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Dans l’épisode précédent…

J’avais donc perdu un Sam et la mémoire. Autant dire que c’était plutôt mal engagé pour le retrouver. Je l’aurais bien rangé dans la catégorie « pertes et fracas » de mon journal de quêtes, mais bon, pour une fois qu’un compagnon d’aventure ne cherche tout simplement pas à me trancher la gorge une fois la cagnotte récupérée… Faisons un effort ! Mais comme Bordeciel, c’est grand, c’est vide, c’est moche et que j’allais pas fouiller tous les donjons du coin pour retrouver un type bourré, je me suis dit que j’allais d’abord finir toutes ses doléances qui traînent depuis des mois.

Car depuis que j’arpente ces terres glacées, le nombre de personnes qui me demandent des trucs n’a cessé de croire. Et comme je suppose que personne n’a fait l’effort de résoudre de lui-même son propre problème, autant que je m’y colle et que je me débarrasse de tout ça ! J’avais compté au moins une trentaine d’affaires en cours, alors j’ai retroussé mes manches pour torcher tout ça :

  • Encore des vols de bols pour la guilde des voleurs qui ne branle décidément rien !
  • Retrouver une épée perdue d’une aventurière. La bonne blague, c’est que son épée, ça fait des mois qu’elle moisit dans un des coffres de ma baraque…
  • Retrouver des livres pour le bibliothécaire orc de l’Académie des Mages… Oui, le bibliothécaire est un orc, ce qui tend à en dire assez long sur le QI moyen des Nordiques…
  • Cherchez un bidule dans une ruine naine
  • Récupérer des amulettes dans des tertres, donc buter du zombie et du fantôme à tour de bras, pour ensuite récupérer une amulette encore plus puissante qui ne me sert à rien…
  • Allez voir des « lieux de puissance » pour Paarthurnax. Il est marrant lui. Il m’envoie un coursier qui se tape autant d’allers-retours dans tout Bordeciel pour me retrouver, je reçois toujours la même lettre avec un nom de lieu et il me dit d’y aller pour enquêter. On a pas le même dictionnaire visiblement : enquêter, chez lui, ça veut dire allez buter un de ses congénères dragons qui se trouve – comme par hasard – à monter la garde sur une plaquette avec un mot du Thu’um. Je sais bien que je suis l’Elu et tout ça, et qu’il veut que je bute tous les dragons de Bordeciel parce que – visiblement – je n’ai pas de vie et un comportement suicidaire, mais son Thu’um là, bah je m’en sers pas ! Jusqu’à preuve du contraire, mon boulot, c’est assassin silencieux ; alors beugler du VOS RHO DAH comme un con dans des cavernes qui font de l’écho, c’est pas ce que j’appelle un travail bien fait ! Mais bon, je dis à Paarthunax que j’ai récupéré le Thu’um en bravant le dragon dans un combat épique et il est content. Je me contente d’aller chercher le mot en étant invisible sans buter quoi que ce soit, mais il n’a pas vraiment besoin de savoir toute la vérité le vieux radoteur.

Des exemples parmi tant d’autres qui n’équivaudront jamais ma quête préférée de toute. L’exemple-même qui synthétise toute la crétinerie et toute la fainéantise des Nordiques :

  1. Je vais parler à une marchande pour lui fourguer mes babioles (et oui, ma femme réclame toujours une maison secondaire). Comme un idiot, je pose la question de trop et elle se met à me raconter sa vie, notamment sa fille qui s’est engagée dans l’Armée Impériale et dont elle n’a plus de nouvelles. Il faut donc que ce soit MOI qui aille demander à son chef de compagnie pour apprendre ce que devient cette fille.
  2. Je traverse la rue. JE. TRAVERSE. LA. RUE. Et je demande au fameux chef de compagnie ce qu’il advient de la fille en question. Elle est morte.
  3. JE RETRAVERSE LA RUE VERS LA MARCHANDE.
  4. Je dis que sa fille est morte (parce que c’est une grosse incompétente sûrement : la garde impériale, ça fout pas grand-chose de ses journées, je le sais, j’en fais partie et ça me demande encore moins de temps que de diriger l’Académie de Magie…). Je récupère encore un truc sans intérêt pour me remercier de ma peine…

Voilà ma vie d’aventurier : traverser des rues et aller buter des dragons…

Bref, en moins de temps qu’il n’en a fallu à Muiri pour faire le ménage dans la baraque, j’avais résolu la plupart des affaires en souffrance. J’avais même résolu la quête de ma femme : acheter une résidence secondaire. Comme j’étais blindé de thunes, j’ai pris et décoré une baraque dans toutes les grandes villes ! Au moins elle se plaindra pas que je fais rien pour elle !

La bonne nouvelle, c’est qu’au cours de me voyages pour épurer mon journal, j’ai retrouvé Sam. Dans – ô surprise – une tanière de nécromanciens… Sam s’appelle en réalité Sanghin et c’est un prince Daedra qui s’emmerde ! Il s’est dit que ce serait marrant de me bourrer la gueule et de me faire culpabiliser de sa disparition au point que je me casse les noix pour le retrouver. Ha-ha, joke’s on you, je t’ai retrouvé sans te chercher ! Je me voyais déjà lui trancher la gorge pour lui faire payer mais il s’est barré comme ça, en me filant encore une connerie dont il n’a pas utilité ! Un bâton en forme de fleur (comme si je n’étais pas assez crédible quand je croise des gens) qui invoque des serviteurs comme lui. Donc un truc dont je n’aurais moi-même pas utilité. Merci, au revoir !

skyrim101

Prochain truc à rayer sur ma liste : « nettoyer l’Aile Pelagius du Palais Bleu ». Voilà ma vie d’aventurier : traverser des rues et faire le boulot de la femme de ménage…

Dungeon Fighter est un jeu de Lorenzo Silva, Lorenzo Tucci Sorrentino et Aureliano Buonfino, illustré par Giulia Ghigini, distribué chez nous par Iello.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas chroniqué un jeu de société. J’ai eu l’occasion de tester cette nouveauté Iello chez mon dealer habituel vendredi dernier. Comme c’était ça ou un journal en Bordeciel, j’ai décidé de changer un peu les habitudes du lundi.

Dungeon Fighter se classe dans la catégorie des « dungeon crawling ».

Mais qu’est-ce donc ? me demanderez-vous.

Il s’agit du style de jeux que j’apprécie le moins.

On s’en fout ! ajouterez-vous, plus intéressés par la teneur effective et le gameplay de ce style de jeu.

Et bien il s’agit alors d’un groupe d’aventuriers (incarnés par les joueurs) un peu crétins qui ont  décidé de s’enfermer dans un donjon et de l’explorer de fond en comble pour amasser trésor et richesse, tout en sachant pertinemment qu’ils ont toutes les chances d’y rester parce qu’un boss vilain les attend au bout du dernier couloir. En terme de jeu, vous rentrez dans une pièce, un monstre baveux apparaît, les aventuriers usent de leurs pouvoirs et de leurs haches pour le zigouiller (donc, lancent des dés) et passer dans la salle suivant. Rincer et répéter jusqu’à ce que mort s’en suive.

Chaque joueur incarne un type de personnage issu de la mythologie fantasy classique (voleur, mage, barbare, etc.). Ils ont des points de vie, des pouvoirs associés à une couleur de dé et ensemble, ils vont se débrouiller pour s’en sortir.

Mais les italiens derrière le jeu sont des gros déconneurs et ont décidé d’apporter un peu de fun dans le style. Le donjon est assez accessoire, l’important c’est la cible au centre de la table. Normalement, dans un dungeon crawling classique, on dit le pouvoir qu’on utilise, on lance un dé et le résultat détermine la tourte qu’on balance dans la sale gueule du monstre. Dans Dungeon Fighter, c’est différent.

On choisit son pouvoir, donc une couleur de dé (pour peu qu’il n’ait pas été utilisé par un autre joueur avant), et on lance le dé sur la cible (avec un rebond avant sur la table). En fonction de la où s’arrête le dé sur la cible, on détermine la puissance de la tourte susnommée (plus c’est vers le centre, plus elle est grosse). Si le dé finit en dehors, c’est raté. Si le dé finit sur la face spéciale on déclenche le pouvoir spécial de son personnage. Logique.

Attends, on lance des dés sur une cible…

Oui. C’est un jeu particulièrement bête. Fonction du monstre que vous allez rencontrer et des cartes que vous allez acheter au magasin grâce aux piécettes chèrement récupérées sur des cadavres, votre lancé de dé va varier : par dessous la jambe, les yeux bandés, avec la main de votre voisin, à un mètre de la table…

C’est pas bête, c’est carrément débile en fait !

Et oui ! Dungeon Fighter ne se prend pas au sérieux et privilégie la bonne ambiance autour de la table.

Vous lancez le dé, si vous finissez la cible, le monstre se prend des points de dégâts, sinon, le monstre riposte et vous assène une attaque. Il y a trois dés (vert, bleu, rouge), quand ils ont été utilisés et que le monstre n’est pas encore mort, un choix s’offre à vous : utiliser des dés bonus supplémentaires (chèrement acquis) ou bien se prendre une tournée générale de baffes du streum pour avoir le droit de réutiliser de nouveau les 3 dés. Les cartes d’armes rajoutent des dégâts, les armures vous protègent, les potions donnent des bonus variés défaussables… Mais dans tous les cas, vous allez prendre cher ! Car 3 dés pour buter des monstres de plus en plus forts et vicieux, c’est peu.

Le jeu peut se jouer de 1 à 6, avec 3 niveaux de difficulté. J’ai testé à 3, 5 et 6, toujours en difficulté normale. On n’a jamais réussi à survivre jusqu’au boss de fin (soit une dizaine de monstres à affronter avant de le rencontrer).

C’est l’un des gros points noirs du jeu. Il se veut fun, familial, ambiance déconne… mais il est ultra dur ! On passe son temps à mourir. Et si tout le monde meurt dans le même combat, c’est la fin (sinon, votre personnage, mais amputé d’un pouvoir). Et on a joué en normal, en coopératif. Dungeon Fighter se place très clairement en concurrence directe avec Le Donjon de Naheulbeuk d’Antoine Bauza, et honnêtement, le deuxième est clairement moins frustrant (et encore plus débile). Ou on était très mauvais, ou le jeu souffre d’un équilibrage bizarre (ah oui, on appelle ça « la chance » !).

Bon, au moins, c’est pas compliqué à jouer ou à expliquer.

Au niveau du matériel, c’est plutôt mitigé avec de la bonne qualité (cartes toilées par exemple) et du cheap (les cartes de personnage et donjon par exemple). La boite propose une tour pour ranger les cartes monstres et trésor. C’est sympa, mais ça sert à rien (vraiment à rien, des piles dans un coin de la table auraient suffi et le prix aurait été encore plus familial) et c’est relou, ça tombe si on fait pas gaffe…

Au niveau des illustrations, je sais bien que c’est « chacun ses goûts », mais n’en déplaise à Iello et Giulla Ghigini, mais je les trouve particulièrement moches. Pas aussi hideuses qu’un Dungeon Pets, mais c’est pas loin.

Bon, vous l’aurez compris, Dungeon Fighter, c’est pas ma came. Moi, je pousse des kukambois avec de la réflexion dedans, je cultive des champs, je gère des domaines, je tape sur des samurais… Et pourtant, au regard des jeux de société que je crée ou de certaines pièces de ma ludothèque, je suis vraiment pas le dernier sur les thèmes à déconne. Mais là, la sauce n’a pas pris. Après nul doute que si vous aimez les ambiances fun Et les dungeon crawling ET les jeux d’adresse ET les jeux de hasard chaotique, vous devriez apprécier. C’est très ciblé quand même…

Dans l’épisode précédent…

Maintenant que je suis le chef incontesté et incontestable de la Confrérie Noire, j’avais décidé de me mettre un peu au vert et parcourir du pays. La Mère de la Nuit me donne toujours des indications pour tuer des clampins ici ou là, et bizarrement, c’est toujours moi qui m’y colle… Entre mon super-intendant qui fait du recrutement et de la formation, la fillette vampire absolument pas sortable et Cicéro le bon à rien, il n’y a que moi de disponible…

J’aurais pu retourner à l’Académie de Fort d’Hiver mais, comme disait mon père, « pas de nouvelle, bonne nouvelle ».

J’ai donc pu me promener un peu au hasard dans les contrées gelées de Bordeciel et vider mon journal de quelques entrées polluantes. J’ai par exemple massacré des bandits qui encombraient des yarls trop flemmards pour envoyer un détachement de leur garde personnelle s’en occuper. Enfin, je les comprends, pourquoi s’embêter à surpayer des gardes qui pourraient mourir quand on peut sous payer un mercenaire sans expérience… Après faut pas s’étonner que les bandits vivent leur vie sans jamais être inquiétés… D’ailleurs, c’est amusant ; comme j’en ai tué pas mal des bandits, j’ai pu remarquer des choses fascinantes sur la communautés des coupe-jarrets, malandrins et autres scélérats.

Tiens, ça t’apprendra à tricher !

Déjà, ils jouent tous aux cartes. Tous. Et ils sont tous plus malins les uns que les autres car ils cachent tous un as dans leur botte. Tous. Tout le temps ! Moi, maintenant, quand je vais jouer à la taverne, c’est la première chose que je fais : vérifier les bottes de mes adversaires !

Ensuite, la racaille de Bordeciel est en fait constituée de grands romantiques. Combien en ai-je entendu qui se plaignaient de leur femme qui les avait trompé tandis qu’ils étaient en prison… Je me suis d’ailleurs demandé s’il ne s’agissait pas de la même et unique femme pour tous les bandits, et qu’elle parcourait tout Bordeciel de mari en mari à mesure qu’ils allaient et venaient en prison…

J’avais déjà fait étalage des aberrations de ce pays et de la violence inculte qui le caractérisait. C’était sans faire mention des bardes…

Evidemment, avec des bardes aussi raffinés que celui-ci, on ne s’étonne plus des salles de torture que l’on peut croiser dans les donjons. Je vous laisse admirer la finesse du travail. La guilde des tortureurs doit connaître des jours plus heureux que la guilde des embaumeurs (visiblement, ils ont tous laissé leurs outils dans les tertres… pour mystérieusement disparaître ensuite). Ceci dit, en considérant les outils de travail de bourreaux, je me demande si l’une et l’autre ne sont pas en fait la même guilde…

Et pire, c’est tellement un pays de malades mentaux sans pitié que la moindre gousse d’ail devient un instrument de torture !

Notez aussi la présence des outils de la guilde des embaumeurs…

Le revers de la médaille de se promener au hasard pour finir des quêtes en cours, c’est que vous n’êtes pas à l’abri de récupérer plus de quêtes à commencer que vous n’en achevez ! C’est ainsi que je suis tombé sur…

un chien qui parle !

Il m’a baratiné comme quoi son maître l’aimait plus, et patati et patata. Barbas, qu’il s’appelait. Le chien, pas le maître. Comme je trouvais ça rigolo un chien qui parle et que je me disais que je pourrais sûrement monter un spectacle de comique troupier avec (ce qui n’est pas moins débile ni moins lucratif que archimage d’une académie comme métier), je l’ai suivi.

Bon, en fait, le maître du chien, c’était un dieu… Il avait encore une quête à la noix à me filer, genre chercher une hache dans une grotte encore plus moisie que la sienne.

Je l’ai rapidement expédiée cette histoire de hache, j’avais pas que ça à faire ! Le dieu était content, j’ai pas succombé à ses offres pourries pour me corrompre… alors déçu, il a récupéré son chien. Même comique troupier, on me refuse cette alternative ! Il semblerait que je doive me contenter de trancher des gorges pour assurer ma pitance…

La bonne nouvelle, c’est que mon travail commence enfin à porter ses fruits et il y a au moins une personne parmi tous ces congelés qui apprécie ce que je fais. C’est ainsi que j’ai pu recevoir ce courrier par coursier.

Cool ! Un fan !

Bon, en fait, c’était une quête déguisée pour m’envoyer tué un dragon ! Combien de fois devrais-je le répéter ! Je. Ne. Tue. Pas. De. Dragons. Ils ne m’ont rien fait, je ne vois pas pourquoi je rentrerais dans la psychose de ce pays avec ses envies de buter tous les animaux de la création ! Du coup, j’ai pas tué le dragon, mais j’ai récupéré le mot de pouvoir qu’il gardait. Je suppose qu’on peut considérer que j’ai accompli ma quête.

Une journée bien remplie, ceci dit ! J’avais bien mérité une bonne nuit de sommeil !

Sauf qu’on peut pas dormir à la belle étoile dans ce pays, c’est perpétuellement un spectacle sons & lumières…