation d’un scientifique obsédé par l’idée de sauver sa fille malade, plus froid, moins attachant. Ce qui n’est pas sans donner une nouvelle dimension au film en comparant les émotions de l’humain et les émotions de la non-humaine.

En marge de cela, il faut bien juger le film sur autre chose que Caity Lotz. J’en conviens et le tableau devient un peu moins attrayant. Comme suspecté en voyant la bande-annonce, les thèmes sont exploités sans une once d’originalité et dans un contexte qui aurait gagné à être simplifié. Il aurait été plus judicieux de sortir le film de son espèce de guerre froide avec la Chine et de mettre dans un cadre nettement plus intimiste (une simple corporation d’ingénierie militaire par exemple) avec en ligne de mire le profit et des conflits plus proche de nous (Afghanistan, Syrie…). Les thèmes liés à l’intelligence artificielle sont classiques (quelle est la différence entre l’intelligence et l’artifice de l’intelligence ? une machine pensante est-elle la fin de l’humanité ? une machine peut-elle avoir des sentiments ? qu’est-ce que la vie ?) et sûrement un peu gâchés par l’aspect machine de guerre.

The Machine : Photo Caity Lotz

Bref, on ne réinvente rien. Et dans les mêmes thématiques, je pense qu’il faudra mieux se pencher sur Her de Spike Jonze. Une véritable merveille et qui a le bon goût de proposer plus que la réflexion sur la vie artificielle en proposant l’exorcisme de la relation du réalisateur avec Sofia Coppola (où comment deux êtres qui s’aiment peuvent être amenés à accepter qu’ils ne sont plus en phase pour être ensemble, l’autre version de l’histoire Lost in Translation par Coppola en fait). Je ne ferai pas de chronique sur Her, sachez juste qu’il faut le voir absolument. Point barre !

Her : Affiche

Si ça c’est pas une affiche qui vous motive à mater ce film, je sais pas ce qu’il vous faut !

Fin de la parenthèse Her.

La réalisation de The Machine est agréable sans être renversante, et le directeur photo a visiblement été à l’école J.J. Abrams pour nous coller du lens flare dans tous les plans ou presque. On est rendus bien bas pour désormais associer science-fiction et lens flares ! Le grain de l’image est assez sale et couplé au son de synthé qui rappelle inlassablement Vangelis, il est fort possible que le film fasse une référence-hommage appuyée à la décennie 80 et revendique ses influences maître-étalon que sont Blade Runner et Terminator.

Avec un million de £ au compteur, The Machine tiendrait plus de la série B fauchée mais elle se révèle de très bonne facture en jouant sur un certain minimalisme et des effets spéciaux discrets et propre. Et pour de la série B, c’est plutôt bon ! Certains pourront lui reprocher la dernière partie action avec la « libération » de la machine et la fin « Skynet », j’aurais pour ma part tendance à mettre au pilori la relation floue entre le scientifique et sa création, qui s’assume mal en naviguant entre plusieurs eaux (amants ? parents ? prof-élèves ?)… Le méchant est vraiment pas terrible non plus (alerte aux clichés).

The Machine : Photo

Et un lens flare pour la route !

J’étais venu pour Caity Lotz, je suis tombé sur une bonne surprise. Pas une pépite, mais une surprise.

The Machine se situe quelque part entre Blade Runner et Her, deux films que je vous recommande. Je reste persuadé que beaucoup feront l’impasse sur cette série B qui n’est pourtant pas dénuée d’intérêt grâce à la très bonne prestation de Caity Lotz. Les amateurs de la belle y trouveront leur compte, les amateurs du genre auront un petit bonbon à sucer en lieu et place d’un n-ième visionnage des grands classiques de la SF traitant d’intelligence artificielle. Une curiosité vraiment recommandable en dépit de ses défauts.

Et une bande-annonce pourrie, une !

Et ça, c’est cadeau !

Blade Runner est un film qui, plus de trente ans après sa sortie, n’en finit pas d’attiser les débats et les esprits autour de ses thèmes et ses questions sans réponse. Il s’agit pour moi de l’un des films les plus brillants de la création et je ne me lasse ni de le revoir, ni d’en parler.

Pour mémoire, j’ai déjà expliqué en long, en large et en travers mon point de vue sur LA question qui enflamme les esprits : Deckard est-il un replicant ? Si ce n’est déjà fait, je vous invite à le lire ou le relire en préambule de cet article (ce qui vous permettra de vous remettre en mémoire les différents personnages : Deckard, Gaff et Rachel).

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un élément central de la question susnommée : la licorne !

Pour mémoire encore, je vous propose de visionner la séquence onirique en question :

Pourquoi cette licorne est-elle au cœur du débat ? Parce qu’elle apparaît à la fin du film, sous forme d’origami laissé par Gaff. Parce qu’elle apparaît en rêve à Deckard dans une séquence qui, remise dans son contexte, n’a pas grand chose à voir avec la choucroute d’un film noir, de surcroît un film noir qui lorgne du côté du cyberpunk. Ce n’est qu’un plan éthéré de quelques secondes bien what-the-fuckesque, qui suivant son introduction ou pas dans le film change radicalement la donne de sa lecture globale. Car, oui, suivant les montages (5 officiels au total), la licorne apparaît ou disparaît du film.

L’origami de la licorne est présent dans le script originel du scénariste Hampton Fancher. La licorne qui court au ralenti crinière au vent, elle, ne l’est pas. L’ajout de la licorne est donc un ajout et une volonté du réalisateur Ridley Scott. (Cela dit en passant, la disparition du rêve de la licorne défendu bec et ongles par Scott est à mettre en premier lieu sur le dos des studios jugeant la séquence, je cite, « trop arty ». En d’autres termes, « le spectateur moyen il est con, faut pas trop lui en demander avec les plans sans intérêt ». Ce qui explique qu’il faille attendre la première Director’s Cut pour voir apparaître la licorne.)

D’un côté, nous avons Fancher qui dit avoir débuté l’écriture du film en pensant Deckard comme un humain mais a choisi de laisser l’interprétation finale de sa nature au spectateur. De l’autre, nous avons Scott qui ne sait jamais caché de dire que Deckard était un androïde. Si l’on brandit le scénario en s’établissant sur les faits, la balance penche du côté des pro-humains. Ceci dit, on aurait tort de baser son argumentation uniquement sur un point de détail qui apparaît ou disparaît suivant les montages.

Mais avant de s’attarder sur cette courte séquence, il convient de se poser une première question : pourquoi diable ce coquin de Gaff laisse-t-il une licorne en papier argenté à la fin ? Pourquoi ne laisse-t-il donc pas un bateau en papier plutôt ? C’est plus facile à faire et ça dit clairement « je vous laisse prendre le large tout pareil » me direz-vous.

Afin de mettre tout le monde d’accord et qu’on parte sur les mêmes bases, compte tenu du fait que l’origami de la licorne apparaît dans la scène où Deckard décide de s’enfuir avec Rachel, juste après que ce dernier lui ait rappelé « Too bad she won’t last », la licorne (au moins dans sa version papier) représente de façon plus qu’évidente le personnage de Rachel. J’en veux pour preuve définitive la croyance populaire que la licorne est un animal sauvage qui ne peut vivre qu’en forêt et dépérit en milieu urbain : quel est la dernière scène du script (l’endroit où Deckard emmène Rachel) ?

EXT. WOODS – DAY

Rappelons enfin que la licorne est en papier métal, ce qui se passe d’explications quant à son affiliation au replicant.

Et pour mieux comprendre pourquoi cet animal et non une cocotte en papier, il faut revenir sur les symboliques propres à la licorne (a fortiori les symboles occidentaux, plus proches de la culture « naturelle » du scénariste).

  1. La licorne représente la dualité et l’union des contraires, de part son aspect mi-cheval, mi-chèvre et re mi-cheval derrière mais aussi de part la torsade de sa corne. Elle présente la dualité de l’être, à cheval (sans mauvais jeu de mot) entre sa condition mécanique et ses aspirations humaines.
  2. D’après les légendes, seule une vierge peut approcher et toucher une licorne. De tous les qualificatifs qu’il est possible d’appliquer à Rachel, virginal est l’un des plus appropriés. Dans le même genre d’idées, la licorne est aussi symbole de pureté.
  3. Si l’on en croit certaines interprétations, la licorne est un animal « entre le ciel et la terre ». La position de sa corne, au niveau du troisième œil, est comme une projection verticale de celui-ci, un lien entre les forces telluriques et les forces cosmiques. Pour être plus explicite, un animal qui appelle à la transcendance vers le divin. Le divin, dans Blade Runner, c’est Tyrell : celui qui fabrique l’homme… les replicants. (La symbolique du divin est aussi une thématique du film qui mériterait un approfondissement)
  4. Toujours dans la symbolique divine et notamment chrétienne, la licorne représente la Vierge Marie fécondée par l’esprit Saint, puis par extension le Christ. Le fils de Dieu, Tyrell, dans le cas qui nous intéresse.
  5. La licorne est aussi un symbole d’amour, liant la pureté de la robe blanche à la femme (couleur souvent associé à la femme et à la lune (bien que cette dernière – suivant les religions – puisse représenter l’homme)) (rappelons encore que seule une femme peut approcher une licorne) et l’homme avec cet évident symbole phallique au milieu du front. La seule intrigue amoureuse du film (à l’exception notoire du couple Roy-Pris) lie Rachel et Deckard.
  6. La licorne, c’est aussi le symbole de l’exclusion, le cheval qui n’en est pas un. L’humaine qui n’en est pas une…

File:Domenichounicorndetail.jpg

Pour les pro-humains de la thèse Deckard, j’en profite pour leur donner un peu d’eau afin d’alimenter deux moulins:

  • La licorne est un animal mythique dont l’existence reste sujet à caution et appartient plus au domaine du fantasme qu’à la réalité. Rachel symbolise donc l’animal mythique de Tyrell, le replicant parfait, l’humain artificiel. De part sa nature unique et fantasmée, la licorne ne représente qu’une seule personne, qu’un seul répliquant qui s’ignorait. Rachel. Pas Deckard.
  • Si la licorne est bien l’union des contraires, elle ne symbolise non pas Rachel, mais Rachel ET Deckard. L’homme et la femme, l’humain et l’androïde.

Mais si Gaff connaît la véritable nature de Rachel (et Deckard, peu importe qu’il soit 100% humain ou pas d’ailleurs), quel est alors son dernier message ?

  • L’interprétation bisounours : Rachel est une licorne et doit retourner à son milieu naturel (les bois de la dernière scène), loin des hommes.
  • L’interprétation sectaire: L’androïde au milieu des Hommes, pour rappeler que la licorne symbolise l’exclusion. Par extension, Gaff avertit Deckard que quoi qu’il fasse, elle ne sera jamais comme lui et qu’il ne pourra pas vivre longtemps avec cette chimère. A cause de la date de péremption de Rachel ou, a contrario, dela vieillesse de Deckard qui ne pourra plus s’accorder à l’éternelle jeunesse de sa compagne puisque la date de péremption du modèle de Rachel n’a jamais été abordée voire même carrément supprimé si l’on en croit une ligne de script.
  • L’interprétation réaliste : Rachel est un fantasme. Un rêve. Et comme tous les rêves, il prendra fin de façon abrupte (« Too bad she won’t last »). Gaff sait que Deckard va récupérer et s’enfuir avec sa licorne, il lui rappelle simplement une dernière fois la dure réalité de sa condition « d’espèce disparue ».
  • L’interprétation chasseur : Si Gaff associe Rachel la replicante à une licorne, on peut alors rapprocher la traque de Deckard à l’une des nombreuses chasse à la licorne qui parsème Histoire. En laissant une licorne métallique à Deckard, Gaff lui envoie deux messages que je ne trouve pas dénué d’intérêt pour un épilogue : 1. Au cas où t’es pas au courant, Rachel est une androïde et 2. si tu te casses avec elle, la chasse reprend et c’est moi qui viens la chercher.

Là-dessus arrive le Final Cut, avec l’insertion du plan de la licorne tandis que Deckard joue du piano tandis qu’il est passablement bourré. La couche d’interprétations par dessus la couche d’interprétations relance le débat sur la véritable nature de Deckard et comment Gaff peut-il s’avoir que Deckard a eu cette vision de licorne pour faire à la fin un origami de licorne ? En d’autres termes, la symbolique de licorne se déplace(-rait) de Rachel à Deckard, lâchant la bombe Deckard = Replicant.

Et à ce propos, je rappelle la symbolique 4. sus-présentée

On voit plus un flash qu’un réel rêve. Mais même si ce n’est qu’un flash, qu’est-ce qui le déclenche ?

  • Rachel, et par une association d’idée, c’est une licorne et sa pureté qui lui sont renvoyés. (Oui, je mets toutes les interprétations bisounours que je trouve)
  • Lui-même, en quête d’une identité devant ses photos anachroniques. Il se pose de grandes questions métaphoriques sur sa propre existence comme la plupart des mecs bourrées ; il voit l’image de cheval mythique. Admettons. Si ma théorie Gaff = Deckard tient la route, il est logique de penser que Gaff a lui-même eu ces mêmes interrogations et qu’il a vu la même image, d’où son message à l’épilogue. C’est ainsi que j’aime analyser le Final Cut, alors que je crois sincèrement préférer le script sans ce plan pour laisser plus de latitude au spectateur de se faire sa petite masturbation intellectuelle sur les agissements de Gaff.
  • Le script de base fait clairement référence aux implants, ceux de Rachel. Dans le cadre de l’hypothèse Deckard = Replicant, l’explication la plus logique est d’associer le rêve de la licorne à un implant mémoriel (qu’il soit commun à tous les replicants, à cette génération, à ce modèle ou à cette mémoire en particulier pour justifier ma théorie Deckard = Gaff –  ce dernier ayant eu les mêmes visions pour être de la même « souche mémorielle »). D’un point de vue strictement technique, ça se tient et on pourrait s’en tenir là. Cela explique aussi pourquoi Gaff lui laisse un dernier message, façon « Tu sais. Je sais. Maintenant, tu sais que je sais » avec un très optionnel « Profites-en, ça va pas durer parce que 1. vous avez une durée de vie limitée ou plus probablement 2. je vais vous traquer ». Personnellement, je trouve plus intéressant de ne pas entériner l’idée de l’implant. Essentiellement parce que le rêve de la licorne est absent du script.
  • Rien de particulier. Et c’est ici que le film fait de la mise en abîme. La licorne est utilisée comme message subliminal. Deckard est en train de chasser des Replicants, c’est son boulot. Il est déchiré par l’alcool et c’est l’image d’une licorne qui arrive, indépendamment d’un implant ou quoi que ce soit. C’est une image, et Deckard (tout comme le spectateur) l’associe à ce qu’il vit : la déprime existentielle bourré suite à la traque de replicants (rappel : chasse au replicant = chasse à la licorne). A la fin du film, Gaff laisse une licorne métallique ; cette référence à la licorne s’intègre alors aux codes du film noir, celui où le traqueur (le flic borderline généralement) n’est pas réellement différent de celui qu’il traque (le méchant pas si méchant, même Roy). Deckard « rêvant » précédemment d’une licorne reçoit un message définitif sur sa propre condition (Rachel = replicant = licorne = Deckard), message qu’il accueille comme une demi-surprise avec ce bref hochement de tête en prenant la licorne.

Ceux qui veulent encore pousser l’analogie de la licorne comme avatar de Deckard peuvent s’appuyer sur la croyance populaire que seule une jeune femme vierge peut s’approcher et dompter une licorne. La vierge en question étant bien évidemment l’innocente Rachel.

On pourrait encore palabrer des heures sur cette licorne, pousser encore plus loin la psychanalyse de l’animal en toquant à la porte de Jung ou en remontant ses traces de sabots dans les différentes mythologies, mais on va se forcer à conclure en relançant le débat sans fin sur la nature de Deckard avec une autre interprétation de la théorie de la licorne :

Si appliquée au Replicant la licorne symbolise à la fois l’Amour et la Chasse, alors un humain est envoyé chasser des replicants et une replicante tombe amoureuse d’un humain. Mais si le replicant est envoyé chasser des replicant, si la replicante tombe amoureuse d’un répliquant, n’y a-t-il alors plus aucune dualité, donc plus aucun conflit ?

Blade Runner est une source intarissable de discussions et d’interrogations, un film qui mérite son statut culte et réserve peut-être encore de nombreux articles sur ce blog (symbolique de l’œil, des animaux, la représentation de Dieu, l’identité de soi, la mémoire…)

Et pas une seule fois on n’aura parlé de moi !

Je vais céder à la mode des bilans de fin d’année pour palier le manque relatif de chroniques culturelles durant le deuxième semestre. Concentrons-nous donc sur les séries télé de cette année (même si techniquement, on est en milieu de la saison US et des séries ont encore 4 ou 5 mois pour rattraper le niveau ou alors carrément s’enfoncer dans la médiocrité). C’est sélectif car on ne peut être exhaustif dans ce genre de cas : l’article se concentrera donc plus particulièrement sur mes nouveautés et mes séries qui ont atteint un tournant historique, dont les conclusions.

The Michael J. Fox Show : Affiche

Cette année aura marqué le retour d’anciennes gloires ou de star au potentiel sympathie indéniable. Michael J. Fox est revenu au petit écran pour essayer de renouer avec le succès (époque Spin City) avec une création fortement inspirée de sa vie: The Michael J. Fox Show. Il y est largement question de la maladie de Parkinson, d’une famille nombreuse et unie et du retour professionnel d’une star. Honnêtement, on a là affaire à une petite sit-com sympathique, pas extraordinaire mais toujours agréable à regarder.

Affiche

L’autre retour marquant aura été celui de Robin Williams et Sarah Michelle Gellar dans la sitcom The Crazy Ones, dont l’intérêt vaut surtout pour les pitreries de Williams et la présence rafraîchisante de Gellar après cette série catastrophique où elle tenait le double rôle titre, Ringer. De même que pour la précédente, le rythme de croisière est assuré par des lead-in puissants (le désormais indétronable The Big Bang Theory, et dans une très moindre mesure Two and a half men) mais n’assure en rien une deuxième saison.

A côté de ses 2 rouleaux compresseurs, Chuck Lorre a aussi présenté cette année Mom, avec Anna Farris. Sitcom qui m’a laissé de marbre et dont je n’ai pas réussi à aller plus loin que le premier épisode, et qui aura sûrement du mal à passer la première saison.

L’ultime tour de piste de How I met your mother est une torture sans nom: à trop tirer sur la corde du concept (on en avait déjà atteint les limites à la saison 6 ou 7), il est devenu pathétique et insupportable de suivre les aventures de Ted et ses amis qui ont perdu toutes leurs saveurs. Il est largement temps que cela s’arrête. Quant au spin-off How I met your father, inutile de dire qu’il faudra l’accueillir avec la prudence nécessaire et qu’on n’est pas à l’abri du néant créatif…

2013 est aussi l’année du départ définitif de la très géniale IT Crowd avec unique épisode pour la dernière saison. Episode pour le moins anecdotique et qui n’atteint même pas la cheville des trois premières saisons.

Autre déception, la quatrième saison de Community. Je n’en attendais rien après que le show-runner Dan Harmon fut viré comme un malpropre de la production, j’avais raison : c’était sans intérêt. Heureusement, son retour pour la cinquième saison augure du meilleur et j’espère que la série retournera à ses racines déjantées.

Toujours au rayon déception, Doctor Who. Je n’ai jamais caché mon amour pour la série et ma déception au changement Tennant-Smith. En fait, pour être exact, la déception ne vient pas tant de Matt Smith qui campe un Doctor fort appréciable mais plutôt du show-runner Steven Moffat et de la façon trop distanciée dont il a choisi d’aborder la série. Il clame que c’est par le spectre de ses compagnons qu’il écrit la série ; certes, mais on s’en retrouve presque à manquer d’empathie pour le personnage principal et le choix de multiplier les siècles qui s’écoulent pour le Time Lord n’aide en rien. L’ajout de Clara est certes appréciable mais elle manque d’une caractérisation claire pour – encore une fois – s’y attacher (et pourtant, j’ai très envie de m’attacher à Jenna Louise Coleman !). Qui plus est, le choix des intrigues est parfois trop haut perché pour qu’on puisse réellement s’y investir (j’en veux pour preuve les deux derniers épisodes en date avec l’anniversaire des 50 ans et un ennemi pour le moins obscur et le spécial Noël et la multiplication inutile des ennemis). Bref, je me suis particulièrement ennuyé et j’ai hâte que Moffat lâche les reines (autant que j’ai hâte de voir Peter Capaldi en action). Je ne retiendrai que l’épisode anniversaire et les adieux poignants du 11ième Doctor pour cette année 2013.

Almost Human : Affiche

Restons dans la Science-Fiction avec un cop-show différent des sempiternels NCIS ou CSI : Almost Human. Les audiences ne sont pas fameuses (je me demande si ce n’est pas conditionné par l’effet J.J Abrams à la production et le public qui commence à s’en méfier…), mais pour une fois que l’on nous propose une série 100% SF non space-opera, on ne va pas faire la fine bouche ! D’autant plus que c’est avec Karl Urban (Dredd), Minka Kelly (Saturday Night Lights) et des androïdes ! J’espère une remontée dans les audiences car on a trop peu l’occasion de voir ce genre de shows ; et pour le coup, c’est nettement moins cheap que des Terra Nova côté FX et réalisation…

Dans le même thème, on remerciera Arte pour avoir diffusé Real Humans en début d’année…

Breaking Bad s’est terminé mais je n’ai pas encore eu l’occasion de voir la dernière saison (ce qui ne saurait tarder). Le spin-off en préparation, Better Caul Saul, me fait exactement le même effet que How I met your father

Arrow n’en fini pas de me surprendre. La qualité générale et les choix artistiques sont parfois discutables, mais j’accroche toujours. Si DC ne brille pas réellement par sa présence dans les salles obscures (même avec Man of Steel), force est de constater que la télévision lui réussit. On attend à présent la série dérivée sur Flash et la série Gotham pré-chevalier noir centré sur Gordon. On attend surtout que Cartoon Network nous remette des séries animées de qualité après la disparation tragique de Young Justice

Under The Dome : Affiche

La vraie purge de cette année 2013 toutes catégories confondus est l’ultra-buzzifiante Under The Dome. Malgré un concept assez intéressant (une petite bourgade isolée du reste du monde par un dôme mystérieux) et un livre de Stephen King pour support original, Brian K. Vaughan réussit le tour de force de proposer des personnages fades au possible (quand ils ne sont pas carrément clichés) et des situations particulièrement débiles. Ajoutons une réalisation des plus approximatives et nous avons LA série inbuvable par excellence, accumulant des audiences démentielles peu justifiées au regard du matériau et une inexplicable saison 2 pour une série au concept somme toute limité. (Pour moi, c’était à ranger avec Harper’s Island sur le concept, une mini-série en 12 épisode pour l’été, point barre !)

Si 2013 fut riche en séries loin de me retourner les chaussettes par leur créativité ou leur routine plan-plan (hein, Californication), il convient toutefois de présenter mes deux coups de coeur : Drifters et Orphan Black.

Drifters : Affiche

Drifters est une série comique comme seule les anglais savent en faire. On y suit le parcours de 3 filles un peu looseuses sur les bords qui essaient de jongler entre boulot et vie personnelle. C’est créé et porté par Jessica Knappett et cela vaut sérieusement le coup d’oeil pour ceux qui en ont raz la soupe des comédies « à la » Chuck Lorre. Comme toutes les séries anglaises, elle aura son goût de trop peu avec ses 6 épisodes pour la première saison.

Orphan Black : Affiche

Orphan Black est sans conteste LA surprise de cette année. Marginale et orpheline, Sarah est témoin du suicide d’une femme qui pourrait être sa jumelle. Pour des raisons financières, elle décide d’assumer sont identité et met le doigt dans un engrenage conspirationniste insoupçonnée à base de clonage humain. Tatiana Maslany est impressionnante dans les multiples rôles qu’elle assume, l’écriture mèle suspense, thriller et science-fiction dans un cocktail prenant qui vous force à bouffer les épisodes comme des dragibus. S’il n’y a qu’une nouvelle série que vous deviez regarder cette année, c’est incontestablement celle-ci ! Addiction garantie !

Une fois n’est pas coutume, intéressons à une analyse de film. Un peu comme ce que j’avais fait pour Twin Peaks. A savoir, c’est mon blog, j’y raconte ce que je veux, a fortiori ce que je pense (même si je ne suis peut-être pas le seul à le penser). Et aujourd’hui, on va s’intéresser à une des plus grandes interrogations autour du plus culte des films de science-fiction : Blade Runner, réalisé par Ridley Scott, scénario de Hampton Fancher et David Webb Peoples, avec Harrison Ford et Rutger Hauer.

Deckard est-il un Replicant ?

L’article est long, je vais dire « oui » tout de suite, pour vous forcer à aller lire les preuves plus bas. Mais avant toute chose, il convient de faire un petit point. Plusieurs en fait.

  1. Ceux qui n’ont jamais vu Blade Runner sont priés de s’esquiver pendant que j’ai le dos tourné (afin que je ne sache pas qui c’est) et d’aller mater le film illico. Bien évidemment, ça risque de spoiler à mort
  2. Il existe 7 versions différentes de Blade Runner. 7 ! Certaines anecdotiques, d’autres changeant les interprétations du tout au tout. Celle de 1982 sortie en salle US par exemple fait la part belle à une happy end moisi pour ne pas déstabiliser ceux qui ne connaissaient Harrison qu’à travers ses rôles récents de Han Solo et Indiana Jones. Afin que tout le monde parte sur la même base, on va étudier la Director’s Cut finale de 2007, sensée correspondre à la vision de Ridley Scott. Ce n’est pas nécessairement ma préférée, mais c’est la plus aboutie et la plus intemporelle (disons qu’on n’a pas l’impression que le film a déjà 30 ans).
  3. Cette analyse n’implique que moi et probablement d’autres personnes qui ont dû dire la même chose ailleurs sur la toile, j’ai pas tout vérifier. Si on est plusieurs, ça pourrait impliquer qu’on ait raison. De toute façon, jamais on aura la réponse à la question et c’est d’autant mieux de préserver cette part de doute autour de l’origine de Deckard. Disons que j’essaie de faire avancer le débat et le mythe.

File:Blade Runner poster.jpg

Maintenant que tout est aplani, commençons avec une analyse de la question, comme on m’a appris en cours quand on se lançait dans une dissertation de philo. Deckard est-il un Replicant ?

  • Deckard est le héros de Blade Runner, interprété par Harrison Ford. Deckard est un Blade Runner à la retraite, retiré des affaires. Un Blade Runner est le nom donné à un agent de cette section particulière de la police chargée de traquer et retirer (bousiller, quoi) des replicants. Si on rappelle Deckard à rempiler, c’est tout simplement parce qu’il s’agit du meilleur et qu’il a 4 replicant qui viennent d’arriver illégalement sur Terre et qu’ils sont pas spécialement jouasses vis-à-vis de leur créateur.
  • Est-il. Bon, bah, c’est un état. Une constante qui définit son identité profonde.
  • Un Replicant. Un Replicant est un être artificiel créé de toute pièce, un machine génétique identique à l’être humain mais supérieurement développée physiquement et intellectuellement. Aujourd’hui, on considérerait plus le produit fini comme un clone que comme un androïde. Ils sont appelés Nexus, se déclinent en différents modèles (plaisir, travailleur, etc), servent principalement aux tâches ingrates (notamment pour la colonisation de Mars et possèdent une obsolescence programmée (ils meurent quand ils sont plus de piles, en gros). Deux points de détails sont à souligner : un Replicant ne possède pas la faculté d’empathie propre à l’être humain, le test Void-Khamph est notamment un des outils du Blade Runner pour déceler ce manque d’empathie ; il possède des souvenirs artificiels génériques ou bien issus de personnes réelles qui leur permettent de leur donner l’illusion de l’existence. Ce qui paraît logique, en leur offrant une vie, il travaille dans de meilleurs conditions psychiques (bien que ça reste des esclaves…)

Si Roy Batty ou Pris ont parfaitement conscience de leur statut factice, ce n’est pas le cas de Rachel – interprétée par Sean Young – à laquelle on a implanté les souvenir de la nièce de Tyroll et qui se croit absolument humaine. En d’autres termes, les Nexus-6 ont conscience de leur état (malgré eux ?), la génération suivante – Rachel – non. Si Rachel n’est pas humaine et n’en a pas conscience, se pourrait-il qu’il en soit de même pour Deckard ? La question est légitime, d’autant plus légitime qu’il n’est jamais  dit que Deckard ait été soumis au test Void-Khamph. Quand bien même il y aurait été soumis, le Blade Runner analyste aurait pu se faire berner tout comme Rachel aurait pu passer au travers des mails du test s’il avait été effectué par quelqu’un d’autre que le meilleurs des Blade Runners !

Avant de répondre à la question, il convient de s’attarder à la genèse du film et à l’opinion des différents intervenants.

  • Harrison Ford pense que Deckard n’est pas un Replicant.
  • Ridley Scott veut que Deckard soit un Replicant. Au cours d’une interview pour un documentaire autour du film, il lâche la bombe et affirme devant la caméra que Deckard est un Replicant.

Oui, certes, mais j’en envie de dire : Quelle est la légitimité de Ford ou Scott pour affirmer telle ou telle chose sur un personnage ? Et j’ai envie de répondre : aucune ! La véritable personne qu’il faut interroger, c’est le scénariste ! C’est lui qui pense les personnages, leurs émotions et leurs péripéties ! Ridley Scott est mignon, mais il n’est pas le seul porteur du film et tiré la couverture à lui sous prétexte qu’il est le garant artistique final ne justifie en rien son droit à briser des années de débat en le tranchant d’un abrupt et satisfait « He’s a Replicant. »

Si on pose la question à Hampton, le scénariste répondra qu’il a envisagé Deckard comme humain. Suite à un quiproquo sur une ligne du script où Deckard était sensé rencontrer son créateur (métaphore habituel de Dieu, qui prend une autre valeur dans un script comme celui de Blade Runner où on a déjà rencontré le personnage de Tyrell), l’autre scénariste Peoples découvre une faille dans laquelle l’un et l’autre ne manqueront pas de s’engouffrer.

La question de l’existentialisme apparaît dans le script de Blade Runner non plus au niveau des Nexus-6 (Roy Batty), mais au niveau de Deckard lui-même qui s’interroge alors sur sa propre identité. Toute l’intelligence du script est là : on ne donne pas de réponse à la question !

Mais on a peut-être glissé des indices. Indices qui au fil de l’interprétation des acteurs, des choix du directeur et de la sensibilité du spectateur finissent par créer autant d’interprétation qu’il y a d’intervenants, noyant peut-être l’idée originale des scénaristes dans la masse.

Mais voilà, et si les scénaristes avait eu un plan dans le plan non dévoilé. Alors interviennent autant de fan lambda comme moi qui y vont de leurs propres fantasmes pour dénouer le fil de la destinée de Deckard. Voilà, ce que je pense :

Deckard est-il un Replicant ? Oui, c’est même le Replicant de Gaff !

Mind-blowing instant!

C’est qui Gaff ? demanderont ceux qui ont vu le film moins d’une demi-douzaine de fois.

Gaff est le personnage joué par Edward James Olmos, le flic un peu taquin qui vient chercher Deckard pour l’amener voir Bryant, le flic qui est continuellement dans son dos et fait le mariole avec ses petits origamis au lieu de clairement dire ce qu’il pense. Gaff, quoi. Pendant très longtemps, je me suis demandé à quoi servait ce personnage… Rien, fut longtemps ma réponse.

Je pense qu’on est d’accord pour dire que Gaff et Deckard sont le jour et la nuit en terme de comportement et de fringues. Et surtout Deckard ne ressemble en rien à Gaff physiquement. C’est pas grave, c’est juste un corps. L’important, c’est que je crois que Deckard est un Replicant avec les souvenirs de Gaff !

Gaff est un inspecteur de police. Il marche avec une canne et boite énormément. Si on part du principe que cette canne et son handicap physique l’aient poussé vers cette carrière, on pourrait aisément l’imaginer comme un Blade Runner à la retraite. Comme Deckard. On pourrait même l’imaginer comme le meilleur Blade Runner de la profession. On pourrait même l’imaginer comme le type qui a grillé 2 des 6 replicants, et qu’il a été blessé à ce moment là. Son handicap physique l’empêchant de rattraper les 4 Replicants fuyards, la police (Bryant) fait appel à la Tyrell corps pour créer un nouveau Gaff, plus jeune, en parfaite condition physique, auquel on ajoute la mémoire de Gaff et son talent de Blade Runner.

Partant de cette conjecture folle, certains passages du film prennent une nouvelle dimension !

Au moment de partir avec Rachel à la fin, Deckard trouve un origami de licorne. Etrange. La licorne n’apparaît que dans les rêve de Deckard. Comment Gaff pourrait-il être au courant ? A moins de lui-même rêver d’une licorne…

File:BladeRunner Unicorn.jpg

J’ai dit que Gaff avait la désagréable habitude de communiquer avec Deckard en jouant avec des origamis. Au moment où Bryant expose la mission à Deckard, Gaff est présent dans le bureau (techniquement, il n’y a rien à y faire… sauf si…). L’origami qu’il présente à Deckad est une poule. Métaphore évidente de la « poule mouillé ». Gaff réagit de la manière dont il aurait réagi si (enfin… « quand » dans ma théorie) on lui avait proposé la mission : retrouver et buter 4 Nexus-6 en un minimum de temps, ça fait peur. Gaff sait donc ce que ressent Deckard à ce moment-là.

Après avoir rencontré Rachel, Deckard reçoit une autre surprise de Gaff. Un petit bonhomme en allumette avec ce qui ressemble très fortement à une érection. Ce que j’y lis moi, c’est « Je sais ce que tu penses de Rachel… moi aussi avant toi ».

Gaff prêterait donc son propre appartement en attendant que l’histoire soit résolue, Deckard évolue dans un environnement familier duquel il se sent pourtant détaché (cf. la scène du piano, tellement « aérienne » où l’on sent le pauvre Deckard en décalage avec son propre environnement). L’attachement aux vieilles photos en noir et blanc dont Deckard fait montre est un argument de plus pour la thèse du Replicant : en manque fondamental de preuves de sa propre identité, Deckard se rattache à des souvenirs matériels.

Après la scène finale et le monologue improvisé de Roy Batty, Gaff retrouve Deckard et le complimente d’un « you’ve done a man’s job, sir » dont les interprétations varient la façon dont on l’aborde. « Tu as fait un travail d’homme » littéralement peut devenir un bateau « t’as fait du bon boulot », un « tu as fait le boulot qui revient à un homme » ironique, voire même en poussant un peu « tu as fait mon boulot ».

Pendant une grosse partie du film, Gaff sert littéralement de chaperon à Deckard, jouant pour ainsi dire le rôle du taxi. Honnêtement, Deckard était présenté comme le meilleur des meilleurs. Cela impliquait nécessairement un permis de conduire et une liberté totale. En mettant Gaff qui suit chacun de ses faits et gestes (mais en lui laissant les parties physiques), Gaff s’assure que son Replicant suit l’enquête comme lui-même l’aurait effectuée. En faisant le taxi, c’est aussi un moyen de s’assurer que Deckard se fera pas la malle en cas de découvert fortuite sur sa propre identité.

Pourquoi le laisser partir à la fin ?

  • Le boulot est fait.
  • Remplacer des Blade Runner par des Replicant de Blade Runner, c’est viable (c’est d’autant plus viable que peu importe où ira Deckard, Gaff le saura puisque ce sont ses souvenirs et sa manière de réagir).
  • Un Replicant possède une durée de vie limitée, alors bon pourquoi s’enquiquiner plus que ça…
  • Ou bien tout simplement pour prouver un point : un Replicant – peu importe son boulot – reste un Replicant instable…

Mais il est alors intéressant de se poser la question de savoir si l’incident « Roy Batty » était bien un accident. Et si, tout cela n’était qu’un gigantesque complot/test pour tester la viabilité d’un Replicant pour traquer des Replicants ? Personnellement, j’y crois moins, mais la question mérite d’être posée dans le cadre d’un « Deckard est un réplicant ». Sans aller à parler de « complot », il est toujours assez alléchant de penser à la perfection d’un Nexus-7 (potentiellement le modèle de Rachel) pour traquer les imprévisibles Nexus-6

Allons un tout petit peu plus loin dans la réflexion autour de Gaff. Souvenez-vous de la phrase-clé du film :

« C’est dommage qu’elle ne vivra pas. Mais encore une fois, qui le fait »  à comprendre soit comme un « Elle ne sera jamais heureuse (vivre pleinement sa vie), mais qui l’est » ou plus littéralement « Elle va mourir. On meure tous ». La plupart des débats sur la Replicantitude de Deckard sont nés de cette phrase, répétée juste avant le noir final. A ce moment de la scène, Gaff se casse, laissant à Deckard une occasion de s’évanouir avec Rachel. Pas très professionnel… (même en admettant que c’est un humain, le laisser partir avec un Nexus, ça fait pas sérieux de sa part) Le rappel de la licorne à Deckard sonne désormais comme un « Je sais, maintenant tu le sais, profites-en ça va pas durer ».

Certains font aussi état des lueurs dans les yeux de Rachel et Deckard pour appuyer leur propos…

MAIS, et SI cette phrase ne s’appliquait pas seulement à Deckard mais à Gaff lui-même. Non en tant qu’humain, mais tant que Replicant !

Souvenez-vous, plus haut j’ai dit que les Nexus-6 avait conscience de leur état de Replicant ET de leur mortalité. Pas les Nexus-7 (ou l’équivalent du prototype de Rachel, donc du prototype de Deckard). Ajoutons, comme on a pu le voir dans le film avec Roy qui a de plus en plus de mal a se servir de ses mains, que les Nexus-6 ont une dégénérescence programmée, le boitement de Gaff ne serait plus l’effet d’un accident mais l’effet de la dégénérescence programmée, signe de sa proche fin de vie !

Deckard est un Nexus-7, Gaff un Nexus-6, héritier des souvenirs d’un Nexus-5, héritier d’un Nexus-4…  

Ce voudrait dont dire que, pendant des années, le meilleur tueur de Replicant était un Replicant cloné de génération en génération jusqu’à retourner aux origines des souvenirs et à ces incompréhensibles et anachroniques photos en noir et blanc dans l’appartement de Deckard, qui auraient en fait appartenues au premier vrai Blade Runner (ou à la première programmation du meilleur Blade Runner) !

Mind-blowing instant!

Gaff passe donc ainsi du personnage-taxi quasi-inutile à celui de personnage-clé. Nexus-6 en fin de vie, il devait s’assurer du transfert et de la validité de la prochaine génération. En laissant Deckard partir, Gaff rompt avec la chaîne, avec ses souvenirs et offre à Blade Runner une véritable libération de l’espèce artificielle chère à la science fiction, celle que cherchait Roy Batty à sa façon (et qu’il donne, aussi à sa façon, à Deckard avec le monologue final).

N’hésitez pas à commenter si vous adhérez ou non à tout ou partie de mes théories sur la Replicantitude de Deckard. L’une dans l’autre, le meilleur dans ce film, c’est de toujours arriver à la fin et – même aprés 2400 mots dans un article – ne jamais être sûr de rien !