Another Earth est un film réalisé par Mark Cahill, avec William Mapother (Lost) et Brit Marling, écrit par les mêmes Mark et Brit (qui sont pour l’instant de merveilleux inconnus, ce qui explique le manque de références passées).

Rhoda fête son diplôme. Trop. De cet événement heureux découle une tragédie : avec sa voiture, elle tue presque le compositeur John Burroughs, tue complètement sa femme enceinte et son petit garçon. Quatre ans plus tard, elle sort de prison et connaît un profond mal de vivre. Elle va alors se rapprocher de John, sorti du coma, pour essayer de lui dire la vérité… Ah et accessoirement, il y a une deuxième Terre qui s’est rapprochée de la nôtre !

La première fois que j’ai vu la bande-annonce, je me suis dit que ça avait l’air cool. Plusieurs semaines plus tard, quand je l’ai revue, je me suis dit que ça avait l’air mou du genou. L’un dans l’autre, l’aventurier cinématographique que je suis s’est surpris à laisser une chance à ce film.

Déjà, ne vous laissez pas abusé par le logo de la FOX en début de film ; avec ses 200 000 dollars, c’est très clairement un film indépendant réalisé avec deux bouts de ficelles et des acteurs quasiment bénévoles. Bénévoles certes, mais investis ! On ne pourra pas leur reprocher de ne pas jouer avec justesse les rôles de personnages brisés qui leur ont été donnés. Rien à dire du côté de Brit Marling complètement submergée par son sentiment de culpabilité et son désir de rédemption après son homicide involontaire. Rien à dire non plus pour William Mapother (vous savez, cet acteur que vous voyez partout sans pour autant savoir où vous l’avez vu !), qui cherche à se reconstruire et redonner un sens à sa vie après la tragédie qui lui ôté sa famille.

Voilà pour le positif que j’ai pu trouver dans le film. Je citerai aussi sans le dire le twist à la fin, qui aurait plutôt intéressant dans un court métrage.

Pour le reste… Comment dire ? Je vais classer ce film sur mon étagère « Les films de science-fiction partant d’un bon sentiment mais chiants à mourir », juste à côté de Solaris. C’est looooooooong. Avec 9 o. Je comprends bien le désir du réalisateur de montrer la souffrance intérieure de Rhoda, mais j’ai trouvé qu’on basculait instantanément dans le pathos. L’état émotionnel du protagoniste était suffisamment équivoque sans en rajouter avec ses promenades solitaires, tentatives de suicide et autres regards perdus dans le vide !

Le film doit faire quelque chose comme 1h32, si je prenais le script et que je me mettais à couper toutes les minutes contemplatives et si je remontais la chose en dynamisant un peu la chose, je pense qu’on aurait un moyen métrage nettement plus efficace ! En fait, la raison pour laquelle ce film est si peu percutant dans son propos tient à deux choses (à mon humble avis) :

  1. Le film a été tourné dans l’ordre chronologique (et ne s’appelle pas Steven Spielberg qui veut !). C’est bien pour garder les acteurs dans l’évolution de leurs personnages, c’est mal pour le monteur (à fortiori et surtout quand c’est le réalisateur) qui juge intéressant la plupart du matériel qu’on lui propose et qui n’a pas spécialement envie de couper l’émotion présente.
  2. Le film a été tourné dans un climat d’improvisation désiré par le réalisateur. En d’autres termes, le script n’est qu’une trame générale à suivre et on laisse les acteurs surfer sur l’émotion pour pondre des dialogues en conséquence. Je ne dis pas que c’est mal – c’est même plutôt apprécié par Jessica Alba (*insérer ici des rires enregistrés*) – je dis juste que c’est la porte ouverte pour flinguer un film. Les dialogues et le rythme imposés par un script sont sensés être des choses travaillées et retravaillées par le scénariste de manière à créer une dynamique. Jeter ce travail pour laisser place à l’impro et il y a de grandes chances pour que le film perde son tempo.

En conséquence de 1 et 2 : Another Earth est chiant. Et il l’a bien cherché ce Mark Cahill !

Si l’on rajoute à côté de ça une totale approximation scientifique, vous voilà déjà en train de décrocher. L’idée d’une deuxième Terre entrant dans l’orbite de la première est intéressante en soi (et pas que pour la métaphore du miroir usée jusqu’à la corde dans ce film). Pas crédible, mais pourquoi pas. Sauf que science-fiction ou pas, il reste la science et quoi qu’il advienne, les règles de la physique s’applique encore. Allez placer un nouveau caillou céleste auprès de la Terre, et on va voir si ça ne change rien à ses marées ou à sa gravité…

Bref, cette histoire de seconde Terre, c’est globalement une excuse pour appuyer les interrogations existentielles des deux personnes à l’origine du projet et ça n’a globalement aucun intérêt, hormis pour le twist final et son côté mind-fucking du pauvre. Ajoutons aux incohérences purement physiques des incohérences de l’histoire/du montage (des journalistes qui disparaissent d’une scène à l’autre, des astronautes qui s’en vont vers l’autre terre et dont les noms ne sont pas connus de l’autre Terre – c’est pour le côté twist final branlant ça – et j’en passe) et vous aurez ma conclusion à ce film.

Another Earth est clairement un film indépendant qui souffre des ambitions existentielles et de l’ego des porteurs du projet, qui n’arrive pas à dépasser son propos premier et se perd dans une approximation scientifico-métaphorique et une stase philosophico-chiante. Restent les acteurs pour sauver ce film du naufrage poétique…

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commentaires
  1. Michelle dit :

    J’ai vu ‘Another Earth’ je le recommande ausi (scene etonnante avec un gars jouer une scie – combien de films avez ca?! Vous pouvez ecouter la musique de cette scene sur le site du compositeur http://www.scottmunsonmusic.com/news/music-in-film-another-earth-soundtrack

    • Oliver Castle dit :

      Bonjour Michelle. Je ne recommande pas spécialement Another Earth, je serai même plutôt du genre à dire « Vous allez le regarder ? Vous êtes prévenu ! » La scène de la scie fait partie de rares scènes contemplatives qui font avancer le film, en écho avec l’anecdote de Rhoda.
      1. Le personnage de John sort de sa catalepsie créative et est prêt à retourner composer.
      2. C’est grâce à Rhoda, il la remercie.
      3. Il lui dit en sous-textes : j’ai besoin de vous, je vous aime. (Faire consommer cette déclaration, juste après m’a semblé de trop, surtout vis-à-vis du personnage de Rhoda…)
      C’était joli à écouter, bizarre aussi, et intéressant cinématographiquement et musicalement parlant.

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