Cher Journal,

Comme j’ai été coincé à Dubaï pour les fêtes de fin d’année, j’ai dû faire bon coeur contre mauvaise fortune et au mieux avec les circonstances. Ce qui m’a valu encore une expérience riche d’enseignements et une anecdote digne d’être partagée.

A l’occasion du passage à la nouvelle année, le maire de SimDubai s’est dit que ce serait bien pour ses concitoyens d’avoir le droit à un petit spectacle pour leur rappeler qu’ils vivent dans la ville la plus over-the-top du monde. Au Moyen-Orient, vous pouviez difficilement surfer sur les internets sans éviter une pub avec le hashtag #BeThere, la Burj Khalifa et des images du feu d’artifice de l’année dernière. 

Il faut savoir que les festivités prévues à Burj Khalifa n’étaient qu’une portion concrue des options qui vous étaient offertes en tant que résident à Dubaï. Les spectables pyrotechniques étaient nombreuses(au moins 3), les fêtes privées avec champagne et filles aux moeurs libérées sûrement légion et les possibilités de s’occuper pour le réveillon ne dépendaient que de votre budget et de vos envies (car même Patrick Sébastien était une option via TV5 Monde).

Comme je suis un mouton et que je me suis dit que c’était bête de ne pas profiter d’un spectacle over-the-top, j’ai donc opté pour les feux d’artifice au pied de Burj Khalifa. Ca me semblait bien touriste de faire ça et en plus c’était très accessible en métro. Je vais donc sur le site dédié à l’événement et on me dit d’être là vers 20h pour réserver le meilleur emplacement, comme je suis bête à manger du foin, je me prépare pour effectivement avoir ma place. Ce qui implique un départ tôt et un diner sur le pouce. Le diner de mon réveillon était donc : un hot-dog et des frites… A sa décharge, les frites étaient bonnes.

A 20h30, après 45 minutes de marche, je me trouve un spot sympa avec vue dégagée, et finalement assez peu de monde. Commence alors l’attente jusqu’à minuit, assis le dos contre un palmier et un iPad pour s’occuper. Un nouveau record sur Eyelord et quelques pages de plus lues sur l’e-book en cours (soient donc 3h30 hein), je me rends compte que venir « réserver » sa place, c’était bien du flan car j’aurais pu arriver à 23h30 que ça n’aurait rien changé à mon appréciation du spectacle. Certes il y avait du monde mais il y avait tellement de routes coupées pour l’occasion que les places disponibles ne manquaient pas…

Vers minuit, le spectacle commence. Sur le site, j’avais lu que cela devait durer environ 20 minutes. Sans mentir, montre en main, ça a dû durer 4 minutes… Alors évidemment, voir la plus grande tour du monde tirer des pétards, c’était cool… mais 4 minutes seulement ?

En voyant la vidéo, je me dis que c’est vachement classe en fait. Pourtant, je n’ai absolument pas le même ressenti vis-à-vis de mes souvenirs. A cela, plusieurs raisons. D’une part, les vues d’hélicoptère sont sublimes et ne donnent pas le même effet que en bas. D’autre part, on était beaucoup trop près pour pleinement apprécier le spectacle ; c’était comme être à deux mètres de la toile dans la salle de cinéma, on ne peut pas voir tout ce qui ce passe en même temps et apprécier le tableau général.

Enfin, il faut savoir que j’ai du mal avec les feux d’artifice. Je les vois, je comprends mais – contrairement à un film – je ne les retiens pas. Et il m’est strictement impossible de faire la différence entre un bon feu d’artifice et un superbe feu d’artifice. Donc difficile pour moi de ne pas rester extatique à la fin.

Pardon ? Quoi ? Déjà ? Et le bouquet final ? Vous partez les gens ? C’est fini ? Non ? Je vais rester un peu, je suis sûr qu’il y a un truc dans 30 secondes… Non ? Mais ça devait pas durer 20 minutes ?

Profitons-en pour faire un rapide commentaire sur la nouvelle mode des téléphones portables. A tout événement notable, comme les concerts, le premier réflexe des gens n’est pas de profiter du spectacle mais de dégainer leur portable pour enregistrer la scène. Au final, ils ne regardent plus ce qui se passe sous leur nez avec leurs yeux mais au travers d’un écran à la résolution forcément plus pourrie que leurs rétines. A ce tarif-là, autant rester chez soi et regarder un autre écran qui rediffuse des images filmées par des professionnels… Des fois, je ne comprends pas l’humanité.

C’était bien fini et avoir attendu 3h30 pour 4 minutes qui ne resteront pas en mémoire… Comment dire…

Il est à noter que ceux qui ont réussi à braver l’adversité des embouteillages auront certainement eu un meilleur spectacle en choisissant les feux d’artifice de Jumeirah Palm.

Je me dédide enfin à partir, vers minuit quinze. C’est alors que je réalise. Il y a du monde. Beaucoup de monde. Ma plus grande expérience de foule cétait le Hellfest, environ 100000 personnes massées au même endroit. A ce moment-là, à cet instant-là, je réalise qu’il y a sûrement au moins 10 fois plus de monde. Et là, mon idiotie me frappe de plein fouet : il y a plus d’un million de personnes qui veulent bouger et il n’y a qu’une station de métro, avec 3 entrées. Faites la division rapide et vous avez une approximation du bordel.

Et qu’on soit à Dubai ou dans le fin fond de la Creuse, il y a un bien un trait de caractère qui s’applique à cette humanité que je ne comprends pas, c’est « moi d’abord ! ». Les gens voient bien qu’il y a 300000 personnes devant eux, les gens voient bien qu’il y a un goulot d’étranglement mais les gens, invariablement, tout le temps, poussent ceux qui sont devant eux… Et me voilà au milieu de gens qui se poussent les uns les autres juste pour avoir sa place en premier… Me considérant comme sensiblement plus intelligent que la moyenne, je décide de me poser et d’évaluer la situation. Je vois donc tous les accès pris d’assaut et des embouteillages se former sur les accès routiers ouverts. En d’autres termes, le métro, c’est mort, le taxi, c’est mort.

J’ai déjà attendu 3h30, je ne me sentais pas capable d’attendre que la foule se dispersent enfin des alentours du Dubai Mall. Car d’après mes estimations, 3h30, c’était à peu près le temps qu’il aurait fallu pour que cela arrive. Je décide alors de me déplacer vers la station de métro la plus proche ; arrivé à celle-ci (genre 2 km), c’est le même bordel avec les milliers de personnes avant moi qui avaient eu la même idée. J’aurais pu attendre encore 2h que ça se dégorge.

Encore une fois, je ne désirais pas attendre, j’ai donc pris la décision d’aller encore à la station de métro suivante. Sauf que je sais que celle-ci est nettement plus loin, entre 8 et 10 km… Me voilà donc errant au bord de l’autoroute bouchonnée, longeant les rails du métro aérien, seul, dans le froid relatif d’une nuit à Dubaï, en quête d’une station de métro qui mettra définitivement son temps pour arriver. Et oui, l’année 2014 a commencé par une marche, comme un défi genre « je peux le faire » en mode spartiate et « le monde se divise en deux: ceux qui y arrivent et les loosers ». 10 bornes… 10 bornes à me répéter que j’aurais dû mater les 4 minutes de feux d’artifice en live sur internet… 10 bornes à me dire que si je le fais, je remporte ma première victoire de 2014 (oui, je préfère voir le verre à moitié plein).

Même avec les abandons en masse sur le chemin et les gens résignés à attendre un taxi (ce qui me semble tout aussi débiles que d’attendre devant une station de métro parce que, fondamentalement, des personnes devant eux et des personnes qui les dépassent prendront le taxi avant eux qu’ils attendaient au bord de la route… autant continuer à marcher…), à la deuxième station de métro, c’était encore une centaine de personnes devant moi. J’avoue, je n’ai pas eu le courage de me taper les 10 autres bornes qui me séparaient encore de la station d’après.

A la décharge du service de sécurité, c’était suffisament bien organisé pour éviter les émeutes et les accidents (il y en a peut-être eu, mais j’en ai pas eu vent). La police retenait les gens pour éviter qu’il se masse sur les quais, faisait des passages de personnes au compte-goutte et compagnie. J’imagine facilement comment tout aurait pu tourné au drame… parce que soyons honnête, les gens sont stupides.

Si l’on considère le temps qu’il a fallu pour aller là-bas, attendre et revenir, on est à 8 heures pour profiter de 4 minutes de feux d’artifice… C’était carrément pas une soirée rentable.

Ceci étant dit, commencer l’année en accomplissant un défi personnel (et particulièrement idiot de surcroît) ne peut pas être une mauvaise année, hein ?

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commentaires
  1. Naja dit :

    Un truc de ouf ce feu d’artifice, quand même o_O
    Dommage que tout le monde n’ait pas un hélico pour en profiter xD

  2. […] Journal d’un Expat’ à Dubaï #20 […]

  3. […] Journal d’un Expat’ à Dubaï #20 […]

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