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Earth One: Batman est un comic-book créé par Geoff Johns et Gary Frank, l’équipe créative derrière Superman: Origines Secrètes.

Si vous n’êtes pas familier de DC comics (on ne sait jamais, vous n’avez peut-être jamais posé un oeil sur mon blog), du multivers et de la Terre 1 en particulier, je me fais fort de vous rediriger vers un précédent article qui explique les bases. Si vous avez oublié, même tarif.

Maintenant que tout le monde est à peu près au point, intéressons-nous à cette nouvelle mouture de Batman. Comme le Superman sus-lié, Batman n’existe pas en tant que tel. Terre 1 étant un univers où les super-héros ne sont pas encore sortis du placard, il faut bien commencer par les bases. Comme le Superman, nous allons donc découvrir les origines de Bruce Wayne et ses plus proches collaborateurs (Gordon, Alfred…).

Encore des origines… C’est un peu la lubby du moment. Entre les films, les séries et le reboot, on aura eu le droit à quasiment que ça ces dernières années. Certes, elles sont nécessaires, mais Batman restant Batman, difficile de faire aussi original que ce que j’avais pu lire dans le Superman: Earth One ou voir avec Arrow. Johns joue donc sur les mêmes traumas que la trame historique (meurtre des parents) et utilise des « canons » instaurés par la dernière trilogie Nolan : Lucius Fox, l’entrainement, l’exil, premiers échecs… Quand on sait que Batman Begins s’inspire très largement de Batman: Year One, on finit par instinctivement comparer ces « nouvelles » origines avec celles de Year One. Le constat est sans appel : le travail de Frank Miller surpasse celui de Johns, un peu fainéant sur le coup. Exactement le même problème que sur le Superman: Secret Origins ! La peur de déstabiliser les anciens lecteurs tout comme les potentiels nouveaux qui ne connaissent que les films. Alors sur la gamme Earth One, tout est permis.

On a déjà eu un Batman amateur un peu loser, un Alfred balèze, une Gotham City crade mais pas trop. Bref, ça sent le réchauffé et c’est dommage. Reste un vilain révisité plutôt sympathique mais, qui encore une fois, rappelle par bien des aspects un certain Batman: Le défi de Tim Burton. Finalement, ce que j’ai presque préféré, c’est Gordon, son nouveau partenaire et un Alfred plus bad-ass qu’il ne le devrait et son conflit avec cet idiot de Batman.

Les dessins de Gary Frank s’adaptent beaucoup mieux au chevalier noir qu’au boy-scout et côté graphisme, c’est vraiment très agréable à regarder, notamment beaucoup de planches pour unique dessin. Alors certes c’est très joli, mais côté narration BD, on m’empêchera pas de penser – encore une fois – que c’est un peu fainéant. Reste que Frank possède un style particulier, notamment sur les visages, et qu’il faudra se faire sa propre idée. Néanmoins, sur Batman, ça fonctionne très bien et on ressent parfaitement tout le côté « humain » derrière le masque.

L’avantage de la gamme Earth One, c’est qu’elle sort une fois tous les 36 du mois. Elle ne ruine pas le budget et elle n’a pas besoin d’une continuité pour s’apprécier. En revanche, elle n’est disponible qu’en anglais et, aux dernières nouvelles, c’est pas prêt d’arriver par chez nous ! L’offre Batman étant suffisamment riche sous nos vertes contrées, notamment avec l’édition de la Cour des Hiboux ou les ré-éditions du couple Loeb/Sale (Long Halloween, Amère Victoire…), il y a de quoi faire sans s’embarrasser d’un nouveau type de Batman mi-rétro, mi-moderne et mi-rétro derrière. Earth One: Batman s’adressera donc aux plus complétionnistes des fans de la chauve-souris. En plus, bien que de qualité au-dessus de la moyenne pour un graphic novel, celui-ci ne déborde pas de bonus.

J’attendais beaucoup plus de ce Earth One pour Batman. Plus de folies, plus de nouveautés, plus de Earth-onittude. Pour moi, Goeff Johns est passé à côté de son sujet et nous a pondu un truc certes très maîtrisé mais sans risques et bien trop propre pour mériter un achat, surtout comparé à l’offre existante. Les puristes et ceux qui veulent un truc équivalent (mieux mais moins mainstream) se tourneront vers le Batman: Year One (en bundle avec le dessin animé, en plus !) sans se poser plus de questions.

Earth One: Superman est un comic-book scénarisé par J. Michael Straczynski (Rising Star, Babylon 5) et dessiné par Shane Davis.

En général, je commence toujours par un petit résumé de l’histoire avant de rentrer dans le vif du sujet. Cette fois, je m’en passerai. Car l’histoire, elle est simple, je l’ai d’ailleurs raconté dans deux autres chroniques : Secret Origins et Man of Steel. En poussant le vice plus loin, je l’ai aussi un peu fait avec Secret Identity et Red Son. En d’autres termes, hormis le fait d’avoir mis des retro-liens sur mes articles, Earth One: Superman redéfinit (encore) les origines de l’Homme d’Acier.

Sauf que les circonstances sont particulières. Pour être habitués à traîner vos guêtres sur mon blog, vous devez commencer à bien saisir que DC, Superman, Batman, Green Lantern et compagnie c’est un vaste bordel fait de continuités multiples, de Terres parallèles et de crises à répétition pour donner un semblant de cohérence à l’ensemble tous les 5 ans. La Terre 1 est une conséquence de la dernière crise (ou l’avant dernière… l’Identity Crisis qui a créé 52 Terres) et pour DC, c’est aussi et surtout l’occasion de se créer une ligne nouvelle, à la Ultimate de chez Marvel, pour redéfinir leurs personnages dans un contexte moderne, réaliste et surtout détaché de tous les a priori qui polluent l’image qu’on peut avoir d’eux (au hasard « ah oui, Superman, c’est le boyscout en slip rouge ! »). Bon, ensuite, ne me demandez pas comment s’insère Earth One dans le gigantesque reboot de septembre dernier… il semblerait que les deux univers co-existent sans se regarder et c’est tant mieux !

Et pour lancer la ligne, quoi de mieux que Superman ? Attaché au projet, on retrouve J. Michael Straczynski (un grand nom multi-récompensé pour ses comics ou ses scripts ciné/TV) qui a carte blanche pour faire ce qu’il veut du personnage, de l’univers, son passé, son futur. Idem avec Shane Davis qui est libre de faire ce qu’il veut avec les designs.

Avant de m’attarder sur les scénarios, un petit mot sur les dessins. C’est magnifique ! Vraiment magnifique ! Les dessins sont soutenus par une mise en couleur aquarellée du plus bel effet. On retrouve Clark dans la peau d’un jeune adulte de 21 ans, il est donc naturel que son design ait été remis au goût du jour avec jeans, blouson de cuir et sweat à capuche. Pour ceux qui s’étrangleraient déjà, attendez d’arriver au moment où je parle du travail de Straczynski pour mieux comprendre les raisons de ce choix. Le design du costume a également été revu, et très honnêtement, Maman Kent a fait du très bon boulot avec sa machine à coudre, c’est pour moi le costume le plus classe qu’il ait jamais porté à la fois classique et pourtant moderne. L’histoire fait intervenir un méchant totalement inédit avec un look qui mêle science-fiction et David Bowie ! On retrouvera également d’intéressants vaisseaux extra-terrestres et des mecha bien classes.

En résumé, Earth One: Superman est le plus beau comic-book sur le personnage qu’il m’ait été donné de lire, avec une vraie identité graphique. Et pourtant, j’étais persuadé que Birthright avait établi une espèce de mètre-étalon dans la prise de risque graphique avec Supie.

Vous avez déjà compté le nombre de fois où je râle contre les scénaristes qui ne font rien du personnage de Superman, qui l’effleurent à peine ou se contentent de resservir les recettes qui ont bien marché de par le passé ? Alors vous serez ravis d’apprendre que le scénariste a fait un vrai bon gros travail de caractérisation du personnage. J’ai enfin pu lire le Superman que je voulais lire depuis des années ! Au quatrième de couverture, il y a nombre de citations de gens influents dans le milieu et proche de Superman. Richard Donner (Superman I et II) encense le travail des auteurs, David Goyer aussi, un autre aimerait avoir écrit ce livre (moi aussi, accessoirement !).

Petite parenthèse sur Goyer. C’est le scénariste du prochain Superman au cinéma. Au regard de ce qui a été dit en interview et des premières images, je ne pense pas me tromper en disant que la façon dont sera abordé le personnage dans sa nouvelle version sera proche de celui-ci dans sa partie génèse.

Pour la première fois, quelqu’un se pose la vraie question de savoir qui est Clark Kent/Superman. On en avait un aperçu léger dans les films de 78 avec ce Clark Kent un peu exclu. Dans Earth One, la logique est jusqu’au-boutiste. Superman est seul. Superman est un être seul, de par sa nature même d’extra-terrestre. Il ne peut pas s’intégrer. On retrouve au donc un début du graphic novel, un Clark Kent en pleine crise existentielle sur ce qu’il doit faire de sa vie. Ça arrive à tout le monde, mais lui se retrouve face à un choix, un vrai choix : abandonner sa nature et ce qu’il est pour s’intégrer avec un vrai boulot (joueur star de football, scientifique, entrepreneur, il peut tout faire) ou abandonner son humanité pour devenir une icône pour le monde. Evidemment, ses parents l’ont bien mis en garde, car accepter d’enfiler le costume de Superman c’est non plus être seul par défaut, c’est choisir d’être à jamais seul…

Et toute la problématique de Clark Kent est là : dans quelle mesure peut-il accepter de sacrifier sa vie ? Bon, évidemment, il va mettre son costume, mais le cheminement qui l’amène à le faire n’est pas dicté par sa mythologie classique (qui, pour rappel, est de sauver Lois Lane d’un crash de son avion).

Dans Earth One, toute la mythologie est explosée, tout ce qui est borderline rigolo est littéralement évacué : exit le S comme sigle familial, exit les tolérances faciles introduites par Smallville, exit la Forteresse de Solitude et l’enseignement de Jor-El (de facto, il ne sait vraiment pas qui il est, ce qui renforce le propos sus-décrit), exit je vais travailler au Daily Planet par défaut, exit tout un tas de trucs inutiles en fait. On ne garde que ce qui sert le personnage dans son apprentissage, à savoir son exclusion forcée et sa quête identitaire, son caractère très intelligent et ses parents (et l’acte fondateur et fondamental qu’est le décès de son père). Earth One répond aussi à une vraie interrogation : qui est Superman par rapport à Clark Kent ? Encore une fois, le film de 78 donnait une bonne interprétation. On retrouve la logique ici : l’entité véritable du personnage, c’est Superman ; le masque c’est Clark Kent (ce que Smallville a massacré en bonne et due forme…) ! Une fois cette vérité rétablie, le personnage de Clark Kent s’inscrit dans une perspective réfléchie et un acte qui définit son rôle et son placement choisi en tant que icône du peuple.

L’histoire réserve son lot de surprises qui réogarnisent la mythologie classique, et je laisse aux futurs lecteurs le soin de les apprécier. Il faut bien noter que Superman n’est pas le seul à se voir redéfini et recaractérisé : Jimmy Olsen prend vraiment une autre dimension, Perry White reste proche de ce qu’on lui connaît et Lois Lane a définitivement laissé son côté cruche au placard (même si elle est finalement peu présente dans ce premier volume). De nouveaux personnages sont introduits (comme le Major Lee) et devraient contribuer à dissocier Earth One de l’univers classique.

Certes, Earth One est post- Batman de Christopher Nolan et nombre de critiques avait mis en avant le fait que ce Superman soit sombre et torturé et plein de questionnements. C’est de mon point de vue la meilleure des façons d’aborder la légitimité du personnage : c’est littéralement un dieu, il a le pouvoir de vie ou de mort sur le monde, il n’est pas à prendre à la légère comme personnage. L’édition US cartonnée (de fort bonne facture) propose une interview de Superman par Clark Kent, celle-ci révèle beaucoup de choses sur le personnage de Superman, y compris ce que je viens de signifier : à partir du moment où il assume son identité et la cape, il assume de vivre avec l’idée qu’il est aussi responsable de la mort de milliers de personnes… Comment voulez-vous en faire autre chose qu’un personnage torturé ?

Je disais que l’édition que je possède est US. Comme d’habitude, les approximations des parutions étant ce qu’elles sont, je ne doute pas qu’il finira par arriver chez nous… Faudra juste être très patient. Ceux qui possèdent un anglais scolaire ne doivent pas bouder leur plaisir. Oubliez Secret Origins et son consensualisme puant ! Earth One: Superman est, pour moi, la meilleure histoire qu’il m’ait été donné de lire sur le personnage ! Un poil devant Birthright, un poil devant Secret Identity, mais tout de même la meilleure ! Vous avez le droit de ne pas aimer ce qui a été fait avant du personnage, j’espère avoir convaincu les plus réfractaire que celui-ci valait le coup. Les pro-fans du personnage, foncez !

La couverture du tome 2 vient d’être révélée… Dommage qu’elle soit un peu moche à certains égards…