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Dead Island est un jeu développé par les polonais de Techland, distribué par Deep Silver.

Il y a le sable, le soleil et la mer. Et des zombies ! Vous pensiez avoir des vacances peinards ? Bienvenue en enfer ! Si l’enfer, c’est les autres, autant dire que ça se vérifie si on se met à compter les missions « coursier » tandis qu’on essaiera de sauver ses miches !

Parmi les nombreuses sensations de l’E3 2014, il y avait deux trailers qui ont retenu mon attention. Tout d’abord, Dying Light.

Et puis, Dead Island 2.

Le premier est toujours développé par Techland, le second est passé dans les mains des Allemands de Yager. L’un et l’autre m’ont rappelé que je n’avais toujours pas fait Dead Island premier du nom et qu’il serait de bon ton de m’y mettre avant leur sortie. Ca tombe bien, j’ai trouvé une galette pour 10 euros au Leclerc du coin !

Dead Island, j’en avais entendu parlé avant sa sortie avec un trailer qui avait mis tout le monde d’accord à sa diffusion (voir en fin d’article) et puis le hasard des jeux tombant dans mon escarcelle (2011-2012, probablement le vampirisant Skyrim…) a fait que j’avais oublié de m’y intéresser. Il est fort probablement que la mention « meilleur en coop » m’ait refroidi puisque j’aime pas jouer avec les autres. La bonne nouvelle c’est que le jeu est faisable tout seul (encore heureux !) mais il faudra y passer un peu plus de temps. Normal, quand on est tout seul pour dézinguer une horde de bouffeurs de cerveaux, ça met quatre fois plus de temps qu’à 4… Pour ma part, Steam affiche 40 heures au compteur. J’ai fait toutes les quêtes annexes sur lesquelles je suis tombé et exploré suffisamment l’ile pour trouver 133 des 140 items à collectionner. Pour un FPS, la durée de vie solo est donc plus que bonne.

Le jeu vous propose 4 gameplay différents, avec 4 personnages : armes à feu, corps à corps tranchants, corps à corps contondants, et polyvalent. Sachant que dans tous les FPS, on dégomme tout ce qui bouge à grands renforts de poudre et que le jeu insistait sur le côté « nous, on va au contact », j’ai pris le gros black rappeur qui joue de la clé à molette. Les 4 personnages suivent la même histoires, n’interviennent que dans les cut-scenes et sont donc globalement interchangeables sans que cela impacte le dénouement de l’intrigue. Ce sera surtout une histoire de goût et de style de jeu (sachant que dans mon cas, j’avais aussi un gros magnum et une épée).

Les « babes » de Dead Island…

Grâce à un arbre de talents, vous aurez l’opportunité d’améliorer les possibilités de votre personnage : un arbre pour la survie, un arbre pour l’attaque, un arbre pour la compétence spéciale propre à votre personnage. La bonne nouvelle, c’est qu’en une partie normale, il vous sera normalement impossible de débloquer toutes les compétences, ce qui renforce l’aspect spécialisation du personnage et fait la nique à Far Cry 3 et au dernier Wolfenstein. La mauvaise nouvelle, c’est que – quels que soient vos choix – le jeu n’est pas hyper dur et vos investissements seront de toute façon récompensés, même s’ils sont débiles. Moi par exemple, je n’ai mis aucun point pour la compétence spéciale de mon Sam B, m’obligeant à occulter une furie au corps à corps mano a mano qui ne m’intéressait pas ; et bien ça ne manquait pas !

Le gameplay au corps à corps était vraiment sympa : tranchage de membres, explosage de crâne, valdingage de rag-doll… Il y a un petit côté jouissif à aller chercher le contact qui finit littéralement dans un bain de sang. Au moins, ça change et dans le cadre d’une survie à une invasion de zombies, vous commencez avec ce que vous avez : une planche ou un balai. La montée en puissance de votre personnage est très bien rendue (pas spécialement réaliste, hein) et on prend plaisir à trouver une batte de base-ball plus solide que la précédente. L’autre point fort du gameplay, c’est la possibilité d’améliorer les armes avec des « recettes » et la tonne de déchets que vous allez récupérer sur les corps ou dans les poubelles : une batte de base-ball électrique ? un bâton enflammé ? un couteau qui fait vomir ? Vous le voulez, vous l’avez. Dans les faits, rien ne vaut l’électricité !

Après, soulignons aussi que c’est très répétitif, qu’il y a 5 types d’ennemis différents à tout casser et qu’ils ne sont pas futés et à part le gros dans l’image ci-dessous, ils ne poseront pas de problèmes tant qu’il sont moins de 5 sur votre tronche.

Le gamefeel est beaucoup plus mitigé. Le moteur est certes vieux (technologie 2010) et n’est pas un cador du genre (Chrome) mais on peut faire abstraction du clipping et des textures pas très propres. Les animations ne sont pas au top et les décors pauvres. Bref, c’est bien, bien, bien daté ! Ce qui dérange, c’est la sensation d’incarner un personnage qui n’est pas « connecté » au sol (le choc quand vous regardez vos pieds pour la première fois). Les déplacements sont étranges, peu naturels et si jamais vous apercevez votre ombre, c’est carrément foutu tellement elle semble bibon (aliaising mis à part, vous voyez bien la posture étrange de votre perso). Dans le jargon, « l’embodiment » est raté et il faudra un temps certain pour faire abstraction de ça.

Autre problème majeur, le reboot des scripts et scènes. En gros, vous nettoyez de fond en comble une zone de bungalows pour une quête ; cinq minutes plus tard vous revenez parce qu’un type vous demande d’aller chercher un truc et tous les zombies que vous avez chèrement exterminés (littéralement, puisque buter des zombies use votre arme et les réparations coûtent de l’argent) sont aussi de retour, à la même place, en train de vaquer à leur occupation de morts-vivants ! Idem pour les objets à ramasser (notamment les canettes et snacks). Certes on ne pouvait pas faire l’un sans l’autre mais le côté « survie » en prend un coup et le jeu revient finalement à mouliner de la batte avec application mais peu de jugeotte.

Deux mots sur l’histoire, qui n’a rien de surprenant et dans laquelle je ne me suis senti guère investi. La faute à suivre les objectifs comme un bon samaritain, au mode coop qui ampute tout choix et au caractère très convenu de la trame (en gros : vous aller là, vous tuer, vous revenir). J’attendais nettement plus d’un jeu de survie avec des zombies. C’est ici très linéaire avec un retournement convenu à la fin. Ca fait le boulot, mais c’est tellement générique que vous ne vous y attacherez pas et considérez l’histoire comme un prétexte pour buter tout ce qui croisera votre chemin. Sans compter la fin, baclée avec une hausse de la difficulté pour faire la blague.

Le vrai point fort de Dead Island, c’est son idée de base : vous êtes seul, sur une ile perdue, à survivre à une invasion de zombies sortie de nulle part. Le vrai point faible, c’est que ce n’est pas le jeu que j’attendais. J’en voulais plus sur le côté oppressant de la survie et d’une attaque de zombie.En définitive, Dead Island vaut les 10 euros que j’ai investis. Plus et je me serais sûrement senti un peu floué en tant que joueur solitaire, malgré ses qualités et bonnes idées. En toute honnêteté, je conseillerais plutôt d’attendre et voir ce que donnera Dying Light qui a l’air de proposer les mêmes expériences sur le gameplay dans un milieu plus oppressant.

Et un mix gameplay+intro sur Who Do You Voodoo, Bitch?:

Ghost Rider: Spirit of Vengeance est un film réalisé par le duo Mark Neveldine et Brian Taylor (Hyper Tension), sur un scénario de David S. Goyer (Jumper), avec Nicolas Cage (Kick Ass) et d’autres acteurs dont on se fiche car il y a Nicolas Cage qui leur vole la vedette. Ah si, il y  a aussi Christophe Lambert (Fortress) ! Bref, du level !

Blablabla… Antechrist. Blablabla… Fin du monde. Blablabla… Ghost Rider seul espoir. Blablabla… Moines. Blablabla… Courses-poursuites. Blablabla… Fait pipi du feu.

Un scénario de haute volée pour ce reboot en forme de séquelle pour le motard au crâne de feu… Il faut dire que le premier opus volait au raz des pâquerettes et qu’il n’y avait pas grand chose pour le sauver de l’étagère « nanar ». Un film porté par l’unique charisme de Nicolas Cage. Et c’est ce même Cage qui décide que ce serait bien de rempiler dans son blouson de cuir. Les studios y consente avec une sévère réduction de budget et un tournage low-cost dans un pays de l’Est (à la Assassination Games).

Le scénario tient sur une demi-feuille à rouler et prouve que Goyer est un scénariste particulièrement inconstant dans la qualité de ses productions. Ceci étant dit, et a fortiori si vous avez jeté un œil au premier film, vous savez que vous allez vous taper un film pop-corn dans la plus pure tradition du film pop-corn. Et en temps normal, je vous conseillerais de passer votre chemin et d’aller mater un bon film ! Mais pas cette fois ! C’est débile et on en redemande !

Comparons deux films pourraves : celui-ci et, au hasard, Conan. Tout les deux des grosses catastrophes et basés sur des licences fortes. Conan est vraiment nul. Ghost Rider est vraiment jouissif ! Mater ce fil fut un véritable plaisir régressif. Et cela grâce à deux éléments que ne possèdent pas Conan ou d’autres films minables :

  1. Nicolas Cage ! L’acteur a depuis longtemps décider de tirer un trait sur la cohérence de sa carrière. Le mec se fait juste plaisir et ça se voit. Entre ses trips pseudo-shamaniques hors-champ et ses pétages de câbles grandioses devant la caméra, Nic porte une fois de plus le film sur ses épaules et, comme la plupart des productions auxquelles figurent son nom, c’est juste un véritable plaisir de le regarder complètement habité par un personnage qui sort des répliques bien cheesy.
  2. Le couple de réalisateur Neveldine/Taylor qui ont décidé de se laisser aller à leur marque de fabrique : de la série B décomplexée ! La scène d’intro est à gerber tant il n’y pas un plan cadré droit, les courses poursuites font dans la sur-enchères gratuites, certains passages ont l’air d’avoir été tourné sous acide, d’autres sont complètement gratuits… et pourtant ça fonctionne ! A l’image de Cage, il sort de leur travail une générosité sans fin qui élève leur film de simple nanar à une véritable expérience sur laquelle il vous est impossible de cracher ! C’est un gigantesque foutoir et il supporte à merveille le scénario crétin et les punchlines débiles de Cage.
  3. (Il y a aussi Christophe Lambert… Et ça, ça n’a pas de prix. D’autant plus qu’on lui fout une épée entre les mains et qu’il nous fait son moulinet à la Highlander !)

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Les effets spéciaux sont bien foutus et, comme le Rider prend possession des véhicules qu’il conduit, ça donne le droit à de bonnes scènes à l’image du film : n’importe quoi mais cool. J’ai envie de voir le Ghost Rider sur une tondeuse à gazon ou sur une trottinette pour voir ce que ça va donner en matière de flammes. A noter que les séquences animés sont vraiment bien aussi.

Scénario, personnages, situations, décors, tout est sous-exploités d’une façon ou d’une autre. C’est dommage, on aurait tellement allé plus loin dans le nawak, peut-être même au point d’en faire un vrai bon film…

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Je ne suis pas hyper objectif. J’admets. J’adore Nicolas Cage et ses coupes improbables. Tout comme j’adore le personnage du Ghost Rider (ses BD sont plutôt bonnes, mais ne tiennent jamais la distance tant la caractérisation de l’anti-héros limite son propre champ d’action..). Ghost Rider: Spirit of Vengeance était un film en roue libre, nul et creux, mais pourtant qu’est-ce qu’il était cool et rigolo ! Comme quoi l’idiome « plus c’est con, plus c’est bon » fait finalement sens…

Twin Peaks est toujours une série créée par David Lynch et Mark Frost, toujours avec Kyle MacLachlan (Dune) et plein d’autres acteurs dont un certain nombre d’invités amusants : David Duchovny (Californication), Heather Graham (From Hell), Billy Zane (Le Fantôme du Bengale), David Lynch…

Si vous ne connaissez pas Twin Peaks, c’est que visiblement vous êtes passé soit à côté des années 90, soit à côté de mon article sur la première saison. Cela étant dit, je me dois de faire un avant-propos de mise en garde.

  • Si vous n’avez jamais regardé Twin Peaks, déjà, c’est mal.
  • Si vous n’avez jamais regardé Twin Peaks, je vous invite dès à présent à fermer l’onglet de mon blog, à ouvrir un onglet Amazon et à en commander le coffret DVD.
  • Si vous n’avez jamais regardé Twin Peaks, vous risquez de vous gâcher tout le plaisir que cette série comporte puisque je vais raconter beaucoup de choses qui lèveront tout le voile de mystères inhérents à l’univers de Twin Peaks.

Vous avez été prévenu !

La première saison avait posé les bases d’un phénomène qui ne tardera pas à être nommé peakmania tant la série jouissait d’une popularité énorme. Au démarrage de la saison 2, tous les foyers américains suivent la suite des enquêtes de l’Agent Dale Cooper avec une ferveur quasi-religieuse. Mais il faut savoir que si le créateur de la série est le garant de son intégrité, il n’a pas les pleins pouvoirs. Comme souvent, ce sont les personnes qui mettent les billes sur la table qui décident de la façon dont doit avancer le show.

Twin Peaks, Mark Frost et David Lynch vont être victimes d’une des plus grosses conneries qu’ait jamais fait une chaîne de télévision pour l’une de ses séries-phare ! En effet, les dirigeants de la chaîne avaient peur que l’identité de l’assassin de Laura Palmer ne soit jamais révélée et que la série perde peu à peu de son intérêt. Sauf que cette question – que tout le monde se pose (« Qui a tué Laura Palmer ? ») – est au cœur même de la réussite de la série et de ses scores d’audience. La chaîne force donc la main aux créateurs et la révélation tombe dans l’épisode 7 de la saison 2 !

Sauf que la saison 2 est loin d’être finie avec ses 22 épisodes commandés ! A partir du moment où le public a obtenu sa réponse, les scores d’audience chutent dramatiquement (et très logiquement !).

Les scénaristes vont alors sortir les rames et devoir souquer ferme pour tenir à flots une série dont on vient d’exploser la structure et l’intérêt premier ! Démarre alors un deuxième arc narratif au sein de cette même saison (!), arc qui ne tient sur aucun fondement réel préalablement introduit (à peine, en fait) et qui propulse le spectateur lambda dans une incompréhension bien justifiée.

C’est bien simple, on a l’impression que les épisodes sont écrits les uns à la suite des autres sans qu’il existe de réelle bible pour supporter la mythologie. De là à dire que tout fout le camp, il n’y a qu’un pas ! Le couple Audrey-Cooper était une chose que le public attendait (à juste titre) et se voit détruit par l’arrivée de Billy Zane. En réponse à ce personnage arrive celui de Heather Graham pour donner le change à Cooper. Et au regard de ce qui se produira, c’était complètement accessoire ! Bref, le public décroche. La chaîne aussi. Au milieu de la saison 2, Twin Peaks connaît un arrêt de la diffusion indéterminée (ce qui bien souvent est le signe avant-coureur de la mort annoncée d’une série). Les scénaristes essaient de raccrocher la fin de la saison avec l’essence première de Twin Peaks et son côté mythologique avec notamment Bob. Cela ne suffira pas et la série meurent dans l’indifférence presque générale. Et les fans les plus hardcore n’ont que leurs yeux pour pleurer sur les cliffhangers en chaîne du dernier épisode.

Le plus gros des cliffhangers, c’est bien évidemment le comportement de Dale Cooper ! Que s’est-il passé dans la Black Lodge ? Puisque seuls ceux qui ont vu la série sont sensés cet article, je ne vais pas m’attarder à rappeler ce qu’est la Black Lodge mais plutôt la mettre en comparaison avec l’épreuve de la caverne de Star Wars. Pour maîtriser la force, Luke ne doit pas connaître la peur et doit vivre une épreuve qui déterminera s’il est prêt ou non. Il s’avance dans la caverne, est confronté à l’image de son père et échoue lamentablement à se contrôler. Son maître lui dit qu’il n’est pas prêt, Luke est un jeune abruti et il en perdra une main. La Black Lodge fait connaître à ceux qui y pénètre le même genre d’épreuve : pour dominer cette espace hors du temps, il faut maîtriser sa peur (puisque c’est la peur qui est une des composantes de cette Lodge). Dale Cooper va échouer, prendre peur et laisser son double maléfique sortir de ce lieu.

Dale Cooper était un personnage mystique au sens premier du terme. Un personnage aux méthodes pour le moins pas du tout orthodoxes et qui n’hésitaient pas à accepter le mystique, les rêves, les symboles et les signes comme une composante de la vie. En d’autres termes, Cooper était sur le chemin de l’Eveil. L’épreuve de la caverne était initiatique et chargée de symboles. C’est bien évidemment une allégorie d’Orphée qui s’en va dans les enfers pour aller récupérer Eurydice (le personnage d’Annie, qui aurait dû encore être Audrey si les scénaristes avaient eu deux doigts de bon sens en évitant d’introduire le personnage de Jack… Vous sentez là, que le personnage d’Annie m’énerve ?). Mais de mon point de vue, pour bien comprendre le personnage de Dale Cooper et ce qu’il représente (ainsi que le potentiel qu’il portait en lui), il faut se tourner vers une des clés qui a été donnée dans la saison 1 : le Tibet. Car s’il y a bien une force que possédait Twin Peaks, c’était de proposer une vision du monde complètement païenne par rapport à la bien-séance chrétienne américaine.

Quel est la religion du Tibet ? Le bouddhisme ! De mon point de vue, disais-je – vous êtes libre de le suivre ou non, Cooper était une nouvelle incarnation d’un Bodhisattva. Un Bodhisattva, c’est un être sur le point d’atteindre l’état de Bouddha. Selon les interprétations, Bouddha est un héros humain/saint/sage suprême, ou bien un sauveur du monde, ou bien un Illuminé (dans le sens qui fait parti du Tout). Bob étant défini comme le Mal absolu, l’hypothèse sauveur du monde est acceptable, bien que je préfère celle de l’Illumination.

En entrant dans la Black Lodge, Dale Cooper devait affronter l’ultime épreuve qui l’aurait emporté vers son Illumination et aurait fait de lui un Être Complet, dépassant sa propre condition, capable de vivre dans le monde réel ET de traverser les Lodges. Comme nous sommes dans une série bien piloté par des scénaristes qui n’avait pas encore tout à fait jeté l’éponge, il était tout à fait logique que l’échec soit au bout du chemin (comme dans Star Wars), de manière à nous proposer une saison 3 puis éventuellement 4 (si tout cela avait été bien fait à l’époque), pour nous porter tout au long du chemin initiatique de Cooper. Et là, les fans de Twin Peaks comme moi n’ont toujours que leurs yeux pour pleurer ! Ils peuvent se consoler en se disant que le Cooper bon est resté dans la loge et attend 25 ans que son lui-même plus jeune rêve de lui-même plus vieux afin de lui révéler qui est le meurtrier de Laura Palmer. Les plus optimistes de chez optimiste peuvent toujours rêver d’un Twin Peaks 25 ans plus tard qui reprendrait la suite de la série et permettrait l’accomplissement de la quête de Cooper. Officiellement, David Lynch a déjà tué cette rumeur… Mais bon, Ridley Scott avait bien dit qu’il ne ferait jamais de suite à Blade Runner, alors…

En soi, je pense que le Tibet était l’une des clés pour bien saisir toute l’importance de la symbolique qu’il y avait autour de Twin Peaks. La White Lodge et la Black Lodge pourraient trop facilement se confondre avec les anti-chambres du Paradis et de l’Enfer (ce qui me semble invalidé par le fait que Laura Palmer continue de traverser la Black Lodge tandis que son père la décrit comme « dans la lumière » en expirant ses derniers souffles de vie). Je préfère les ramener autour des symboles orientaux du Yang et du Yin (respectivement donc, la lumière et l’obscurité) dont l’union forme le cosmos (étrangement, c’est aussi une autre interprétation du Bouddha suprême) et réside en toute chose créée . « Réside en toute chose créée », de ce fait on pourrait ainsi comprendre comment Bob réussit à s’extirper de la Black Lodge pour prendre le contrôle de Leland, ou pourquoi les chouettes peuvent être considérées comme des avatars de la Black Lodge (justifiant par la même « The owls are not what they seem » proféré par le géant pour prévenir Cooper).

Ces mêmes chouettes, dans une autre religion – celle des natifs-américains-, étaient considérées comme le symbole des vérités cachées. La vérité cachée du show étant bien : Mais qui a tué Laura Palmer ? (et accessoirement le fait que les chouettes étaient un avatar de Bob, disais-je)

Toujours en terme de mythe et symbole, je trouve intéressant de s’intéresser au fameux « Fire, walk with me » de Bob. Le feu est bien évidemment un élément destructeur et on pourrait s’en tenir là : Bob est un guedin dans sa tête et il invoque la puissance du feu pour l’accompagner dans sa quête de folie. Soit. Mais allons un brin plus loin. Dans le dernier épisode, Earl demande l’âme de Cooper (qui accepte comme un gros naze, son premier vrai échec dans sa quête arrive à ce moment-là), Bob arrive et clame qu’il est le seul à pouvoir collecter les âmes. Sur ce, un panache de feu sort de la tête de Windom Earl alors que Bob s’empare de son âme. Le feu devient une métaphore de l’âme, la litanie de Bob devenant ainsi une image de ce qu’il accomplit dans le monde réel : un collecteur d’âmes (dans quel but…?). Autre interprétation pour rester dans tout ce que le Tibet aurait pu offrir à la série, le Feu est présenté sous trois formes : le Désir, l’Hostilité et l’Illusion. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire que je détaille plus pour associer le Désir, l’Hostilité ou l’Illusion au personnage de Bob…

« C’est tout à fait fascinant » comme dirait ce bon vieux ThofdirJe crois que je pourrais encore continuer des heures en parlant de la forêt matricielle, du rôle des bois, de la symbolique derrière le chiffre 12 (les 12 sycomores de Glastonbury Grove, pour rappel), de la facilité avec laquelle on pourrait associer les personnages de Twin Peaks avec les figures d’un tarot divinatoire (Le Magicien, l’Impératrice, le Fou, la Tour, etc.) et j’en passe. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : je n’ai pas encore lu tout ce que je devrais lire pour décrypter ce qu’il y aurait à décrypter, je n’ai pas forcément le temps de tout décrypter non plus et vous êtes déjà bien courageux si vous lisez ces lignes !

La puissance du mythe en narration et storytelling est d’une rare intensité et possède cette formidable capacité à parler à l’inconscient de l’audience (je ne vais même pas re-citer Star Wars qui suit point par point et à la lettre la structure narrative du mythe, telle que l’a décrite Joseph Campbell dans son livre que je suis en train de lire et que je finirai bien par chroniquer ici un jour ou l’autre). C’est en partie pour cela que Twin Peaks s’est forgé un noyau d’indécrottables fanboys et que 20 ans plus tard, la série n’a pas pris une seule et se regarde toujours avec grand plaisir.

En espérant que cette toute petite plongée dans Twin Peaks et son mythe vu par mes yeux vous ait plus…