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Hélène et les Garçons est une série produite et écrite en grande majorité par Jean-Luc Azoulay/Jean-François Porry avec à peu près tous les acteurs qu’on retrouvera vingt ans plus tard dans les Mystères de l’Amour.

Un jour que je déambulais dans la FNAC du coin, précisément à la recherche d’une éventuelle sortie d’une éventuelle saison 4 de Sons of Anarchy, je suis tombé sur les coffrets de la sitcom phare des années 90, Hélène et les Garçons. Bah oui, pour trouver la lettre S, je dois passer par la lettre H (pour info, la saison 4 n’est toujours pas sortie en France). Et ma curiosité naturelle aidant, j’ai jeté un oeil à ce coffret rose réunissant les premiers épisodes des aventures trépidantes de la blonde la plus connue de France en 1995. Et là, je remarque des noms que je ne connais pas, comme Cathy ou Etienne. Diantre ! N’aurais-je donc point vu le tout départ de cette série ?

Je demande à Faneliah qui sont donc Cathy et Etienne ; elle me traite alors de « fake ». Ni une ni deux, je me fais fort de laver cet affront en matant grosso modo les 150 premiers épisodes de la série, n’hésitant pas à sacrifier la moitié de mes neurones pour la beauté d’un article sur ce blog ! Alors non, je n’ai pas acheté les coffrets DVD pour se faire, car la magie de l’internet et sa notion tout relative des droits d’auteurs aidant, j’ai tout maté sur youtube pour pas un rond.

J’ai longuement hésité sur la manière d’aborder cet article et je pense que certains s’attendent à une espèce de descente en flammes façon mes articles sur la dernière série en date de JLA. Franchement, je pourrais. Mais ce serait long, fastidieux, inutile et j’aurais l’impression d’être un journaliste télé-poche de l’époque et de répéter ce que tout le monde a déjà rabâché : acteurs approximatifs, histoires rocambolesques, dialogues insipides, technique pauvre… Tout a déjà été dit. Ou presque et je vous invite à aller jusqu’en fin d’article pour lire ce qui n’a pas été assez souvent dit. J’ai donc choisi de l’aborder sous l’angle de la nostalgie ; parce que honnêtement, au bout de 20 ans, il y prescription pour tirer sur l’ambulance.

Si vous étiez comme moi, vous avez connu l’époque bénie de la télévision. Je n’ai plus la télé à présent – par choix – et je ne peux ne me faire qu’une vague idée de la misère que représentent les programmes pour la jeunesse. Dans les années 80-90, la télévision était littéralement offerte aux enfants et ados. C’est bien simple, entre TF1, A2 et La5, un gosse moyen pouvait – en zappant au bon moment entre ces trois chaînes – se faire son propre programme télé et rester le cul vissé au canapé de 7h du matin jusqu’à 19h le mercredi. En semaine c’était plus dur, mais aux moments-clé de la journée (ptit déj et goûter) il y avait toujours un programme télé adapté qui – pour les plus hardcores et les moins studieux – pouvait largement comblé le créneau 16h30 – 19h.

Si La5 et A2 proposaient leur lot de dessins animés et séries, force est de constaté qu’ils étaient bien peu de chose face au rouleau compresseur TF1 et sa machine Dorothée avec son club ! Et derrière Dorothée, il y avait un homme (deux en fait, mais on ne gardera que le A de AB productions), Jean-Luc Azoulay. Pour cette unique raison, il m’est impossible de cracher sur ce producteur de génie. Je peux cracher sur ses scripts, certes, mais pour m’avoir offert une enfance aux petits oignons grâce à son argent et ses paris, on ne peut pas trop le critiquer. Combien de fois ma grand-mère a crisé parce qu’il était 11h45, que j’avais passé ma matinée devant le Club Do, que j’avais toujours pas fait mes devoirs et que ma mère allait arriver ? Combien de tartines de Nutella avalées devant les Chevaliers du Zodiaque au goûter ?

Bon, après les Chevaliers, c’était quasiment fini, les trucs nuls (pour moi) arrivaient, genre Premiers Baisers. Et paradoxalement, c’était un truc nul qui me retenait jusqu’à 11h45 : Salut les Musclés. Salut les Musclés, quoi ! Du point de vue des critiques de l’époque, on venait de toucher le niveau 0 de la télévision française (hahahaha, les naïfs… attendez 10 ans et la télé-réalité, on va rigoler !). Salut les Musclés était le premier coup d’essai de Jean-Luc Azoulay dans la production de fiction « moderne ». Et le succès de cette série va entraîner par effet boule de neige une tripotée de nouvelles sitcoms sur le même modèle : Premiers Baisers, Hélène, Le Miel et les Abeilles, la Philo selon Philippe, Les Années Fac, Le Miracle de l’amour et j’ai passe ! Tout ça à cause des Musclés…

Car en recherche de nouveaux programmes, le sieur Azoulay a l’idée de créer un format court tourné littéralement à l’arrache dans un décor unique, avec des scénarios écrits sur la serviette en papier de la cantine et des acteurs qui n’en sont pas. La sitcom low-cost était née !

S’en suivra Premiers Baisers, un spin-off de Salut les Musclés où la nièce de Framboisier a le rôle titre. Puis Hélène et les Garçons qui nous intéresse aujourd’hui, elle-même spin-off de Premiers Baisers où Hélène la grande soeur de la nièce de Framboisier a le rôle titre. Dans votre malheur, dites vous que vous avez de la chance, on aurait pu avoir un spin-off de Salut les Musclés avec Iguegue et Sahara le dromadaire extra-terrestre…

Pour se remettre dans le contexte de l’époque, il faut bien comprendre que les productions AB susnommées trustaient littéralement le programme télé à toute heure de TF1. Votre seule répit avait lieu pour les journaux, la Famille en Or ou le Juste Prix. C’était de la folie, il y avait un épisode par jour ! Un épisode par jour ! Du lundi au vendredi, n’importe quelle adolescente (oui, je pars du présupposé que c’était plutôt les adolescentes qui mataient les sitcoms… les vrais mâles comme moi se limitaient aux dessins animés Shonen type DBZ et à Sailor Moon pour le fantasme de la transformation) avaient le droit à sa came télévisuelle à heure fixe ! La machine low-cost de JLA était un modèle de fordisme appliqué à la télévision. Des plateaux gigantesques dans la Plaine Saint Denis où se tournaient dans un rythme effréné toutes les productions de l’époque. Afin de mieux comprendre, faisons un comparatif. Au cinéma, on tourne, en moyenne, 1 à 3 minutes utiles par jour. Des minutes que le spectateur verra au milieu d’un tas de prises ratées. Chez AB prod, on tournait 16 à 20 minutes utiles par jour ! Par jour ! Un en jour, on tournait un épisode d’Hélène et les Garçons !

De la folie. Vous comprenez maintenant mieux pourquoi au niveau de l’acting ça reste approximatif (les fous rires et impro sont gardés en boite) ou pourquoi la technique laisse franchement à désirer (comptez le nombre de perches dans les plans, ça vous fait un jeu alternatif quand vous regardez cette série). Pour suivre le rythme de production, il fallait pondre (chier serait limite plus approprié) des lignes de dialogues en masse et des pas trop compliqués parce que les acteurs n’en étaient pas vraiment, à l’image de José originellement décorateur plateau… Le rythme de dingue, c’est d’ailleurs ce qui a usé la plupart des têtes connues qui après un nombre d’épisodes jetaient l’éponge (avant de parfois revenir, parce que l’air de rien, ça devait bien payé !). En conséquence de quoi, Jean-François Porry devait se débrouiller pour adapter la maigre trame scénaristique aux allers et venues de chacun : Etienne veut partir ? Ok, il va rencontrer une Finlandaise, en tomber fous amoureux et tout plaquer du jour au lendemain… Euh… comment dire… Cathy veut partir ? Elle retourne en province suite à son chagrin d’amour… euh ok… Ca ne choque que moi qu’une Toulousaine soit spécialement venue à Paris pour faire de la socio ? Y avait pas de Fac à Toulouse ? Patrick Puydebat est fatigué ? Son personnage va aller à l’armée tiens ! Ah mais faut lui raser les cheveux alors… Nan, mais sur une coïncidence fortuite, il sera pas obligé…

Et le pire, c’est que ça marche ! Ca marche même du feu de dieu ! 6 millions de téléspectateurs ! 6 millions ! Comment ? Pourquoi ? Par quel miracle les spectateurs font-ils abstraction des incohérences de la série ? Honnêtement, je ne sais pas. Mais je crois que d’une certaine façon, Hélène et les Garçons vendaient du rêve aux ados. Genre « vous allez voir, la fac, c’est trop cool ». Alors que techniquement, on se demande à quel moment ils sont effectivement à la fac entre les heures de répèt’ dans un garage avec un poster des Doors pour donner du cachet et la cafet’ d’Alfredo qui sert des glaces et jus de fruits de 6h du mat’ jusqu’à 2h du mat’ ! Ca vendait des histoires de coeurs dans tous les sens, avec son lot de « je couche un peu avec tout le monde » mais chacun trouvait son personnage/couple préféré et vivait une espèce de symbiose avec lui au point de vivre les aléas de sa vie en jouant presque la sienne (il suffit de regarder les forums spécialisés AB productions où il traîne encore des trucs assez improbables comme les supporters du couple Christian/Bénédicte… couple qui cela dit en passant me semblait le plus normal de l’époque…). Toutes les situations étaient soutenues par une bande son de rires enregistrés qui se déclenchait un peu n’importe quand, de sorte que même des trucs pas drôles, limite dramatiques avaient le droit à son petit rire !

Et puis, il ne faut pas se leurrer, hein ! Si Jayce et les Conquérants de la Lumière était une série très clairement fabriquée pour vendre des jouets, Hélène et les garçons était très clairement fabriquée pour supporter en grande partie la carrière musicale d’Hélène en faisant des liens entre les chansons et la vie des personnages. La machine était rodée, JLA a eu le nez fin et les années 90 son domaine. Imaginez un peu la folie dans les studios TF1 et chez les annonceurs : de 6 à 16 ans, les gosses étaient devant la télé, à entendre des chansons et voir des dessins animés à longueur de journée ; les coupures pub avaient lieu quasi toutes les 20 minutes pendant 5 heures d’affilées ! Ca en fait du placement de produits auprès d’une cible influençable qui ne manquera pas de réclamer le dernier single d’Hélène ou le jouet Giraya (‘tain… Giraya, j’avais oublié ce truc).

Les années 90 étaient réellement un vivier de création télévisuelle pour la France, tout cela grâce au culot d’un homme et une chaîne. Tout cela a mystérieusement pris fin en 1997. Enfin, mystérieusement… pas tellement. Jean-Luc Azoulay avait déjà l’oeil tourné vers le futur et la télévision par satellite ; nul doute que ses envies allaient à contre-courant de celles des responsables de TF1, sûrement peu enclins à lâcher une poule aux oeufs d’or. Je subodore un clash violent entre les deux parties, avec une montée en vrille des propos jusqu’au point de non retour où le deal devenait tout ou rien. On a eu rien et quasi un drame national chez moi le 31 août de cette année.

L’époque est désormais bien révolue et la série low-cost est devenue une relique des années 90. Il suffit de voir l’échec retentissant de la série Le groupe pour s’en rendre compte. Le marché est désormais à la demande, et la TNT offre suffisamment de programmes pourraves pour combler l’adolescent moyen. Fini la naïveté de la cafet’ et des allusions sexuels voilées, le jeune préfère la télé-réalité de MTV et d’une certaine façon, ça me rend un peu triste. Je ne materai pas les 132 épisodes restants pour finir Hélène et les Garçons, je ne materai pas Le Miracle de l’Amour… mais je pense que même si on n’est pas spécialement en phase avec la dynamique de ces sitcoms, même si on s’est permis de les critiquer, la plupart des gens de ma génération devrait se fendre un brin de sincérité et regarder derrière eux :  d’une façon ou d’une autre, que ce soit par ses séries, ses chansons, ses productions TV, on a tout de même vécu des heures magiques grâce à Jean Luc Azoulay, et rien que pour ça, on devrait le remercier.

Merci.

Toujours est-il que c’était rigolo de retourner dans cette époque où internet et les téléphones portables n’existaient pas pour supporter les relations amoureuses, où les gens se faisaient la guerre par émissions interposées (cf. les piques à Antoine de Caunes), où les gens sombraient dans la drogue en 3 épisodes tout en se commandant des jus de tomates chez Alfredo, où les méchants sont caricaturaux et gentils un peu gnan-gnan, où les fringues sont complètement improbables… C’était rigolo de voir comment cette série porte en elle les germes des Mystères de l’Amour, depuis le retour inattendu d’Ariel jusqu’à cette désinvolture des protagonistes pour le travail (et j’en passe). En fait, c’est surtout rigolo de comprendre 20 ans plus tard que cette série est volontairement naïve et se fout des réalités de la vraie vie au profit d’histoires légères pour des ados ! En un sens, JLA avait bien raison d’envoyer balader la critique !

Oui, on aimait bien les photos de groupe à l’époque !

Bon… après, ça ne m’empêchera pas de penser que sa production actuelle, les Mystères de l’Amour, mériterait plus de soin dans l’écriture et le traitement de ses personnages, parce que justement la série ne s’adresse plus aux ados et que les ados de l’époque ont grandi avec les personnages et attendent désormais des intrigues en corrélation logique… Je dis ça, je dis rien… mais je suis scénariste et disponible 🙂

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