Summer Wars est un long métrage d’animation réalisé par Mamoru Hosoda (Les Enfants Loups, Ame et Yuki) et le studio Madhouse (Redline). Distribué chez nous par Kaze.

OZ est un monde virtuel à l’échelle mondiale. Tout le monde possède son petit avatar, l’univers est découpé en ville, les applications en ligne se compte en milliards et même les entreprises les plus reconnues possède une façade électronique pour être représentées. En gros, OZ, c’est l’internet de dans 50 ans. Sauf que l’histoire se passe en 2010. Passons. OZ est génial. Sauf que OZ est piraté par une intelligence artificielle et que c’est l’économie mondiale et la sécurité (physique ou virtuelle) de chacun qui est en jeu. Qui va pouvoir se soulever et mater l’IA gourmande ?

Voilà pour les grandes lignes. Mais ce serait occulter ce qui se passe en dehors de OZ et qui occupe la plus grande partie du film. En effet, l’histoire est celle de Kenji, 17 ans, lycéen qui a échoué de peu aux Olympiades mathématiques. Oui, c’est ça, un gros nerd. Sur un malentendu, Kenji se retrouve embarqué à Nagano pour se faire passer pour le petit ami de Natsuki (encore une tsundere, tiens…) à l’occasion des 90 ans de sa grand-mère. Vous l’aurez compris, Kenji, c’est probablement celui qui devra affronter OZ, une famille étrangère, une grand-mère étrange et un tas de quiproquos.

Lors de sa sortie en 2010, je m’étais dit que ce serait vachement bien que j’aille le voir au cinéma. Manque de bol, j’ai pas pu. Ca aurait pourtant bien claquer sur grand écran. En 2010 toujours, je m’étais fait une idée complètement absurde du pitch : les avatars d’un MMO sortaient de leur univers pour prendre le contrôle du monde réel… Rien à voir avec la choucroute, donc.

Et c’est pas plus mal, car sous ses dehors de film ultra-techno-nerd, il s’avère que le vrai propos du film est complètement détaché de OZ ou des mondes virtuels. Le film se déroule pendant l’été, dans une très verdoyante campagne, au milieu d’une famille nombreuse et soudée. Le choc des mondes entre l’hyper-internet et le côté intimiste de cette famille est pour le moins flagrant, l’un et l’autre se contrebalançant en permanence pour appuyer les différents propos et thème sous-jacents :

  • Les dangers de l’infomatique non maîtrisé
  • L’importance de la famille
  • L’importance de se serrer les coudes, même en tant qu’étranger et surtout en temps de crise
  • Le passage à l’âge adulte (pour Kenji et Natsuki) si cher aux Japonais
  • Les valeurs familiales
  • Le courage et le surpassement de soi
  • Le deuil
  • Tradition vs modernité

Des thèmes que je qualifierai de « typiquement japonais ». Tous bien retranscrits et exploités, avec justesse et finesse, sans renforts de mots ou de poudre aux yeux. On retrouve dans la réalisation de Mamoru Hosoda une délicatesse rare et appréciable, un talent indéniable qui contribue à la très grosse réussite de ce film tant au box-office japonais que dans les divers festivals d’animation internationaux. J’avais déjà ressenti cela en matant son précédent film, The Girl who leapt through Time, et force est de constater que c’est devenu un réalisateur qui compte réellement dans le milieu et dont les amateurs attendent chaque nouveau film avec impatience.

Riche, complexe, en couches superposées, Summer Wars s’apprécie sur plusieurs degrés de lecture, grâce à une écriture subtile, une écriture fine et des personnages fouillés et attachants. J’allais faire une métaphore avec un tiramisu, je me suis retenu, mais l’idée gustative est là. Film catastrophe, d’anticipation, familial, d’adolescents… difficile de le cataloguer tant il jongle avec virtuosité sur plusieurs genres.

Bon, par contre, je vais pas vous la faire à l’envers, on se situe au niveau ++ du film d’animation, du genre qu’il sera délicat de placer devant des mirettes complètement néophytes (commencez par du plus accessible, genre Totoro…).

Bon, c’est bien les films contemplatifs sur fond de ciel bleu sans nuage et de cigales, mais dans Summer Wars, il y a War, et le film sert à l’amateur des combats bien shonen avec du poing qui va dans la gueule, des gros moments de tension, des cliffhangers de ouf, des climax de folie et des hurlements quand on appuie sur la touche « Entrée » qui vous feront jubiler sur votre canapé.

Le design de OZ est certes particulier et ne manquera pas de  choquer l’œil non averti ou habitué aux univers virtuels made in USA (j’étais pas averti avec mon pitch bidon, je le dis, ça m’a surpris). De base, je ne suis pas fan de la 3D dans les films d’animation, mais je reconnais sans mal que son utilisation et le choix couillu du design permet de renforcer le clivage technologie/tradition susnommé. Une fois qu’on est dedans, on s’y fait très vite. Je dirais même plus : une fois qu’on est dedans, ça déboite un poney !

Summer Wars est à l’image du Japon d’aujourd’hui : à la recherche d’un équilibre entre ses valeurs traditionnelles et sa conquête technologique. Oeuvre ambitieuse et complexe mais parfaitement maîtrisée, le film est une vraie réussite, une petite perle à placer sur l’étagère des Hayao Miyazaki et des Satoshi Kon. Un indispensable quoi !

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commentaires
  1. Alain dit :

    Tu me donnes sacrément envie de le voir…

  2. Kyalie dit :

    Haha, j’ai pas du tout accroché perso X)
    J’ai détesté le côté virtuel-pas-vraiment-virtuel qui m’a bien trop évoqué .hack// (dont je n’aime pas le principe non plus donc). Je ne parle pas du fait que tout étant informatisé, les trucs commencent à déconner dans la vie réelle, mais bien du côté shônen-combat, vas-y que je donne mon énergie à un avatar, et surtout le jeu final auquel on ne pige rien.
    D’ailleurs j’avais vraiment l’impression que cette intrigue là partait dans tous les sens.
    Bref j’ai pas aimé 🙂

    • Oliver Castle dit :

      On pige rien au jeu final parce qu’on est pas japonais, moi, ça m’a pas dérangé. T’avais l’impression que l’intrigue partait dans tous les sens, en fait, c’était assez maîtrisé pour que ce soit pas le cas et que t’es juste une impression. Mais comme je disais, ça reste de l’anime ++ dans l’accessibilité.

      Après, les goûts et les couleurs…

  3. Jessica dit :

    ah bah moi j’ai bien envie de le voir, juste parce que tu as parlé de tiramisu, et que comme tu m’as appris à les faire, ben c’est de mon devoir de regarder cet animé 🙂

  4. […] gardais en réserve pour un mois un peu pourri parce que j’étais certain qu’un film de Mamoru Hosada ne me décevrait pas (pour infos, je l’ai regardé juste après Suicide Squad pour me calmer, […]

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