La semaine dernière, je me suis fendu d’un article sur mes premières impressions sur Anarchy, la politique-fiction transmedia made in France 4 (impressions rapidement commentées par la rédaction, prouvant de facto mon point positif sur la réactivité des auteurs). On est désormais à une semaine de jeu et je me suis dit que j’allais faire un article dédié aux cadavres exquis. En tant qu’auteur, c’est la partie qui m’intéresse le plus parce qu’écrire tous les jours est important, parce que ça stimule les neurones, etc. Et puis, après une semaine de jeu, je constate souvent les mêmes pseudos qui reviennent, ce qui est dommageable (pour Enzo, on est en moyenne 2 à écrire et des fois, je poste juste pour maintenir cette moyenne à flot). Aussi me suis-je dit que dispenser quelques astuces pour aider les plus hésitants à se lancer serait positif pour tout le monde ! Même si j’ai personnellement envie d’atteindre la première place pour décrocher le stage CEEA et que cet article est antinomique avec mes envies égoïstes… Ma générosité me perdra… Bref… (en même temps, comme je l’ai statué avant, cette partie du jeu n’est pas la plus rentable et bonne chance pour rattraper le premier qui flirte avec les 9000 pts…)

Qu’est-ce qu’un cadavre exquis ? Le fonctionnement est simple. Au jour A, vous avez un texte A décrivant une situation pour un héros. A partir de ce texte A, vous devez en imaginer la suite logique (texte B), en gardant le ton de la narration si possible et en respectant les contraintes imposées par la rédaction d’Anarchy. A la fin du jour A, cette même rédaction sélectionne parmi toutes les propositions A des joueurs le meilleur texte B qui devient aussitôt la suite officielle du texte A. Le lendemain, vous devez refaire la même chose à partir du texte B et des nouvelles contraintes. En soi, ce n’est pas compliqué. Pourtant peu de personnes se jettent dans l’aventure, ce qui est préjudiciable pour tout le monde.

Alors voici quelques astuces simples pour vous lancer dans le grand bain :

  1. Lisez d’abord les bio des 5 héros (Jules, Jacques, Myriam, Nour et Enzo) et choisissez celui qui vous attire le plus. Mon conseil est de vous limiter à un seul personnage. En effet, Anarchy est une activité extrêmement chronophage ! Je parle en connaissance de cause puisque cela impacte directement sur l’écriture de mes propres livres (suffisamment pour le noter, et je ne fais que du cadavre exquis pour ainsi dire). De plus, jongler entre plusieurs trames narratives est un exercice mental que je déconseille à ceux qui veulent se lancer. Bon, moi, j’essaie de participer sur Nour, Myriam et Enzo mais comme dirait mon père : « Fais ce que je dis, pas ce que je fais ». Se limiter un héros vous permettra d’avoir un challenge sur la durée et de sortir des histoires plus cohérentes.
  2. Prenez connaissance des contraintes du jour. Il y a des jours plus faciles que les autres (par exemple, écrire l’histoire par le point de vue d’un autre personnage était l’occasion idéal de rentrer dans le jeu sans suivre la voix interne des héros et se lâcher un peu).
  3. Prenez connaissance du texte de la veille. C’est indispensable pour savoir ce qui s’est passé et pour pouvoir enchaîner de façon fluide.
  4. Lisez les textes qui ont été écrit 2-3 jours avant. Oui, c’est chronophage comme activité, mais je vous avais prévenu. Ces anciens textes contiennent l’historique du héros, avec des noms d’autres personnages. De la même façon dont vous vous servirez de ce qui s’est passé la veille, vous aurez plus de matière pour enrichir le texte du jour et comprendre des motivations de ceux qui suivent les héros (car oui, cela fait partie de la continuité, c’est toujours mieux de la respecter – la rédaction sera plus sensible à votre texte si vos personnages agissent de façon logique avec ce que s’est auparavant).
  5. Ne lisez pas les autres propositions du jour ! C’est très important ! Sinon vous pourriez vous voir influencé par ce qui a déjà été raconté. Sinon vous pourriez vous décourager avant même de commencer en vous disant que vous ne ferez jamais mieux. Sinon vous pourriez inutilement vous creuser la tête pour trouver d’autres idées alors que la vôtre, même si c’est la même, pourrait être racontée de façon différente et pas moins inintéressante.
  6. Maintenant, ouvrez un Word ou équivalent. Votre objectif est de remplir entre une demie page et une page. Pas moins, parce que pas grand chose ne serait dit. Et surtout pas plus ! Même si vous êtes verbeux. Pourquoi ? Parce que la rédaction qui lit se tape plein de textes, déjà. D’autre part, songez que si votre texte est sélectionné, il sera la base pour le lendemain. S’il fait trois pages, il y a fort à parier qu’il ne sera pas lu par ceux qui veulent s’y essayer, tuant toute envie. De plus, en réduisant l’investissement sur le temps d’écriture, vous réduirez la frustration si votre texte n’est pas sélectionné.
  7. Je ne vais pas faire un cours complet sur l’écriture d’une scène, avec ce que ça implique dans le rythme, personnages , dialogues… Ce n’est pas le but. La seule chose que vous devez garder en tête c’est qu’à la fin de votre texte, le héros doit se trouver dans une situation différente ! Si le héros, le conflit, les autres personnages, sa situation, ses possessions, etc n’évoluent pas (en bien ou en mal), vous racontez quelque chose que ne vaut pas la peine d’être lu. Un peu comme ce qui se passe avec Les Mystères de l’Amour
  8. A la fin de votre texte, faites en sorte d’avoir une ouverture pour le lendemain. Ce n’est pas forcément un cliffhanger de malade où il est question de vie ou de mort, mais c’est toujours un élément qui fait dire « tiens, je me demande ce qui va se passer pour le héros demain ». Astuce : quand vous finissez votre texte, essayez d’imaginer ce que vous raconteriez vous même à partir de votre propre texte pour le lendemain. Ainsi vous pouvez mieux jouer avec le suspense de la fin. De plus, vous avez déjà un pied pour écrire le texte du lendemain, d’une façon logique donc qui pourrait être appréciée par la rédaction au moment de la sélection.
  9. Même si vous pensez avoir écrit un texte pas terrible, soumettez-le tout de même ! Il m’est arrivé d’écrire des textes que je trouvais largement en-dessous de mes exigences normales, que j’ai soumis par dépit et qui ont été sélectionnés. L’idée est parfois plus valorisée que la façon dont elle est racontée.
  10. Si vous ne savez pas quoi raconter, voici une autre astuce : demandez-vous ce que veut le héros. Et puis faites en sorte qu’il ne l’obtienne pas. Ca marche toujours ! Par exemple, dans le cadre d’Enzo, c’était un personnage qui n’avait pas d’objectif au premier jour mais une affection pour sa mère. Ce que j’ai fait, j’ai dégagé sa mère du plan et j’ai introduit le père (nouvel objectif). Depuis, ça fait une semaine qu’il lui court après…
  11. Soignez votre orthographe et veillez à ne pas utiliser du vocabulaire trop compliqué. Les textes s’écrivent à la première personne, avec la voix du héros qui raconte ce qui lui arrive. Donc les passés simples, les subjonctifs, les adverbes, les mots de plus ce quatre syllabes sont globalement à bannir. Ce jeu n’a pas vocation à trouver le prochain Maupassant et un texte facile à lire, facile à comprendre engagera d’autres personnes qui auront compris en une seule lecture la situation d’où repartent les héros.
  12. Dans tous les cas, prenez du plaisir à écrire !

(Enfin, pour ceux qui sont en train de faire la chasse aux points de façons plus ou moins abusives, je rappelle qu’à l’heure actuelle soumettre un texte, c’est 5 points automatiques. Un texte sélectionné, c’est 200 points. Certes, il est plus facile de s’associer à 10 personnes, mais dans 3 semaines, quand tout le monde sera associé avec tout le monde, gagner 200 points, ce sera ptête pas une paille ! Peut-être…)

La décision de la rédaction est prise vers 21h. Ensuite, deux cas de figure. Vous êtes sélectionné, félicitations, vous gagnez un badge, le droit de vous gaussez sur Twitter et de remettre ça le lendemain. Ou vous n’êtes pas sélectionné. Dans ce cas, bienvenue dans le quotidien d’un écrivain où la vie est une longue suite de refus. Mais il faut relativiser les choses. D’une part, c’est avant tout un jeu. D’autre part, les statistiques sont contre vous et le refus est la norme. J’ai eu 6 textes sélectionnés pour à peu près le triple de soumis et avec le temps, ce ratio est appelé à s’agrandir. Parmi les choses à garder en mémoire en cas de non sélection :

  • C’est un jeu communautaire. Tout le monde a les mêmes chances de gagner. Et ça ne sert à rien de mettre des pouces vers le bas sur les textes d’un auteur sélectionné avec qui vous étiez en compétition, hein !
  • C’est un jeu bordélique. Ca ne sert à rien de pester sur le fait que le texte sélectionné comporte des éléments qui contredisent ce qui a été statué trois jours plus tôt dans un autre texte (et c’est déjà le cas chez tous les héros). Ca va durer 50 jours, des incohérences et des deus ex machina improbables, il y en aura un paquet ! Donc si vous êtes un psychorigide comme moi des histoires sans défaut, écrites au poil de cul où chaque détail compte… tant pis ! Au moins, je sais que dans mes romans et nouvelles, tout est parfaitement justifié et sous contrôle.
  • C’est un jeu créatif. S’approprier les personnages n’est pas le but. Alors quand le texte sélectionné part dans une direction complètement opposée à celle que vous estimez la plus correcte ou logique pour le héros, essayez de profiter du challenge du lendemain pour booster votre créativité. Soyons réaliste, sur les 3 héros que je suis, seul Enzo possède une histoire qui se tient globalement sur la durée. Nour avait écrit « road trip rom-com » sur sa tête le premier jour ; aujourd’hui, c’est personnage qui subit plus qu’elle n’entreprend et niveau romance, c’est bien foutu pour le moment donc tout reste à faire. Myriam était un personnage intéressant car elle voulait une chose consciemment (aller à Paris) et une chose inconsciemment (des médicaments). De mon point de vue, Myriam est montée trop rapidement à Paris et dans le même temps, on lui avait filé tout un stock de médocs. Puis elle a tout perdu. Et puis son mari est revenu dans le jeu sur un truchement dément. De facto, son histoire subit continuellement un mini-reboot tous les 2-3 jours avec lequel il faut composer. Mais voilà, les héros évoluent et comme je disais, ça fait partie du challenge de rebondir sur des bases plus compliquées et cela ne doit pas vous décourager de participer, au contraire !

Voilà. En espérant que cela motive certains timides se lancer dans l’aventure avec la poignée qui s’amusent déjà pour essayer d’imposer leur vision de la suite à donner aux aventures des personnages !

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