Fast and Furious: Tokyo Drift est un film réalisé par Justin Lin (Fast & Furious 4, Fast & Furious 5, Fast & Furious 6… vous sentez le réal. un peu monomaniaque ?), avec Lucas Black (Jarhead), Lil’ Bow Wow (un obscur épisode de Smallville), Nathalie Kelley (Take Me Home Tonight) et Sonny Chiba (Kill Bill).

Nota bene: Drift (nom et verbe) : Technique de pilotage automobile qui consiste à déraper tout en maîtrisant sa trajectoire et sa vitesse.

Sean est un gros branleur. Son truc, c’est pas la physique ou les maths ; son truc, c’est la conduite de bagnoles, de préférence celles qui finissent au poste de police. Comme ça fait genre 3 fois qu’il change d’état pour éviter la taule, sa mère en raz le pot d’échappement et l’envoie chez son père. Au Japon (ouais, carrément !). On pourrait croire que Sean va rentrer dans le rang, s’acheter une nouvelle conduite (hu hu)… mais c’est sans compter sur les coïncidences fortuites, son nouveau pote black et un mentor mystérieux qui va l’initier aux courses underground de Tokyo et au drift… Bien sûr, comme on est au Japon, il y aura des yakuzas, une histoire d’honneur et une nana suffisamment bridée pour faire genre.

Il y a des films comme Ghost Rider 2 que je regarde par curiosité en ne sachant trop à quoi m’attendre dans le pas terrible ; et puis il y a des films comme ce Tokyo Drift, que je sais d’avance être une bouse infâme mais que je vais tout même regarder, car derrière, je sais qu’il y a un article rigolo à écrire sur cet espace de communication narcissique.

J’ai pas cité le scénariste. Il s’agit de Chris Morgan. Comme vous savez pour les plus fidèles d’entre vous que je juge d’abord un film à la qualité de son scénario, il convient de signaler que le monsieur est responsable des Fast and Furious 3, 4, 5 et le futur 6. Des F&F, j’ai vu le premier, c’est sûr. Je m’en souviens plus mais je l’ai vu. Le 2, je m’en souviens plus mais je ne me souviens même plus si je l’ai vu ou pas ! C’est dire. Je prenais pas de risques avec le 3 parce que je savais qu’il était un peu déconnecté des deux premiers opus. Chris Morgan est aussi responsable de Wanted: Choisis ton Destin. Et là… la base est posée : niveau scénario et caractérisations, il faut s’attendre à l’équivalent de l’huile de vidange !

Commençons par le héros. Sean. Je ne pensais pas qu’il était possible de faire moins charismatique que Ryan Reynolds dans le costume numérique de Green Lantern… je me trompais. C’est juste une catastrophe ! Entre l’accent pourrave imbitable et ses deux expressions faciales, je viens de trouver le niveau 0 de l’acting. A sa décharge, il se tape un personnage de rebelle stéréotypé et crétin. Qu’apprenons-nous dans l’exposition du premier acte :

  • Il a l’habitude de passer chez les flics, grâce au contrôle à l’entrée du lycée (on apprend également grâce à cela qu’il est d’origine plutôt modeste et dans un lycée difficile).
  • Il aime bricoler des bagnoles, puisqu’on le voit dans un garage.
  • Il en a rien à foutre des autres, puisqu’il laisse un gros nerd se faire maltraiter, mais il est prêt à défendre l’opprimé, puisqu’il était prêt à jouer de la clé à molette si le gros s’était réellement tabasser au lieu de se faire simplement humilier.
  • C’est un dragueur de première, avec une nette préférence pour la grosse cochonne.
  • Si jamais on le provoque, il va répondre et proposer une course pour résoudre le conflit. On se doutait bien qu’il allait pas proposer de résoudre une équation différentielle le plus rapidement possible.
  • Il a un problème avec l’autorité, parentale, officielle, peu importe.

Bref, je vous présente le branleur que vous allez vouloir baffer, avec son expression numéro 1 « Je divise de tête 147 par 13 » !

J’ai oublié de préciser, il a 17 ans. Mais comme c’est un américain qui mange des OGM, on a préféré prendre un acteur de 25 ans, c’est plus crédible comme ça.

Sean va donc se retrouver au Japon. Tout seul. Sans savoir parler la langue… Naïvement, je me suis dit que c’était une bonne idée, qu’on allait avoir un traitement particulier du personnage et de la perte de repère à la Lost In Translation. Hahaha, des fois, je me fais rire tout seul… Car bizarrement, dans la tête de Chris Morgan, un américain au Japon n’aurait absolument aucun problème d’intégration, puisque tous les Japonais parleraient couramment l’anglais. Sans déconner, je ne sais pas si vous avez déjà entendu un Japonais parler anglais, mais imaginez-vous une vache espagnol qui sourie tout le temps pour inciter son interlocuteur à dire « ok, j’ai compris » alors qu’en fait, non pas un traître mot. Pire, les Japonais du coin ont un accent plus compréhensible que celui du héros !

12… non 11… 11,… 13 pour aller à 70… euh 3… 4… 5…. 11,5… Il me restait combien déjà ? Je reprends… 147 par 13…

Il est de notoriété publique au Japon que les lycéens, pour passer le temps, s’organisent des meetings tuning dans des parkings sordides et s’adonnent à la course automobile sur fond de rap moisi… C’est tout de même une frange de la population estudiantine relativement restreinte et tout de même,  ce brave n’a vraiment pas de chance si la minorité obligatoire du film a de mauvaises fréquentations et l’embarque là-dedans !

Dans un meeting tuning japonais, on trouve des Japonais, des bagnoles japonaises et de la shagasse japonaise en masse ! Et oui, n’oublions pas le cœur de cible de Fast and Furious : le mâle décébré ! Quoi qu’il arrive, il faut garder le sang le plus longtemps possible dans un autre organe que le cerveau, on sait jamais, sinon il pourrait réfléchir en regardant le film.

Bougez pas, y en a encore…

Evidemment, parmi toutes les chaudasses du coin, il faut que notre pauvre Sean s’attaque à l’intouchable ! Neela. La nana qu’on avait répérée dès son premier plan comme la fille à emmerdes. Pour montrer à quel point notre héros est débile, mais vraiment débile, je ne peux m’empêcher de me rappeler cette scène où il dit à Neela plus ou moins texto :

J’étais persuadé que tu étais Japonaise…

Notez l’expression faciale numéro 2 « J’ai réussi à calculer 5 + 2 avec mes doigts »

Mais dans quel univers possible pourrait-on confondre Nathalie Kelley, une actrice australo-péruvienne, avec une Japonaise ! Déjà qu’il était pas crédible…

Neela a aussi 17 ans, mais comme elle est au lycée, on a préféré prendre une actrice de 23 ans qui en fait 30, c’est mieux. Chris Morgan a décidé d’aller au bout du concept de la lycéenne gaijin bridée mais pas trop en donnant au personnage :

  • Une énorme bagnole montée sur un V6.
  • Une sombre histoire avec une mère mi-pute mi-soumise pour les yakuzas.
  • Un don pour le pilotage les doigts dans le nez (oui, elle sait drifter, comme tous les lycéens qui se regroupent dans les parkings, c’est bien connu, voyons).
  • Un petit ami qui est :
    • Le roi du drift à Tokyo
    • Le neveu du chef des yakuzas
    • Genre un yakuza mais pas vraiment parce qu’il fait un peu du business en marge

Comme vous pouvez le constater, on ne va pas du tout dans la surenchère au n’importe quoi dans ce film… Et encore, je parle juste des personnages.

A un moment, je me suis même dit que cette Neela était tellement pas crédible qu’il ne pouvait que s’agir d’une flic infiltrée chez les yakuzas pour faire tomber Sonny Chiba. En plus, un flic infiltré, c’est bien un truc à la Fast & Furious ! Toutes mes excuses, une telle chose aurait sorti le scénario du vide cosmique…

Rajoutons le personnage du mentor qui, sans raison particulière, décide d’accorder sa confiance à Sean et l’implique dans un business louche tout en lui apprenant à faire du drift. Parce que voilà, Sean, il a fait :

Je veux bien t’aider dans tes magouilles qui me vaudraient facile 5 ans de prison, parce contre tu m’apprends à drifter. J’ai un peu l’air d’un con à être le seul glan-du qui sait pas. Même la nana que je drague sait drifter, c’est la te-hon quoi !

A un moment, les magouilles en question vont gêner la mafia, qui va demander à l’antagoniste (le neveu susnommé et mec de la pas Japonaise) de buter le mentor, l’antagoniste en profitera pour récupérer la nana à emmerdes. Le héros aura tout perdu, mais c’est un mal pour un bien parce que ça lui permettra de résoudre le conflit avec la figure paternelle, un militaire de carrière qui dira tacitement :

Fils, t’as des ennuis avec les yakuzas, mais tu as ma bénédiction ! Prends donc mon épave de Jaguar que je retapais pour le plaisir (CDLS forfuit) et va faire des courses automobiles prohibées par la loi dans laquelle tu pourrais risquer ta vie pour solder tes comptes, récupérer ta meuf et devenir un homme. Evidemment, j’aurais pu mettre fin à tout ça moi-même avec mon arme de service quand j’avais ta némesis en joue, mais je préfère que tu le fasses toi-même. De toute façon, ça fait 3 mois que t’es là maintenant, tu parles Japonais couramment, t’as qu’à aller voir le patron de la mafia en personne, lui rendre l’argent que ton mentor mort avait piqué et proposer une petite course pour tout résoudre. Je sais que c’est ton truc, résoudre tes ennuis avec les courses…

Tout est bien qui finit bien, je vous rassure, la morale est sauve. Le héros récupère sa meuf, le méchant est humilié et tout le monde peut retourner dans des parkings glauques pour faire des courses. C’est même d’ailleurs le moment de faire apparaître Vin Diesel pour lier cet opus avec les deux premiers ! Genre…

Fast and Furious: Tokyo Drift est particulièrement nul. Ca fait penser à The Karate Kid 2010, mais en encore plus débile. Même en mettant son cerveau dans la boite à gants, on ne peut pas s’empêcher de s’extasier devant le caractère idiot de toutes les situations de cet étron cinématographique ! Entre les répliques philosophiques décalées mais profondes du héros et la préparation de la course finale façon retransmission de F1 multi-angles par téléphone, j’ai du mal à choisir le plus crédible… Ah bah, de toute façon, il reste Nathalie Kelley pour passer le temps.

« Je suis le méchant et je veux niquer la gentille. » « Cours Neela-la-Japonaise. »

« Toi t’es Japonaise avec ta face de métèque et tes yeux pas bridées ? » « On s’en fout, c’est pour le cinema américain »

Comme tous les films de bagnoles, les courses poursuites sont très longues et pas toujours intéressantes, ni toujours très lisibles. Mention spéciale à la course finale, de nuit dans la montagne. Mention spéciale aussi à la poursuite dans Tokyo où 3 caisses de course slaloment entre 5 voitures au ralenti tandis qu’il aurait été plus simple de prendre la voie dégagée, là tout à gauche… Justin Lin a toutefois un certain sens du rythme et de la mise en scène pour les grosses cylindrées, on ne pourra pas le lui ôter.

Entre un scénario pathétique mais presque, des répliques ridicules, des acteurs de seconde zone et une caméra ultra putassière, rien ne peut sauver ce film d’une fin de vie à la casse. Sauvez un cerveau, regardez un autre film.

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commentaires
  1. […] Fast and Furious: Tokyo Drift […]

  2. […] le film, mais parce que je voulais une petite dose de Tokyo. Et puis c’était ça ou Fast & Furious 3… Et puis, ça m’a rappelé que je n’avais pas encore vu Mr Baseball, un peu sur […]

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