Archives de la catégorie ‘J.E.D.’

Cher Journal,

Je suis ENFIN en France, après quelques péripéties de dernière minute dont je vous ferai grâce.

L’aventure à Dubaï est définitivement tournée ! Merci à tous ceux qui m’ont soutenu d’une façon ou d’une autre, ça a fait chaud au cœur !

Il est temps de prendre un nouveau moleskine et de commencer un nouveau chapitre. En fait, on va commencer par le prologue : Pole Emploi. Oui, je sais… Avec un peu de chance, ce sera temporaire. A peine avais-je le pied posé sur le territoire que je recevais un message dans ma mailbox après 8 mois de silence radio… Mais comment ils savent ? Ca fait froid dans le dos ! En tout cas, je sens déjà l’aventure épique.

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Cher Journal,

Les galères à Dubaï continuent, dans le sens où ma situation n’évolue pas d’un poil, ou à peine. Prenant les choses avec une philosophie toute relative, je vous propose quelques chiffres au sujet de mon séjour ici.

  • 8.5: La durée approximative (espérée) en mois de mon aventure
  • 20: La somme en euros à débourser au quotidien pour vivre à Dubaï, loyer non inclus. Donc bouffe et taxi. A pondérer bien sur par la distance à laquelle vous êtes de votre lieu de travail.
  • 25: Le pourcentage d’augmentation des loyers en l’espace de 2 mois depuis octobre dernier. Pour les hôtels, c’est plus de 50% d’augmentation, je le sais, je vis à l’hôtel en ce moment…
  • 1: Le nombre de fourchette que j’avais à disposition dans mon appartement. Je n’avais également qu’une petite cuillère, qu’un couteau qui a rendu l’âme avant mon départ, qu’une casserole, qu’une spatule. Ce qui vous laisse une idée de la qualité de la cuisine que je pouvais préparer (j’ai fait au mieux).
  • 3: Le nombre d’hôtels différents que j’ai fait ici.
  • 1.5: Le nombre de salaires partis en fumée justement en hôtels à cause de la lenteur administrative locale
  • 2: Le nombre d’appartements différents que j’ai fait
  • 1: Le nombre de voisine très expressive durant ses ébats amoureux. A noter qu’il semblerait que j’ai eu le droit à ce genre de voisines avec au moins la moitié des appartements que j’ai habité y compris en France. Pour les amateurs de comparaison, la gagnante toute catégorie reste encore et toujours celle de Grenoble.
  • 350: Le nombre approximatif de taxis différents que j’ai pu emprunter, soit 0,03% environ du nombre total en activité ici.
  • 4: Le nombre de T-shirts ne feront pas le voyage retour, soit parce qu’ils ont cramés au soleil en séchant, soit parce que je les ai pourris en course à pied, soit parce qu’ils ont été victime des lavages répétés en machine. Une casquette ne fera pas non plus le voyage retour.
  • 3: Le nombre de paires de converses que j’ai achetées ici, 2 le nombre de paires ayant rendu l’âme en incluant celle que je portais en arrivant.
  • 52: Le nombre de kilomètres « Nord/Sud » sur lesquels s’étendent la ville. Ce qui impacte la durée dans les transports. Depuis mon appartement: 20 minutes de taxi pour aller au travail, 30 minutes de métro pour aller au Dubaï Mall. Et bien sûr, à pied, on ne fait rien…
  • 23: Le nombre de livres (roman, comics, mangas) achetés ici
  • 6: Le nombre de chaînes de télévision que je regardais (TV5 monde x3, Fox, Fox Movie, FX)
  • 25: Le nombre de decks EDH que j’ai créés pour m’occuper, seuls 4 étant réellement viables et se verront (re-)construits un jour.
  • 4: Le nombre de personnes qui m’ont ignoré sans plus de formalité au bureau. Vive l’ambiance… Surtout dans une équipe n’ayant jamais dépassé 8 membres.
  • 5: Le nombre de personnes qui ont quitté l’entreprise avant moi tant que j’y travaillais
  • 3: Le nombre de jeux différents sur lesquels j’aurais travaillé.
  • 0: Le nombre de lignes inédites que j’aurais écrites sur Lithium Breed. Pas vraiment le mood d’une part, du travail de recherche à faire pour continuer d’autre part.
  • 19: Le nombre d’entrées dans ma « to-do list », une fois en France…

Cher Journal,

La fin de mon séjour tourne au cauchemar ! Suite à la fin de mon contrat, j’ai du remettre tous mes papiers à l’entreprise afin de que celle-ci fasse les démarches pour annuler mon visa. Dans ce pays, le visa de travail est sponsorisé par l’entreprise, pas de visa = pas de possibilité de rester. Une mesure comme une autre pour se prévenir des émigrés clandestins et des clodos dans les rues, et surtout un moyen de contrôler la population.

En ce moment donc, je n’ai plus de passeport. Ca va déjà faire plus d’une semaine et une procédure normalement triviale prend des propensions dantesques suite au jour de congé surprise qu’a posé le gouvernement (oui, ici, le gouvernent pose des congés nationaux, sans crier gare, 5 jour avant le-dit congé !) : l’administration est partout la même, jour de congé = pont = rien de fait pendant 3 jours ouvrés = emmerdes maximum pour moi.

Je suis donc dans un hôtel à un milliard d’euros la nuit pour une durée indéterminée sans que je puisse faire quoi que ce soit sinon attendre. L’effet pervers de tout cela, c’est que n’ayant pas de passeport, je ne peux absolument rien faire des trucs que j’avais prévu :

  • Je ne peux pas encaissé mon dernier chèque,
  • Je ne peux pas transférer en agence mon argent d’un compte ici vers un compte en France,
  • Je ne peux pas transférer sur internet mon argent d’un compte ici vers un compte en France car je dois recevoir un dispositif de sécurité pour cette transaction, dispositif remis par un coursier qui a besoin de voir mon passeport pour me filer mon paquet…

J’ai bien des copies de ce passeport, mais elles sont pas certifiées conformes… (au regard du temps que prend l’administration, on ne se demandera pas pourquoi je ne l’ai pas fait faire !) Donc personne n’en veut ! Sauf l’hôtel à qui j’ai dû envoyer par mail sur place la copie numérique de la copie papier histoire de prouver que je suis bien réglo. Ne cherchez pas la logique, yen a pas mais tant que ça me permet de pas être à la rue… j’allais pas leur expliquer que si la copie papier est falsifiée, la même que j’envoie par mail serait également falsifiée…

Ultime cerise sur mon gâteau moisi, mon passeport ne pourra m’être remis qu’au moment où je ferai mon check-in à l’aéroport, pour être sûr que je ne ferai pas demi-tour et resterait illégalement dans le pays…

Nan mais je veux pas rester dans votre pays ! Je veux juste me barrer le plus tôt possible ! Laissez-moi partir ! (Bordel !)

A part ça, l’hôtel a décidé de m’appeler à 5 heures du mat’ pour me réveiller parce que j’ai soi-disant demandé à l’être…

Je vous jure, ces derniers jours virent au cauchemar et me poussent les derniers retranchements de ma zenitude pourtant inébranlable…

Cher Journal,

Toutes les bonnes choses ont une fin. Toutes les mauvaises aussi, me direz-vous. Mon aventure à Dubaï se situe quelque part entre ces deux extrêmes, plus vers l’un que l’autre ceci dit…

J’aurais tenu 8 mois dans ce pays étranger et étrange. 8 mois, c’est long. Ca l’est d’autant plus que suivant la loi d’appréciation relative du temps, il faut tout multiplier par 3 pour en mesurer l’impact sur la santé mentale. Ceci dit, si je jette un regard en arrière, ça aurait pu être pire !

J’ai une théorie tout à fait personnelle sur cette ville et la façon dont elle « corrompt » les gens qui y viventOn ne peut même pas mettre ça sur le dos de la différence culture de l’occidental perdu au Moyen-Orient. Ca dépasse ce simple pour s’enfoncer de façon plus insidieuse chez les habitants dubaiotes, a fortiori les expat’ (puisqu’il n’y a quasiment que ça ici). 

J’ai déjà fait mention du caractère étalée dans l’espace de la ville et de son côté artificielle, faite de béton et de verre. Même s’il y a du monde, on a toujours l’impression de se sentir seul au milieu des autres, que ce soit dans un taxi ou dans la foule dense d’un centre commercial. (Bon, j’avoue, pour le nouvel an à Burj Khalifa, on se sent pas seul…). En fait, je pense que le malaise que l’on peut ressentir ici est essentiellement dû au fait que la ville vendue à l’ultra-libéralisme et à la culture dite de « l’over-the-top ». Ainsi ai-je la sensation que les gens se tournent vers eux et cherchent toujours leur propre intérêt avant le plus grand Bien et perdent de vue l’important.

Dubaï, c’est une ville qui décuplent la valeur de l’argent et du pouvoir. Au point que ça montent vite à la tête des gens ici. Même en France, combien de personnes pensent que le fait de se rendre à Dubaï est synonyme de se faire des couilles en or ? Certes, comparés à la France, les salaires sont plus élévés. Mais pas beaucoup plus élévés que celui d’une personne qui travaillerait de façon sérieuse en freelance si je regarde par rapport aux corps de métier que je côtoie. Sans compter qu’il n’y a pas de système retraite… Personnellement, je n’ai pas reçu d’augmentation ; d’une part parce que j’estimais déjà bien gagné ma vie, d’autre part parce qu’il me semblait injustifié de la réclamer avant d’avoir passé 6 ou 12 mois dans l’entreprise. A contrario, j’ai vu des gens demander 1000 euros d’augmentation après 3 mois de bons et loyaux service. Comme si « Dubaï » dédouanait tout, y compris votre sens critique envers l’argent ou vos compétences.

Sans vouloir épiloguer, j’ai connu une entreprise où la seule comparaison qu’il est possible de faire est avec la série Game of Thrones. Chacun y voit des opportunités, juge ce que font (ou ne font pas) les autres, tire des plans à court terme pour tirer profit de la situation. Avec un peu de recul, il est amusant de regarder autour de soi et apercevoir des Little Finger, des Varys, des Red Sorceress et – fort heureusement – quelques Ned Starks. Avec du recul. Quand on est dedans, c’est plus compliqué… Je suis le premier à reconnaître avoir fait des erreurs ou ne pas avoir pris les meilleures décisions. Je me dis que ça aurait plus simple qu’on m’expliquât ou qu’on me fasse des remontrances face-à-face plutôt que d’insidieusement ruiner l’ambiance. Enfin bref…

Dubaï, c’est aussi une ville où les gens apprennent à se torcher avec l’écologie en acceptant la sur-consommation à outrance, en prenant sa bagnole pour faire 500 m ou 5 km, en usant les resources élémentaires comme l’eau ou le plastique (sérieusement, combien de fois, j’ai dû refuser un sac en plastique quand j’achetais 1 bouteille d’eau…).

Dubaï, c’est une également ville qui exploite les couches sociales les plus pauvres pour construire des bâtiments vides et vides de sens ou pour l’industrie du sexe où la limite entre consentement et exploitation reste – comme toujours dans ces cas – bien floue.

De mon point de vue, Dubai est un de ses endroits qui décuple le « mauvais » chez les gens, consciemment ou non. Et c’est avant tout la ville qui aura eu raison de ma volonté tant je m’y sens en décalage par rapport à mes valeurs. Cependant, en jetant un regard en arrière, je suis heureux de voir que je suis resté fidèle à mes convictions, à une ligne de conduite que j’estime vertueuse et d’avoir trouvé dans les adversités de nouvelles portes pour me comprendre et grandir un peu. Je pense que cette aventure a bien duré 3 mois de trop, je sais que j’aurais toujours essayé de faire de mon mieux. Et c’est l’important.

L’important, c’est surtout que tout ça c’est fini et que j’espère rentrer en France la semaine prochaine !

Cher Journal,

Je n’ai toujours pas eu l’occasion de monter dans Burj Khalifa, la plus grande tour du monde de l’univers au pied du plus grand mall du monde de l’univers (Dubaï Mall) (bien que j’ai récemment lu quelque part que le plus grand centre commercial du monde de l’univers serait en fait en Chine, dans une ville abandonnée et occupé à 1% de sa superficie seulement).

Oui, il en manque la moitié, mais j’avais pas assez de recul pour la prendre en entier…

Ceux qui ont eu l’occasion d’y monter m’ont plus où moins fait le même commentaire:

Ca casse pas trois pattes à un canard et y’a rien à faire sinon regarder en bas.

Je n’ai plus les tarifs exacts de l’ascension en tête (exorbitants, forcément), mais cela ne m’a pas renforcé dans l’idée que c’était un truc à faire dans sa vie.

En revanche, j’ai découvert qu’il existait un Lego Architecture de ce bâtiment. Il s’agit d’une gamme de Lego pour grands qui reprend de façon minimaliste des bâtiments connus. Florilège au hasard:

J’ai donc pris le Lego Burj Khalifa, un peu comme un souvenir de mon expérience ici (je voulais aussi le Lego Retour vers le Futur, mais le côté souvenir est moins justifiable). Et puis c’est toujours mieux que les souvenirs pour touristes qu’on trouve un peu partout ici.

Donc, opération montage. 208 pièces.

Ca faisait très longtemps que je n’avais pas monté de Lego, j’étais donc content de passer une toute petite heure à faire ça pour me changer les idées. Après, force est de reconnaître que ce n’était pas hyper intéressant à monter et qu’il faut aimer le cylindre gris… Ca reste tout de même une belle pièce de 30 cm de haut.

Pour ceux qui sont intéressés et amateurs de Lego, je vous dirais bien de passer commande dans un commentaire, mais vous l’auriez pour moins cher en fouillant sur internet (et surtout, je n’ai plus de place dans mes valises). Et puis, faut pas se leurrer, l’amateur de Lego prendra le set Retour vers le Futur à la place !

Comme quand on monte un meuble Ikea, il reste toujours des pièces qui font douter d’avoir monter le truc correctement…