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Assassin’s Creed

Dans un premier temps, je tiens à dire que je n’ai jamais joué aux jeux vidéo éponymes et que je ne connais pas leur mythologie, je juge donc l’oeuvre cinématographique pour ce qu’elle est en tant que telle, non dans sa filiation. Dans un deuxième temps, c’est très mauvais. Voilà. Trop d’effets spéciaux tuent les effets spéciaux, l’histoire est fumeuse au possible, les choix de réalisation pas toujours heureux (bordel de pompe à queue, arrêtez les ultra-cuts dans les scènes d’action !), les personnages bien moisis et niveau cohérence, on se posera là. En soi, l’animus est un concept bien foireux : quelle est l’intérêt de fabriquer d’une telle machine sinon pour se la péter à l’écran ? Un caisson à la Source Code aurait tout aussi bien marché… Et la mémoire génétique qui transforme un inspecteur des impôts en assassin en 3 minutes, j’ai du mal à y croire. Le personnage de Lynch est risible et montre une fois de plus le pouvoir de l’acteur sur le scénario : genre, je suis un tueur mais j’ai buté juste un mac de prostituées, donc techniquement, je suis gentil hein. C’était si compliqué de faire du protagoniste un mec vraiment sale en quête de rédemption dans sa seconde vie ? La construction globale du film ne marche pas non plus ; rien qu’avec le premier tableau qui impose 3 minutes de lecture pour présenter les Templiers et les Assassins, je savais que cette nouvelle adaptation de jeu vidéo serait ratée. Assassin’s Creed, le cyberpunk du pauvre. Assassin’s Creed, le Da Vinci Code avec du parkour. Assassin’s Creed ou la preuve que dans les mains d’exécutifs, même affiliés à Ubisoft, un film sera toujours pas terrible.

0.5/5

Arriety, le petit monde des chapardeurs

Comme toujours les studios Ghibli pondent des merveilles. Celui-ci en fait partie. Certes, on n’est pas dans la même catégorie que Mononoke Hime ou Chihiro mais le travail reste impeccable. La grande force, à mon avis, des productions Miyazaki est de réussir à mettre en valeur le quotidien, la fameuse tranche de vie, et d’en sortir des émotions. On regrettera le message écologique bien trop appuyé pour être subtil, mais bon, des fois y aller avec ses gros sabots est le meilleur moyen de se faire entendre.

4.6/5

Loserville

Depuis le temps, cela n’aura échappé à personne que je mate à peu près tout ce qui me tombe sous la main dans la catégorie « Teen Movie ». Loserville est un film de plus à ajouter à la collection. Il n’est pas exempt de défauts (genre la gueule des acteurs trentenaires…) et certains partis pris font des fours à l’écran (la vie fantasmée du protagoniste), mais certaines approches de la condition adolescente sont traitées avec suffisamment de finesse pour le faire sortir un peu du lot. Il a aussi le bon ton de nous éviter la scène cliché de la Prom Night ou la relation amicale qui dérive en sentiments.

2.5/5

Stick It

J’en attendais rien. Mais comme vous le savez déjà, j’adore les films sur le sport. J’en avais jamais vu sur la gymnastique, c’est le côté « teen » qui m’y a poussé. J’ai été agréablement surprise, tant sur la qualité de la réalisation que sur le propos. Un film par une scénariste et réalisatrice (Jessica Bendinger, celle de Bring It On) qui met en avant des figures féminines fortes et un sport assez méconnu, notamment sur les sacrifices qu’il impose et la rigidité qui régit ce milieu. A voir !

4.5/5

Miami Vice

Je ne suis pas un hyper fan de Michael Mann et de ses ambiances. Les goûts et les couleurs. Mais j’étais curieux de voir l’adaptation de cette série culte des années 80. J’ai eu du mal à rentrer dedans. Mann certes, mais surtout la façon d’aborder le sujet loin de la New Wave et des T-Shirts fluo des années 80’s. C’était trop sombre, ça manquait de la légèreté de la série original et surtout, bah sur 2 heures de film, on passe peut-être 30 minutes à Miami… Bref pas ma came.

1.5/5

Office Christmas Party

Visiblement un film qui surfe sur la vague initiée par Project X et les films de fête géante qui dégénère. Allez, c’était sympatoche malgré certains acteurs qui en font des caisses (genre Kate McKinnon qui se jimcarreyse dans tous ses films).

3/5

Why Him?

Ca cassait vraiment pas trois pattes à un canard. Mais bon, y’avait des moments qui prêtaient à sourire. Par contre, je crois vraiment que Hollywood n’a aucune idée de ce qu’est la réalité d’une entreprise de jeu vidéo…

2,5/5

Freaky Friday – Double Dose

Ca faisait un moment que je voulais regarder ce « classique » de la comédie pour adolescents. Et lors de mes recherches, voilà que je découvre que Freaky Friday avec Jamie Lee Curtis et Lindsay Lohan est en fait le remake d’un film avec Jodie Foster ! Du coup, j’ai décidé de faire un truc inédit : mater l’original et le remake coup sur coup. Les deux versions ayant plus de 25 ans d’écart, ça semblait justifié. Et puis le plus mauvais n’est pas forcément celui qu’on croit. Franchement, en dépit d’un caractère un peu daté, j’ai pris énormément de plaisir à mater l’original. Ca m’a surtout rappelé à quel point le cinéma 70’s était décomplexé tout en suivant les codes du moment : intro en dessin animé, interminable course-poursuite en bagnole à la fin, gags visuels complètement foufou (vous avez un exemple dans la mini bande annonce avec la voiture de flic qui se coupe en deux)… On sent bien aussi le côté féministe refoulé qui essaie de marquer des points au milieu des années 70. Après, je vais pas mentir, le film parle à ma corde sensible et voir une image un peu pourrie, des vraies cascades, des musiques un peu cheesy, ca m’a rappelé mon enfance où je matais tout et n’importe quoi dans le vidéo club (et j’ai été pris d’une soudaine nostalgie pour les films de Terrence Hill et Bud Spencer (littéralement mon péché mignon quand je reviens en France et que j’ai accès aux chaînes câblées) par exemple).

J’aurais bien aimé craché sur le remake à base de « c’était mieux avant » mais force est de constater que c’était moins terrible que ce que la bande-annonce laissait présager. C’est certes plus moderne mais ce qu’on perd dans le propos initial (clivage parents/enfants sur leurs tâches respectives) on le gagne dans les acteurs qui, de mon point de vue, jouent mieux l’inversion des rôles. Après, j’ai un faible pour Lindsay Loan dans sa période Disney (Mean Girl quoi !) donc ça joue forcément. La nouvelle version est aussi nettement plus cousue de fils blancs à mon sens.

L’original: 4/5

Le remake: 3.5/5

Arrival

Arrêtez tout ! Prenez votre carte bleue, allez dans le magasin culturel de votre choix et procurez-vous la galette de Arrival ! Ce film est une claque magistrale ! Scénario, réalisation, musique, propos, acteurs… Tout, absolument tout est incroyable ! Je n’avais pas été aussi pris dans un film depuis trèèèèèès longtemps. J’étais passé à côté de la hype en dépit de tout le bien que je pense de Denis Villeneuve, pour attendre d’être dans le bon état d’esprit et wow, quelle claque. Je suis passé dans tous les états, entre l’appréhension, l’angoisse, l’euphorie et la mâchoire par terre en regardant ce film. Tout est juste, et extrêmement réaliste géopolitiquement parlant. Le scénario tout en subtilité réussi tour à tour à vous faire perdre foi en l’humanité et à vous y raccrocher. Villeuneuve est vraiment un grand réalisateur, et après Enemy et Sicario, je pense sincèrement que la suite de Blade Runner et le reboot de Dune sont en de bonnes mains !

10/5

Pas de bande-annonce, décrouvrez-le !

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D’ordinaire, je commence toujours la nouvelle année par un article sur celle qui vient de s’achever. La routine étant ce qu’elle est, j’ai décidé de passer outre et de directement donner des nouvelles du pays des fjords pour accompagner mes voeux.

Donc, à quiconque passera par là plus ou moins par hasard: Bonne et heureuse année ! Que celle-ci vous apporte santé, joie, amour, argent, félicité, compassion et j’en passe. Pas de mention à biffer, prenez tout ce qui vous intéresse !

J’ai donc passé mon premier Noël et premier de l’An en Norvège. L’occasion d’observer les us et coutumes d’un pays qui connaît des jours qui durent moins à peine 6 heures. Il s’avère que Noël est une vraie fête ici. Pas spécialement commerciale, d’ailleurs. Au contraire d’Halloween, qui est elle aussi beaucoup marquée si j’en crois la longueur de la file d’attente du magasin de déguisements juste en face de mon boulot toute la semaine qui a précédé le 31 octobre.

Pour  vous dire à quel point Noël est marqué, il suffit de savoir que le 25 est férié, qu’on ne travaille pas le 24 dans l’après-midi et qu’on ne travaille pas non plus le 26 toute la journée ! Le hasard du calendrier étant ce qu’il est, ça faisait comme un pont de Mai du jeudi midi au lundi matin. Autant dire qu’il fallait prévoir ses courses parce que vraiment TOUT est fermé, épiceries, magasins et restaurants. (Notons également que le 23 également un jour de glande au boulot, 82% des collègues jouaient à League of Legends pendant que le reste cherchait comment dépenser leur prime de fin d’année sur un site de vente en ligne…)

Pour le premier de l’an, l’histoire est sensiblement la même, 1er férié et 31 à demi férié.

En soi, avoir autant de temps permettrait de faire beaucoup de choses. Mais comme je disais, les journées durent à peu près 6 heures. A 15h, la nuit commence déjà à tomber, ce qui limite les activités en extérieur. D’autant plus que même si, aux dires des locaux, on a eu un hiver relativement chaud en Novembre-Décembre, le temps s’est mis à prendre sérieusement cette histoire de neige et de froid. Le premier week-end de Janvier, il est tombé en une journée l’équivalent d’un hiver entier de neige. Avec les températures qui flirtent avec les -10 degrés, les 20-30 centimètres de neige sont partis pour rester jusqu’au printemps. Aujourd’hui, il fait -16, ce qui pour l’Osloïte moyen est vraiment froid, pas juste « vivifiant ». Il fait tellement froid que je le sens sur le cable des écouteurs de mon iPhone avec le cuivre qui se durcit.

Bref, depuis debut janvier, on vit un véritable hiver à la Norvégienne !

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Avant…

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… Après

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La pelleteuse passe virer la neige quand il y a trop. Elle est généralement accompagnée d’un autre engin qui balance du gravier sur la route (pas de sel). Et ils font ça à trois heures du mat’… parce que c’est plus rigolo de faire du boucan au milieu de la nuit !

Dans l’épisode précédent…

La cérémonie de clôture est programmée à 20h. C’est assez rigolo, on fait partie des VIP avec nos places « Réservé ». On aura le droit à une nouvelle salve de discours, une légion de l’Ordre du Mérite remise par Nathalie Baye à un scénariste dont j’ai oublié le nom, les résultats de la compétition du meilleur film (sans surprise pour Une Belle Fin) ainsi que des autres compétitions en marge du marathon d’écriture.

Pour les courts-métrages, le premier prix à être remis est un prix surprise. Personne n’était au courant et il s’agit d’un « Prix des Gastronomes » remis par un jury de hauts dignitaires de la gastronomie valentinoise (Caves de Tain, Valrhona…).

Et c’est mon scénario, Les Fées de Surprise, qui remporte le prix ! J’ai du mal à y croire, très honnêtement. Invité à parler sur scène, je présente le sujet, le pitch de mon court… et plaisante sur le fait que je viens de gagner un magnum de vin alors que je ne bois pas d’alcool. Le marathon d’écriture étant avant tout une expérience humaine, il me semble alors logique de partager cette énorme bouteille au cours de l’After avec tous les autres marathoniens et Charlotte. Cette dernière est dans la salle, en train de textoter Pierre qui a dû partir la veille.

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Le Prix Jeune est quant à lui remis à Emma pour son texte Vilains ! Dans l’auditoire, Charlotte est comme une ouf : ses deux filleuls viennent de remporter un prix !

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La remise du Prix Création pour le meilleur court-métrage est le clou de la soirée. Avant de le remettre, le Jury tient à remettre une Mention Spéciale à l’un des textes pour sa très grande qualité et originalité. Contre toute attente, cette mention me reviendra ! Je sais plus quoi penser, mais je me retrouve une nouvelle fois sur scène à remercier Charlotte et Pierre, l’organisation, le Jury…

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La Plume de Cristal sera remise à Valérie Leroy pour son texte Laissez-Moi Danser.

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De mon côté, j’étais venu en touriste repêché et je repars avec un Prix et la Mention Spéciale du Jury Création ! Je vous laisse vous laisse imaginer la double vague d’émotions…

L’heure est désormais à la fête et à la détente. On se retrouve tous dans un after dans un bar-resto. L’occasion de passer des coups de téléphone, de congratuler tout le monde et de discuter encore. La bouteille géante que j’ai gagnée est ouverte et un carré VIP se forme autour d’elle : il faut dire que de l’avis général, le vin servi au bar est digne de La Villageoise…

Toutes les photos officielles du festival sont disponibles à cette adresse ! Le palmarès est aussi disponible à cette autre adresse !

La soirée s’étire et l’heure est déjà aux adieux.

Dimanche 12 Avril

La redescente est brutale. La fatigue accumulée se fait sentir comme une chaussette remplie de sable mouillé balancée sur le coin de la nuque. Le plus dur est de passer d’un état d’excitation intense, avec plein de gens cool et sympathiques autour de soi, à la solitude d’une chambre d’hôtel. J’ai aussi commencé à taper dans les chocolats, et c’est une tuerie absolue !

Le deuxième effet Kiss Kool (d’ailleurs, ça existe encore ces bonbons ?), c’est surtout de réaliser ce qui vient de se passer en l’espace de 4 jours :

  • Je suis repêché pour le marathon la veille
  • Je passe 48h de ouf à vraiment m’amuser et à prendre du plaisir à écrire
  • Je repars avec deux récompenses

Cela fait des mois que je galère à retrouver du travail dans le jeu vidéo et que depuis des mois, c’est la grosse interrogation sur ce que je vais faire de ma vie. J’ai l’impression de voir dans ce festival, ce repêchage miraculeux et la reconnaissance de mon travail d’écriture, comme un gros signe cosmique. Le genre de signe en 4 par 3 aux couleurs flashy avec des néons… Du coup, entre l’euphorie et la tristesse post-festival, il y a aussi une part de moi qui est un peu perdu sur la suite à donner à aventure, quels choix faire pour poursuivre ma professionnalisation. Heureusement, ce festival a aussi été une occasion de se faire des contacts et de récupérer de précieux conseils. Après quelques jours de repos, je regarderai de façon plus précise la direction qu’indique ce signe cosmique. Ca va sûrement commencer par l’ajout d’une ligne sur un CV…

Pour conclure cette série d’articles pas du tout trop longue, ce festival fut une expérience enrichissante professionnellement et humainement. J’adresse encore toutes mes félicitations à Valérie et à Emma pour leur prix respectif. Je remercie tous les marathoniens pour cette super aventure qu’on a partagé tous ensemble, plus ou moins dans la douleur, et plus particulièrement ma super binôme Emma. Enfin, encore mille mercis à Charlotte Paillieux et à Pierre Guyard qui nous ont accompagnés dans l’écoute, le partage et la bienveillance tout au long de notre marathon et après.

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La winning-team ! Sans Pierre malheureusement.

Dans l’épisode précédent…

Vendredi 10 Avril

Minuit et demi. J’envoie un mail à Emma. En retravaillant mon propre script, je repense à un défaut que j’avais cru lire dans le sien, lui en fait part et lui propose humblement une solution pour améliorer son texte et se rapprocher plus de l’intitulé du sujet, notamment sur la notion de « cadeau ». C’est ma copine de galère, je ne vois pas pourquoi je ne l’aiderai pas si ça peut améliorer son texte. Cette expérience folle est aussi une expérience d’échange ; après, c’est elle qui décidera ce qu’elle en fait.

1h30. J’ai tout juste fini d’écrire la 4ème version du scénario quand je reçois un mail de Pierre avec des commentaires sur la toute première version envoyée 8 heures plus tôt. Et là, c’est le drame : il n’aime pas l’intervention du dragon ! J’ai plus le temps de trouver une fin alternative, tout ce que j’espère, c’est que les itérations successives rendront son apparition justifiée. J’étais sur le point de partir, finalement, je commence la cinquième version du script à partir de ses commentaires.

3h. Les irréductibles travailleurs nocturnes ont tous jetés l’éponge. C’est mon tour et il ne restera plus que Jean-Baptiste en vaillant marathonien solitaire dans la nuit. J’envoie la dernière version du script, fébrile : je ne sais pas si la fin plaira à Pierre et je n’ai toujours pas de titre.

Couché 3h30, réveil 8h. C’est horrible. J’ai à peine bouffer une pomme au diner, je saute le petit déjà’… Oui, c’est n’importe quoi !

A 10h, Emma et moi retrouvons nos parrains. Emma qui était venue travailler de bonne heure, de bonne humeur, me fait savoir que la deadline pour remettre sa copie n’est plus 14h mais 13h ! Pour des sombres histoires d’impression de documents pour le jury. Not cool… On a donc maintenant seulement trois heures pour :

  1. Récupérer les retours de nos parrains,
  2. Réécrire tout ce qui va pas,
  3. Valider tout ce qui a été réécrit.

Et histoire de corser le défi, nos parrains ne découvrent les nouvelles versions de nos textes qu’à 10h…

On entre alors en mode warriors. Charlotte et Pierre vont maintenant être 100% du temps avec nous, chacun notre tour, pour pousser nos scripts dans les derniers retranchements de la perfection ! On n’a plus le temps de se pignoler sur les mots, pourtant on le prend (merci le relais wifi neurasthénique pour fouiller sur un dico de synonymes en ligne !). J’avais toute la fin à retravailler pour la rendre plus rythmée, et le dragon passe finalement très bien avec la nouvelle direction écrite quelques heures plus tôt. La bonne nouvelle, c’est que les textes qu’ils découvrent sont dans un état qui ne demande pas des corrections dramatiques ni pour moi, ni pour Emma. Même avec une heure de moins, ça devrait passer. On n’est pas large-large, mais il y a clairement plus stressé que nous dans la salle du bac !

J’ai trouvé un titre sur un malentendu, en discutant avec Emma et Charlotte. Trouver un titre est toujours délicat. Trouver le bon titre est une véritable galère. Le plus dur étant de garder l’effet de surprise. Et c’est en disant ça que Emma et Charlotte me regardent, tiltant toutes les deux en même temps. L’effet de surprise. Les Fées de Surprise… Bim !

Dernière relecture de Pierre, derniers pignolages et je peux remettre ma copie anonyme, avec mon numéro (quand je vous disais que c’était une épreuve du bac !). Pierre et Charlotte semblent extrêmement satisfaits des textes qu’Emma et moi remettons au jury. On a deux univers différents, deux traitements différents, deux textes compétitifs selon les termes de nos parrains.

13h. Tout le monde relâche la pression, c’est l’heure de partager un nouveau repas en terrasse, tous ensemble (ou presque), de lyncher une nouvelle fois le film d’ouverture et de se raconter nos expériences respectives avec nos parrains. J’écoute certains et je me rends compte qu’on est vraiment tombés sur des perles avec Charlotte et Pierre ! Plus les gens parlent de leur texte, plus le doute commence à monter. Des doutes idiots comme « est-ce que j’ai bien remis la bonne version du script ? », « mon script fait 23 pages, c’est beaucoup trop comparé à la moyenne des autres » et j’en passe…

Je retrouve ma marraine dans l’après-midi pour s’improviser un pot puis voir son intervention « Mes Premiers Pas » pour l’espace Bleus. C’est toujours intéressant de profiter de ce genre d’interventions, mais au regard de mon parcours et de mes envies, je réalise qu’une simple accréditation Bleus m’aurait vite frustré…

Le soir, on profite d’une soirée « After » dans un bar-restau chic prout-prout dont je tairai le nom par égard pour l’établissement et la qualité déplorable du-dit after. Zéro ambiance (voilà ce qui arrive quand on prend un DJ dont le boulot se limite à lancer une playlist Spotify), musique trop forte pour discuter, endroit pas adapté…

Samedi 11 Avril

Après un tel marathon, l’idée première de toute personne normalement constituée serait de s’accorder une grasse mat’. Pas pour votre serviteur, ma binôme et quelques autres motivés. Notre objectif du jour est de décrocher des rendez-vous avec des professionnels pour pitcher nos projets et récupérer des cartes de visites.

Après plus de 48h de rush, de stress et de pression, ce samedi à attendre est particulièrement étrange. Il faut dire que l’organisation est particulièrement inefficace. En effet, il n’y a guère qu’une seule personne – la pauvre Emmanuelle – qui se plie en quatre pour gérer les rendez-vous de presque 20 producteurs et les gens comme moi qui viennent quémander une rencontre. C’est bien simple, entre une question qu’on lui pose (« Je pourrais avoir un rdv avec X ? ») et sa réponse, il se passe en général 20 minutes durant lesquelles elle reçoit et passe 5 coups de fils, est dérangée par trois autres personnes, prend 25 notes… Sa capacité à multitâcher est impressionnante mais si quelqu’un de l’organisation me lit, je ne saurais que trop conseiller d’embaucher au moins une autre personne pour l’épauler et diviser sa charge de travail et l’attente par deux !

Je réussis tant bien que mal à décrocher deux entretiens. En soi, je les ai pris comme un entraînement au pitch. Vu le désastre avec Pierre et Charlotte la veille, un peu de pratique ne peut pas faire de mal.

Encore une fois, notre petit groupe de marathoniens se retrouve pour bouffer ensemble (à l’Auberge Polonaise, une excellente adresse, à réserver toutefois pour les après-midi où une sieste est possible…). En fait, maintenant, on attend plus qu’une seule chose, la cérémonie de clôture pour les résultats !

Dans l’épisode précédent…

Jeudi 9 Avril

A minuit et une minute, je commence la rédaction à proprement parler de la continuité dialoguée à partir du document présenté dans l’article précédent. Dans la salle, on est encore 5 motivés qui ont décidé de zapper film d’ouverture, petits fours et chambre d’hôtel. Ca va faire plus de 12h qu’on planche sur le sujet, il règne toujours une ambiance studieuse et personne ne se parle ou presque.

A 2h30, je plie les gaules pour rentrer à l’hôtel et prendre une douche. Il doit être environ 4h quand je finis par m’endormir, cogitant sans fin sur les futurs dialogues de mon court.

Lever 8h… C’est rude. 4h de sommeil, c’est vraiment rude.

Arrivée 9h30 dans la salle, l’ambiance est toujours au remake d’une épreuve de baccalauréat. J’avale mon petit déj’ et me remet à écrire, profitant une panne de wifi pour me concentrer et arrêter de Live-Twitter. La masse de travail me frappant de plein fouet, je ne retournerai plus du tout sur les réseaux sociaux de tout le reste du festival.

12h. Arrivée de Céline Sciamma et de la présidente du Festival Isabelle Massot pour prendre la température du marathon. Une visite de courtoisie mais on est tellement dans le jus de notre court-métrage que présidentes ou pas, on veut juste continuer de bosser !

La bonne nouvelle, c’est qu’après 24h, tout le monde a suffisamment avancé sur son propre court pour commencer à se détendre et envisager avec des rapports sociaux sans crainte de voir ses idées volées par d’autres. Plus de la moitié des marathoniens décident de bouffer ensemble, lyncher le film d’ouverture et commencer à parler de son projet. Comme je le suspectais, aucun n’aborde une thématique dite « de genre » (horreur, SF, etc.). La plupart de camarades ont un bagage technique, notamment derrière une caméra, ou ont fait des études de cinéma. Avec ma place de repêché et mon CV de touriste dans l’écriture, ça me fait vraiment bizarre et je me dis que la compétition va être rude. Mon scénario avec une princesse qui dit « bite, chatte, couille » me semble jouer dans la cour des primaires…

Bah… Au moins, je m’amuse à l’écrire ! C’est l’essentiel.

14h. On a tous rendez-vous au Pop-Up Cabaret pour tirer au sort et au hasard nos parrains. On sera mis deux par deux. La charmante brune aux yeux bleus, ma voisine de table qui tape frénétiquement, est désormais ma binôme. J’ai appris une heure plus tôt au restaurant qu’elle s’appelle Emma et qu’elle travaille sur une histoire de cochons (des moutons et des limaces ont aussi été évoqués durant le repas, les animaux inspiraient visiblement). Nous tirons au sort un scénariste et un producteur, respectivement Charlotte Paillieux (Tiger Lily) et Pierre Guyard (Les Combattants). Après une sombre histoire d’échange de sacs qui prouve qu’Emma est la fille la plus zen du monde, on se pose tous les quatre en terrasse pour se présenter et pitcher nos projets.

On fait les pitchs les plus nazes de l’histoire du pitch d’une histoire débutée la veille ! Charlotte et Pierre ne sont pas rassurés par ce qu’ils viennent d’entendre et pointent déjà du doigt une masse de travail décourageante. Contrairement à Emma, j’ai l’avantage de savoir pour le moment où je vais et d’avoir écrit la scène d’intro et l’équivalent de trois reboot de cadeaux. Charlotte monte donc avec moi dans la salle à baccalauréat pour lire mon premier jet.

Elle se bidonne en lisant mes dialogues. C’est plutôt bon signe. Arrivée à la fin, ma marraine me dit que je pourrais jamais faire plus fort que ce troisième reboot avec le dragon et que ce devrait être en fait la chute. Tout le deuxième reboot ne fonctionne pas du tout et peut être mis à la poubelle (ça fait jamais que 8-10 pages, hein…) et qu’il faut que je resserre la rythme du texte. En gros :

Coco, t’es pas couché !

Mais surtout, en lisant mon texte, elle admet que si mon pitch la faisait pas kiffer avec mes princesses et mes fées, elle adhère complètement à la façon dont je le traite ! Les échanges avec Charlotte sont enrichissants, elle écoute patiemment mes idées, pointe les bouses du texte et donne des conseils qui seront précieux pour la réécriture !

19h. Elle m’appelle pour savoir comment ça se passe. Je viens tout juste de finir le deuxième reboot en l’orientant plus parodie de princesse avec les clichés « je chante » et « je parle aux animaux » sur ses conseils. Je lui fais part de mon sentiment mitigé sur cette nouvelle version et lui dis que je vais tenter encore une nouvelle approche (ça fera jamais que 8 pages de plus que je mettrais encore à la poubelle, quelle que soit l’option qu’on choisira de garder). Elle nous dit qu’elle passera nous voir à 20h pour faire le point.

21h. Charlotte arrive ! Entre temps, on s’est fait lire nos textes avec Emma. J’aime beaucoup ce qu’elle a fait, notamment la fin et les rapports entre les personnages, et pointe du doigt des trucs qui, moi, m’ont dérangé. Emma me dit qu’elle a apprécié me lire, surtout mes dialogues. Comme moi, elle préfère ma troisième version du deuxième reboot (ça commence à être compliqué à suivre, désolé). C’était cool de partager nos scénarios, un troisième œil extérieur n’est pas superflu et j’ai l’impression qu’on est les seuls à avoir fait cet échange… Charlotte passe donc du temps avec Emma pour découvrir son texte pour la première fois. Là encore, elle est très agréablement surprise de découvrir un texte mille fois mieux que le pitch du début d’après-midi. Pierre, débordé, ne pourra malheureusement pas se joindre à nous. Dans l’absolu, la situation est stressante : on ne se fie aux retours que d’une seule personne et on est pas à l’abri qu’il soit en complet désaccord avec ce qui se dit.

22h30. Charlotte et moi finissons de disséquer cette nouvelle version de mon texte. Comme Emma, elle préfère la troisième version du deuxième reboot cadeau. J’ai deux pages de commentaires à intégrer et nous venons ensemble d’affiner la fin, notamment sur la justification de la présence des fées et la chute comique du film. Inutile de dire qu’à ce moment de l’écriture, il n’est plus question de faire un sous-texte sur le féminisme : on fait juste un truc fun et c’est bien suffisant !

La nuit est encore loin d’être finie…