Pour ceux qui ne sont pas au courant (soit à peu près toutes les personnes qui ne jouent pas aux jeux vidéo, plus tous les joueurs de Candy Crush et autres social games), la semaine dernière, c’était la GameCon de Cologne. Deux mois après E3 à Los Angeles et un mois avant le Tokyo Games show. USA, Europe, Japon. En l’espace de 4 mois, l’ensemble des grosses annonces tombent pour l’année (voire plus) à venir, chacune se réservant un espace d’exclusivité pour le continent de la convention vidéoludique. Si un studio Européen doit faire une grosse annonce, c’est plutôt pour Cologne (Wild Sheep et Remedy pour n’en citer que deux cette année)

Chaque convention s’accompagne de son lot de conférence éditeurs et constructeurs durant lesquels intervenants et bandes-annonces défilent. Ne possédant rien d’autres qu’un PC, la plupart des annonces me passent au-dessus et je sais pertinemment que la plupart des bons jeux n’arriveront jamais sur ma plateforme de prédilection. Parfois ça m’ennuie, mais c’est le jeu d’avoir un portefeuille et un emploi du temps limités. Cette année, j’attendais particulièrement la convention Microsoft pour enfin voir les premières images de gameplay de Quantum Break par les créateurs de Max Payne (les Finlandais de Remedy, dont je pourrais parler en long en large et en travers, au prix de la dépression de ne pas travailler pour eux en dépit de ma motivation pour). La démonstration de gameplay démontait du poney par palette de douze, mais là n’est pas la question !

Car ce qui a complètement occulté la présentation de ce jeu, ou les autres, voire même les autres conférences, c’est l’annonce faite autour du prochain opus autour de Lara Croft : Rise of the Tomb Raider.

Rise of the Tomb Raider serait une exclusivité Xbox One. Pas une exclu temporaire, mais une véritable exclusivité. En d’autres termes : « possesseurs de PS4 et de PC, voici un bâton, de la colle et du gravier, trouvez le bon trou où mettre tout ça ».

Suite à un communiqué de presse officiel de Crystal Dynamics aux formulations marketing un peu troubles tendant à confirmer en termes plus adéquats le propos ci-dessus, Twitter s’est enflammé et il y a fort à parier qu’il existerait une place publique avec un pilori, c’est tout le staff Eidos/Square Enix qui y serait passé pour une lapidation bien injustifiée ! Mais  je me fais fort de me poser en avocat du diable dans cette affaire. Surtout si c’est pour râler sur ceux qui râlent ! Essentiellement parce qu’ils ont tort. Explications.

Quand on regarde le marché actuel du jeu vidéo, hormis Nintendo qui fait sa croisade en solitaire avec sa vision pour le moins en décalage, force est de reconnaître que la PS4 et la One joue dans la même cour. A puissance égale, choisir l’une ou l’autre n’a plus réellement d’importance techniquement parlant. Depuis la sortie des consoles nouvelle génération, ce ne sont pas les jeux qui vendent les consoles mais l’image de marque qu’ont les constructeurs. Image héritée des générations précédentes et des coups marketing organisés. En France par exemple, on apprécie plus l’image Playstation que l’image Xbox. Aux USA, sans surprise, on préfère la console made in Redmond. Au Japon, on se fout de la PS4 après l’impensable stratégie de Sony de sortir son bébé en dernier sur l’île natale du constructeur. Et à de rare exception près (Quantic Dream, Remedy, Naughty Dogs…), tous les studios font des portages de leurs titres d’une console à l’autre, ce qui n’aide pas le consommateur dans son choix cornélien (rappelez-vous le dilemme de Sheldon). Au final, on achète une marque.

Mais les constructeurs se livrent à un nouveau jeu idiot pour appâter le chaland : l’exclusivité temporaire. Comme tous les jeux sortent partout, la question n’est plus de savoir à quel jeu on va jouer mais quand on va y jouer. Et Sony comme Microsoft croyaient que jouer à Call of Warfare XII six mois avant son concurrent serait un argument de vente de consoles. Pire, depuis peu, ce n’était même plus sur la date de sortie avancée qu’ils misaient, mais sur l’accès au beta. Donc en gros, les deux grands ont dit aux joueurs : « si vous achetez ma console, vous jouerez pendant 3 semaines à un jeu pas fini, c’est cool hein ? »

En tant que joueur et professionnel de la profession, la méthode me défrise. Côté pro, c’est intéressant de recevoir l’avis des joueurs et rectifier le tir ; c’est aussi la porte ouverte à la mort de la créativité où une poignée de minorités s’offre le droit de changer la vision du jeu sous prétexte que cela ne leur plaît pas. Et s’il y a bien un truc qu’on sait, c’est que le joueur n’est jamais content. JAMAIS. L’écouter, si on n’a pas le discernement pour filtrer, c’est se tirer une balle dans le pied. En tant que joueur, ça ne m’intéresse tout simplement pas de jouer un à truc pas fini qui changera mille fois avant sa sortie (et au moins 3 fois après, via des patches…) et puis si je bosse toute la journée sur un jeu, faire le debugage d’un concurrent sur mon temps libre, comme dire…

Bref, la guerre n’en est pas une et les histoires d’exclusivités temporaires et beta anticipées, ça me fait doucement rigoler dans mon coin. Car, très clairement, c’est se fourvoyer et envoyer de la poudre aux yeux du consommateur.

Avec son annonce, Microsoft jette un pavé dans la mare ! Un vrai, un gros. Lara Croft entre dans le giron Xbox « pour de bon ». Les possesseurs de One sont comme des fous, les possesseurs de PS4 sont fous de rage. Une vraie exclu non temporaire rien qu’à eux. Microsoft était en train de perdre la bataille face à Sony (à la louche, deux fois moins de consoles vendues) et il lui fallait un coup retentissant, un console-seller dans le jargon. Et s’offrir Lara (vraisemblablement très cher !) est un coup de maître. Sortir le jeu pour Noël enfonce le clou. Il a son argument de vente de consoles, et un de poids. Certes le reboot de la série n’a pas rassemblé et la pression est grande, mais on parle de Lara Croft. C’est une icone du jeu vidéo, au même titre que Mario. Et de la même façon que Mario Kart 8 est en train de sauver la Wii-U, il se pourrait que Lara vende de la One par douzaine à l’heure.

Sur Playstation, la série des Uncharted a toujours été exclusive et les boxiens n’ont jamais été brûlé les locaux de Naughty Dog. Justement parce que la licence multi-plateformes devient unique. Le cas est différent des Red Dead Redemption, Beyond, Alan Wake et compagnie.

Pourquoi les gens râlent ?

  • Ce que les gens ont du mal à comprendre, c’est qu’en sacrifiant leur plaisir personnel de jouer à tout sur une console finalement générique, on leur offre une réelle guerre des consoles. Les joueurs d’aujourd’hui n’ont pas connu la saine émulation des années 90 où la qualité et l’originalité des jeux primaient. Proposer des jeux multiplateformes, c’est niveler tout vers le bas, à la fois la technique et la créativité ! Watch Dogs et sa volonté d’être partout en est le parfait exemple : techniquement à la ramasse sur next-gen, on peut raisonnablement penser que les limitations techniques ont également impacté sur le gameplay et les idées jetées à la poubelle (enfin, « pour le 2 »).
  • Parce que dès qu’on sort quelqu’un de sa zone de confort, c’est plus simple de gueuler pour y retourner. Mais c’est un autre débat.
  • Mais surtout – et ça peut être compréhensible – pour jouer à tout, il faudra acheter deux consoles… Toucher au porte-monnaie ça fait mal.  S’ils veulent manipuler Lara, il va encore falloir lâcher 500$ ! Et c’est – selon eux – « inadmissible ». J’ai envie de leur dire : deal with it ! A mon époque, il y avait SEGA d’un côté, Nintendo de l’autre et très rares étaient les jeux communs ! Est-ce qu’on se plaignaient ? Oui. Est-ce qu’on en faisait tout un fromage ? Non. De plus, à l’époque Mario/Sonic, les joueurs de l’un étaient rarement aigris de ne pas jouer à l’autre : si l’offre est suffisamment conséquente sur une machine, il n’y a aucune raison valable d’aller voir ailleurs, ne serait-ce que par manque de temps face à la quantité de bons jeux à faire… Et j’en conviens, la quantité de vrais bons jeux sur une machine est moindre qu’avant.

Pourquoi ils devraient être un peu jouasses alors ?

  • Depuis, la sortie des PS4 et One, on pouvait lire un peu partout « on veut des exclus ». On leur donne, ils devraient être content (mais rappelez, le joueur n’est jamais content, JAMAIS)
  • Quand Microsoft annonce qu’il a telle licence, Sony se doit de réagir en annonçant un titre encore plus dingue, sur lequel Microsoft se devra de ré-enchérir, ce qui provoquera une réaction de Sony, etc. Si le principe venait à se répandre à d’autres studios, cette nouvelle génération risque d’avoir les titres les plus fous qu’on ait connu. Le vrai gagnant, c’est le joueur.
  • Une exclusivité, c’est un constructeur qui ouvre sa machine pour un studio et lui offre les clés pour dissiquer le processeur et la mémoire pour en tirer le meilleur. D’où une meilleure qualité pour le jeu qui n’a plus à souffrir de concession pour être jouable sur plusieurs configurations. Regardez Remedy, Quantic Dream, Naughty Dogs et leur jeux exclusifs : il y a pas photos, à temps de développement égaux, ils sont techniquement supérieurs aux titres portés. Le vrai gagnant, c’est le joueur.

Mais mon euphorie et la grogne générale n’auront duré que deux jours, suite à un autre communiqué de presse officiel côté Microsoft, Twitter se calme : l’exclu est bien temporaire. Adieu mes rêves de guerre de consoles relancée, retour au statut quo du marché. Microsoft aura eu son petit coup de pub, Square Enix aura eu son petit chèque et un peu d’oxygène dans une période assez difficile pour l’entreprise, Noël aura son duel Lara Croft/Nathan Drake et Microsoft devrait bénéficier de l’aura de la belle exploratrice auprès du grand public pour vendre des bundles de One tandis que Sony continuera sur sa lancée.

Je n’attendais pas grand-chose de la Games Con, Lara m’aura fait espérer un vent frais pendant quelques jours. Ce qui me fait penser qu’après le coup retentissant de faire croire à l’exclu du prochain Tomb Raider, Microsoft aurait mieux fait de se taire et garder la non-exclu pour plus tard, genre après Noël… Pas d’exclu, pas de guerre, des plateformes presque génériques, des accès à des jeux pas finis, 3 mois d’exclusivité par ci par là, voilà la tendance qui se confirme bien. Restent à se tourner vers les vraies exclu consoles pour choisir et si on regarde dans le tas, celles de Sony sont plus vendeuses, pas très originales mais plus vendeuses. Il va sérieusement falloir songer à teaser le prochain Gears of Wars monsieur Crosoft, car si Sunset Overdrive à l’air sympa, c’est pas un Uncharted 4 non plus…

Maintenant que le soufflé est retombé, on se reconcentre sur les jeux de la convention : Quantum Break sort clairement du lot, le dernier Silent Hill aussi avec son teaser interactif. Sinon, rassurez-vous, rien de bien neuf sous le soleil de Cologne…

Pour la blague, on va conclure avec le teaser de la prochaine exclu temporaire de la xbox…

commentaires
  1. Kyalie dit :

    Sauf que c’est temporaire X)
    http://www.gameblog.fr/news/45026-tomb-raider-xbox-one-est-finalement-une-exclusivite-temporai
    Ils sont pas fous, de tels prix de production et ils joueraient la carte de l’exclusivité alors qu’ils ont été déçus par les ventes pourtant faramineuses du précédent opus qui lui était multiplateformes ?
    Aucune chance !

    • Kyalie dit :

      J’ai pas lu jusqu’au bout, ça m’apprendra ! o/

      • Kyalie dit :

        T’façon bah les vraies exclus consoles, c’est Nintendo qui les aura, point.
        Et tu peux être sûr que la plupart des jeux PS4/X1 se retrouveront sur PC, comme ce fut le cas avec Tomb Raider justement.
        C’est sûr que cette gen se fera sans moi, et pour la 1ère fois de ma vie je me tournerai volontairement vers le PC, car à part la Wii U qui est la seule à proposer un gameplay propre, les consoles sont bel et bien devenues des pseudo PC avec tous les inconvénients et très peu des avantages inhérents..

      • Oliver Castle dit :

        Dans la première version de l’article, j’avais mis une note sur Nintendo qui devait bien se gausser de tout cet imbroglio de communication avec ses vraies exclu. En tant que joueurs PC sans console depuis des années, je peux t’assurer que tout ne sort pas sur ma plateforme et que les conversions sont parfois bien décevantes (à commencer par celle où tu dois brancher une manette…). Après il faut parfois juste être trèèèèès patient avant d’avoir son jeu (ex: Alan Wake…). Mais oui, les consoles next-gen, c’est juste un PC avec des inconvénients ! Donc autant avoir un pc…

      • Oliver Castle dit :

        Je me demandais s’il y aurait quelqu’un qui sauterait sur les comm’ avant même d’avoir tout lu…

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