Dans l’épisode précédent…

Jeudi 9 Avril

A minuit et une minute, je commence la rédaction à proprement parler de la continuité dialoguée à partir du document présenté dans l’article précédent. Dans la salle, on est encore 5 motivés qui ont décidé de zapper film d’ouverture, petits fours et chambre d’hôtel. Ca va faire plus de 12h qu’on planche sur le sujet, il règne toujours une ambiance studieuse et personne ne se parle ou presque.

A 2h30, je plie les gaules pour rentrer à l’hôtel et prendre une douche. Il doit être environ 4h quand je finis par m’endormir, cogitant sans fin sur les futurs dialogues de mon court.

Lever 8h… C’est rude. 4h de sommeil, c’est vraiment rude.

Arrivée 9h30 dans la salle, l’ambiance est toujours au remake d’une épreuve de baccalauréat. J’avale mon petit déj’ et me remet à écrire, profitant une panne de wifi pour me concentrer et arrêter de Live-Twitter. La masse de travail me frappant de plein fouet, je ne retournerai plus du tout sur les réseaux sociaux de tout le reste du festival.

12h. Arrivée de Céline Sciamma et de la présidente du Festival Isabelle Massot pour prendre la température du marathon. Une visite de courtoisie mais on est tellement dans le jus de notre court-métrage que présidentes ou pas, on veut juste continuer de bosser !

La bonne nouvelle, c’est qu’après 24h, tout le monde a suffisamment avancé sur son propre court pour commencer à se détendre et envisager avec des rapports sociaux sans crainte de voir ses idées volées par d’autres. Plus de la moitié des marathoniens décident de bouffer ensemble, lyncher le film d’ouverture et commencer à parler de son projet. Comme je le suspectais, aucun n’aborde une thématique dite « de genre » (horreur, SF, etc.). La plupart de camarades ont un bagage technique, notamment derrière une caméra, ou ont fait des études de cinéma. Avec ma place de repêché et mon CV de touriste dans l’écriture, ça me fait vraiment bizarre et je me dis que la compétition va être rude. Mon scénario avec une princesse qui dit « bite, chatte, couille » me semble jouer dans la cour des primaires…

Bah… Au moins, je m’amuse à l’écrire ! C’est l’essentiel.

14h. On a tous rendez-vous au Pop-Up Cabaret pour tirer au sort et au hasard nos parrains. On sera mis deux par deux. La charmante brune aux yeux bleus, ma voisine de table qui tape frénétiquement, est désormais ma binôme. J’ai appris une heure plus tôt au restaurant qu’elle s’appelle Emma et qu’elle travaille sur une histoire de cochons (des moutons et des limaces ont aussi été évoqués durant le repas, les animaux inspiraient visiblement). Nous tirons au sort un scénariste et un producteur, respectivement Charlotte Paillieux (Tiger Lily) et Pierre Guyard (Les Combattants). Après une sombre histoire d’échange de sacs qui prouve qu’Emma est la fille la plus zen du monde, on se pose tous les quatre en terrasse pour se présenter et pitcher nos projets.

On fait les pitchs les plus nazes de l’histoire du pitch d’une histoire débutée la veille ! Charlotte et Pierre ne sont pas rassurés par ce qu’ils viennent d’entendre et pointent déjà du doigt une masse de travail décourageante. Contrairement à Emma, j’ai l’avantage de savoir pour le moment où je vais et d’avoir écrit la scène d’intro et l’équivalent de trois reboot de cadeaux. Charlotte monte donc avec moi dans la salle à baccalauréat pour lire mon premier jet.

Elle se bidonne en lisant mes dialogues. C’est plutôt bon signe. Arrivée à la fin, ma marraine me dit que je pourrais jamais faire plus fort que ce troisième reboot avec le dragon et que ce devrait être en fait la chute. Tout le deuxième reboot ne fonctionne pas du tout et peut être mis à la poubelle (ça fait jamais que 8-10 pages, hein…) et qu’il faut que je resserre la rythme du texte. En gros :

Coco, t’es pas couché !

Mais surtout, en lisant mon texte, elle admet que si mon pitch la faisait pas kiffer avec mes princesses et mes fées, elle adhère complètement à la façon dont je le traite ! Les échanges avec Charlotte sont enrichissants, elle écoute patiemment mes idées, pointe les bouses du texte et donne des conseils qui seront précieux pour la réécriture !

19h. Elle m’appelle pour savoir comment ça se passe. Je viens tout juste de finir le deuxième reboot en l’orientant plus parodie de princesse avec les clichés « je chante » et « je parle aux animaux » sur ses conseils. Je lui fais part de mon sentiment mitigé sur cette nouvelle version et lui dis que je vais tenter encore une nouvelle approche (ça fera jamais que 8 pages de plus que je mettrais encore à la poubelle, quelle que soit l’option qu’on choisira de garder). Elle nous dit qu’elle passera nous voir à 20h pour faire le point.

21h. Charlotte arrive ! Entre temps, on s’est fait lire nos textes avec Emma. J’aime beaucoup ce qu’elle a fait, notamment la fin et les rapports entre les personnages, et pointe du doigt des trucs qui, moi, m’ont dérangé. Emma me dit qu’elle a apprécié me lire, surtout mes dialogues. Comme moi, elle préfère ma troisième version du deuxième reboot (ça commence à être compliqué à suivre, désolé). C’était cool de partager nos scénarios, un troisième œil extérieur n’est pas superflu et j’ai l’impression qu’on est les seuls à avoir fait cet échange… Charlotte passe donc du temps avec Emma pour découvrir son texte pour la première fois. Là encore, elle est très agréablement surprise de découvrir un texte mille fois mieux que le pitch du début d’après-midi. Pierre, débordé, ne pourra malheureusement pas se joindre à nous. Dans l’absolu, la situation est stressante : on ne se fie aux retours que d’une seule personne et on est pas à l’abri qu’il soit en complet désaccord avec ce qui se dit.

22h30. Charlotte et moi finissons de disséquer cette nouvelle version de mon texte. Comme Emma, elle préfère la troisième version du deuxième reboot cadeau. J’ai deux pages de commentaires à intégrer et nous venons ensemble d’affiner la fin, notamment sur la justification de la présence des fées et la chute comique du film. Inutile de dire qu’à ce moment de l’écriture, il n’est plus question de faire un sous-texte sur le féminisme : on fait juste un truc fun et c’est bien suffisant !

La nuit est encore loin d’être finie…

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commentaires
  1. […] Festival des Scénaristes de Valence 2015 – Compte-Rendu 4 […]

  2. Gwen dit :

    « Je viens tout juste de finir le deuxième reboot en l’orientant plus parodie de princesse avec les clichés « je chante » et « je parle aux animaux » sur ses conseils. Je lui fais part de mon sentiment mitigé sur cette nouvelle version et lui dis que je vais tenter encore une nouvelle approche »
    Je crois qu’on peut difficilement faire pire dans le genre parodique, c’est TELLEMENT attendu.
    Ça me rappelle ces initiatives féministes de gamejam ou studios féminins qui ne sont bons qu’à faire des parodies de jeux girly, juste bons à se définir dans l’opposition d’un modèle plutôt que de creuser leur propre sillon.
    Dans ta 1ère version, j’avais grimacé en voyant le côté trash du premier don parce que justement je trouvais ça trop facile, mais la suite et la fin d’alors (le libre arbitre, regard caméra) me paraissait un très bon équilibre (et la substantifique moëlle de ce qu’est vraiment le féminisme).
    D’ailleurs globalement les princesses Disney sont souvent plus intéressantes qu’on ne leur accorde le crédit (<- ça fait pas très français comme formulation…), si on exclut le trio Blanche-Neige/Aurore/Cendrillon (de toute façon tout le monde est d'accord pour dire que les seuls vrais personnages de la Belle au bois dormant sont les 4 fées, et j'aurais presque tendance à dire Maléfique uniquement – logique qu'elle ait eu son spin-off, malgré sa médiocrité); Belle se désole de la médiocrité intellectuelle de son patelin, Ariel rêve de savoir, Jasmine est frustrée d'être en cage… Dans ces trois cas, les princes ne sont que des déclencheurs.
    Et c'est sans parler des non-princesses ou personnages moins connus telles qu'Esmeralda, Pocahontas, Jane, Kida, Megara…

    • Oliver Castle dit :

      Il faut bien voir que l’approche de parodie classique était un test obligé, notamment pour tirer le scénario vers la simplicité. En soi, la version était drôle (je la mettrai en ligne pour continuer le CR et montrer ce qu’un scénariste est parfois obligé de jeter) mais ça ne fonctionnait pas aussi bien que je le souhaitais.
      Après, j’appréciais la première version assez énigmatique de la fin, avec un message en filigrane sur le thème du féminisme (et comme tu l’as souligné, c’est un sujet délicat à bien traiter et la en 48h c’était vraiment chaud pour faire un truc juste). Mais dans le cadre d’un court résolument oriente humour, cela fonctionnait de moins en moins à mesure que le rôle des fées se précisait.
      Au final, je suis vraiment content qu’on m’ait rappelé de revenir à la simplicité et à l’efficacité 🙂

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