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Eden : Affiche

EDEN est un film de Mia Hansen-Løve (Un amour de jeunesse) avec Félix de Givry (Après Mai), Pauline Etienne (Tokyo Fiancée), Greta Gerwig (Frances Ha), Vincent Lacoste (Les Beaux Gosses) et Laura Smet (Yves Saint Laurent), d’après un scénario de la réalisatrice et son frère Sven.

Début des années 90, début de la scène électronique française. Paul, un DJ, fait ses premiers pas dans le milieu de la nuit parisienne et créé avec son meilleur ami le duo «Cheers». C’est le début d’un grand huit pour le jeune homme, tiraillé entre le succès naissant de sa musique et ses histoires d’amour foireuses.

En premier lieu, je remarque ça fait un moment que je n’ai pas consacré un article au cinéma. Mais je ne fais pas que jouer aux jeux vidéo, je regarde aussi des films. Des films que j’aimerais partager ici-même mais que j’ai du mal à argumenter autrement que par « regardez-le, c’est génial ». Mon constat étant plus mitigé sur Eden, ce dernier me semble donc parfait pour relancer en douceur les chroniques de films.

Deuxièmement, j’ai grave fait du name-dropping dans la liste des acteurs, certains ayant parfois un temps à l’écran inférieur à 5 minutes… La méthode est putassière pour ramener du monde depuis Google, faites-moi un procès.

Enfin, Eden est typiquement le genre de film dont j’avais vu la bande annonce, que je n’avais jamais vu, que j’avais décidé de regarder avant de faire comme tout le monde et le bouder sans raison particulière, comme le font les hipsters parisiens. Mais comme je suis en train de penser à mon prochain roman, je fais le tour des références pour nourrir mon imagination et l’ancrer dans une certaine forme de réalité. Le nombre de films dédiés à la musique électronique ou aux DJ étant particulièrement limité, Eden était un passage obligé. Malgré mes préjugés sans fondement.

Eden : Photo Félix de Givry

En matière de scène électronique française, hormis les Daft Punk qu’on a bouffé en boucle il y a deux ans et Cassius qu’on a bouffé en boucle il y a vingt ans,  je n’y connais pas grand-chose. Je n’y connais rien de plus après avoir vu le film, d’ailleurs. (Je sais ce qu’est le Garage House maintenant, c’est déjà ça.) Mais au moins, ça m’a permis de saisir l’ambiance effervescente dans laquelle est née la scène française, notamment portée par les Daft Punk. Ce qui ne me servira pas non plus pour mon livre, ce dernier se calant entre 2005 et 2010… Toutefois, il faut bien reconnaître que le film de Mia Hansen-Løve possède cet aspect touchant et empreint de véracité qui vous plonge dans le monde de la nuit des années 90. Le fait que son propre frère, co-scénariste, est également DJ et a connu cette époque (en construisant les soirées Cheers dont il est question dans le film, en écrivant pour le fanzine eDEN qui donne son titre au film, etc.) participe pour beaucoup la fibre (auto-)biographique du long métrage.

Après… Après… Après, force est de constater que c’était chiant. On va encore me reprocher de taxer les films français d’être aussi intéressants qu’un documentaire de tortues sous Prozac, mais c’était le cas. Hormis la scène d’ouverture assez intéressante et l’ultime scène parfaitement raccord à la mélancolie du personnage et révélatrice de sa propre condition, on se tape deux heures d’une longueur parfois insoutenable avec un acteur principal très monolithique dans son jeu. Sans aller à dire que c’était une torture, c’était looooooooooooong.

C’était d’autant plus long qu’il m’a fallu beaucoup de temps pour cerner les véritables enjeux du films, perdus entre la volonté de peindre les années 90 dans le milieu de l’électro et celle de montrer un personnage à la dérive, incapable de se controler, de se fixer ni de se construire. L’un et l’autre sont indissociables mais l’un et l’autre souffre de leurs propres limitations artistiques :

  • Dans le premier cas, c’est à cause des Daft Punk. En effet, les Daft Punk sont emblématiques de cette génération et leur ascension est montrée dans le film, mais en contre-point. Leur succès grandissant contrebalançant la médiocrité dans laquelle plonge le protagoniste. Cheers, le duo musical du film, étant 100% fictif, on finit par perdre l’intérêt à suivre leur parcours au détriment de ce qui se passe en arrière-plan pour les Daft. En gros, je suis en train de dire qu’un biopic sur le duo de la bande originale de l’étron Tron 2 aurait été plus intéressant et plus grand public (limitant aussi l’échec public de ce film…).

Eden : Photo Arnaud Azoulay, Vincent Lacoste

Les Daft Punk, le meilleur d’un film qui ne leur est pas consacré…

  • Et pour ce qui est du personnage principal perpétuellement confronté à ses démons, on a vite eu fait de tourner en rond. Entre le « je nique à tout va », « je me drogue », « j’ai plus d’argent », « je m’apitoie », le personnage perd rapidement de sa substance et finit par ennuyer. Sous le couvert de peindre un portrait réaliste des dérives d’un DJ qui a du mal à joindre les deux bouts et se remettre en question, on assiste – impuissant – à une succession de scènes répétitives qui ne font avancer ni le schlimblick, ni le personnage. L’effet pervers, c’est que le personnage devient vite antipatique. D’autant plus que Félix de Givry ne fait rien pour le rendre intéressant.

Bref, perdus, les enjeux l’étaient bien.

Le scénario s’en retrouve donc réduit à accumuler des scènes vides de sens, comblant tant bien que mal la vacuité générale du propos autour du personnage de Paul et de son évolution. C’est d’autant plus idiot qu’entre l’américaine, Margot et le personnage de Louise, il y avait matière à faire un film logique et cohérent sur les relations amoureuses de Paul (un peu à l’image des Poupées Russes). Là, c’est raté. A trop vouloir jouer la commisération, on finit par s’en battre les steaks. Et c’est dommage, car vous savez que j’apprécie les comédies romantiques, et c’était à moitié gagné rien qu’avec Pauline Etienne au casting…

Eden : Photo Félix de Givry, Pauline Etienne

New-York, le tournant du film. Ou comment passer à côté de la deuxième partie.

Et je ne parle même pas des autres personnages sans profondeur, présents juste pour le décorum dont les actions nous laissent froids. Je réalise d’ailleurs que pour un film sensé montrer l’émergence de la scène française, on n’a même pas le droit au processus créatif de la musique, juste à une succession de soirées les bras en l’air…

Vous avez compris le côté branlant d’un scénario mal foutu, ou j’en rajoute encore des couches ?

Sur la réalisation, j’ai eu un peu de mal sur certains choix de montage et une caméra un peu trop libre, effet gerbant en option pour quelques scènes.

Les amateurs profiteront toutefois d’une musique de qualité, avec des grands noms tels que Cassius, Frankie Knuckles, La India, Sueño Latino…

Si je comprends les intentions derrière Eden, son propos initial et ses ambitions, je me suis ennuyé. Essentiellement parce qu’il se perd dans ces propres intentions typées « film d’auteur » en oubliant les règles de bases de la dramaturgie, de construction de personnages et d’évolution. Très mal écrit, Eden est un film qui manque de rythme (!) et ne vaut le détour que pour les amateurs de Garage House et les clubbeurs des années 90. Si musicalement, Eden tient la route ; cinématographiquement, c’est une sortie de piste (de danse).

(Oui, je fais des métaphores filées sur la musique et la sécurité routière en même temps si je veux.)

Tron l’Héritage est un film de science-fiction, réalisé par l’illustre inconnu Joseph Kosinski et produit par les studios Disney. Au casting, on retrouve Jeff Bridges, Olivia Wilde et un acteur au charisme de moule dont j’ai oublié le nom et la flemme de chercher. Par égard pour les scénaristes, je ne citerai pas leurs noms.

Kevin Flynn était un informaticien de génie qui, dans les années 80 a créé un univers virtuel et une machine capable de le projeter dedans. Sam Flynn est le fils de Kevin Flynn. Cherchant à percer le mystère de la disparition de son père depuis des années, il reçoit un jour un mystérieux message qui l’invite à se rendre dans la salle d’arcade du paternel. Derrière une borne d’arcade, il trouve un accès au laboratoire de Kevin et se retrouve malgré lui propulsé dans l’univers virtuel susnommé. Sauf que ce monde est une tyrannie, gouverné par un clone de son père et régi par pléthores de vilains programmes et des jeux mortels… Sam réussira-t-il à quitter ce monde ? Retrouvera-t-il son père ?

Vous le saurez en perdant deux heures de votre vie pour regarder cet étron (hu hu !) cinématographique !

Il est des films, la plupart issus des années 80, à propos desquels il existe un accord tacite qui fait qu’on n’y touche pas : Retour vers le futur, ET, Qui veut la peau de Roger Rabbit, Blade Runner, Tron… Aucun producteur n’a encore été assez fou pour oser un remake de ces films. Par contre, visiblement on commence à s’autoriser à penser à des suites, des préquelles… (D’ailleurs, Mr Ridley S. est prié de laisser Blade Runner tranquille.) Tron Legacy est la suite de Tron. Et je suis sûr qu’il aurait préféré qu’on le laisse tranquille et seul sur son étagère des films cultes.

Si Tron possède le charme suranné d’une production 80’s vue par une génération de gosses qu’on n’appelait pas encore des geeks, si Tron vendait du rêve en barre pour ces mêmes gosses qui découvraient tous les jours de nouveaux mondes virtuels grâce à l’émergence des consoles et autres PC, sa suite est une vaste fumisterie destinée à relancer une licence juteuse et tendance à grands renforts de 3D.

N’y allons pas par quatre chemins, Tron 2.0 est une bouse 2.0.

Le scénario est des plus convenus et se paye en même temps le luxe inutile d’une complexité dont on se serait bien passée (je pense notamment à tout le côté « corporate » décrit en début de film et qui ne sert à rien, je pense notamment à la ré-injection anecdotique du personnage de Tron en qualité de méchant, etc.). Qui n’a pas encore débranché son cerveau passer les vingt premières minutes devinera tout le film avec plusieurs minutes d’avance sur la bobine. La caractérisation des personnages frôle le zéro absolu ; pire, elle s’enfonce dans le cliché. Exemple :

Bonjour, je m’appelle Sam Flynn. Mon père a disparu quand j’étais jeune, ce qui fait que je n’avais pas de figure paternelle pour me guider. Alors je suis devenu un gros rebelle. La preuve, j’ai une moto et un blouson en cuir. Tu peux pas test !

Il y a eu au moins 8 scénaristes à passer sur ce film et on sent derrière le cahier des charges des producteurs :

— Bon, coco, faut nous mettre une course de moto avec des traînées derrière, c’est emblématique.

— Mais le protagoniste ne sait pas faire de moto !

— T’es viré, on va trouver quelqu’un pour nous changer ça.

— Mais moi, j’avais surtout penser l’univers de CLU 2.0 comme une métaphore de l’après-vie !

— J’ai dit que t’étais viré. Et tes conneries de métaphore sur la mort, ton remplaçant fera ce qu’il en veut avec.

Alors le protagoniste sait faire de la moto, des arts martiaux, du piratage informatique de haut-vol, il vit dans une baraque au bord de la mer pour vaguement signifier son goût de la liberté, il est actionnaire majoritaire de la plus grosse boîte du monde et comme il est le fils de son père, c’est tout à fait normal de se retrouver dans un monde virtuel sans perdre son sang froid, sa santé mentale ou même arquer le sourcil.

Je passerai sur le méchant trop trop méchant, les traîtres versatiles, les vagues de sentimentalisme qu’on arrache aux spectateurs à coups de pathos bien lourd, la fin bien consensuelle et portnawak…

La direction artistique pique un peu les yeux mais elle a le mérite d’exister et de proposer un monde virtuel esthétiquement cohérent et une intéressante mise à jour par rapport au modèle d’origine, que ce soit sur les décors où les costumes. L’avancée des techniques 3D ont permis l’intégration d’un Jeff Bridges avec 30 piges de moins. Malheureusement, ce genre d’incrustation reste toujours flagrante et dérangeante dès qu’on s’en aperçoit. Autant ça passe dans le monde virtuel, autant ça choque dans le monde réel (la fameuse Uncanny Valley pour ceux à qui ça parle).

J’ai déjà dit que le héros avait un charisme de moule. Jeff Bridges semble verser dans la caricature de ses propres personnages en surjouant un peu trop à mon goût…

Mais alors, n’y a-t-il rien pour sauver ce film de la défragmentation sauvage ?

Si, deux choses.

  1. La bande originale des Daft Punk, très inspirée.
  2. Olivia Wilde

Et pas pour son jeu d’actrice minimalisé. Uniquement pour l’esthétique.

Oui, la dernière était totalement gratuite !

Pas la peine de vous faire perdre plus de temps avec Tron Legacy. Un film inutile qui a permis de donner de la visibilité à Olivia Wilde au-delà de House et de relancer la carrière moribonde de Jeff Bridges (avec True Grit). Passez votre chemin car il est des héritages dont on aimerait bien se passer ! Sinon, vous avez été prévenus…