Control est un film de Anton Corbijn (The American) avec Sam Riley (24 hour party people), Samantha Morton (Minority Report) et Alexandra Maria Lara (The Reader), sur un scénario de Matt Greenhalgh (Nowhere Boy) d’après le livre de Deborah Curtis, Ian Curtis et Joy Division, Histoire d’une vie.

Control s’attache à retracer la fulgurante vie de Ian Curtis, le leader du groupe de rock anglais mythique Joy Division. En l’espace d’une poignée de mois, Joy Division est passé de statut de groupe underground à celui de groupe mythique. Ian Curtis, poète et fan de David Bowie, enfant de Manchester, va connaître une ascension qu’il ne sera pas capable de maîtriser, tiraillé entre une vie de famille oppressante et une autre femme. Ian Curtis mettra fin à ses jours le 18 mai 1980, à la vieille d’une tournée américaine…

Je répète à loisir que j’adore la musique des années 70, de David Bowie à Iggy Pop en passant par Led Zep. Naturellement, quand un film musical sort sur cette époque, je le regarde. Parfois, c’est un peu mauvaise pioche (Velvet Goldmine que je n’ai pas spécialement apprécié), parfois, c’est carrément génial (The Runaways ou Almost Famous). Pour le coup, Control est très clairement dans la deuxième catégorie !

Quelques mots sur Joy Division pour ceux du fond qui ne seraient pas déjà allés voir sur Wikipédia.

D’abord nommé Warsaw, en hommage à la chanson Warszawa de David Bowie (Low), Joy Division nait en 1978. Le nom fait référence à ces femmes juives utilisées en qualité d’esclaves sexuelles par les Nazis. Autant le dire tout de suite, la musique de Joy Division ne respire pas la joie de vivre ; sombre, froide, mélancolique limite glauque et empreinte de désespoir, elle est à l’image de la vie en Grande-Bretagne à la fin des années 70 (récession économique, Magaret Thatcher et compagnie).

Succès fulgurant, Curtis devient rapidement une icône et son caractère naturel (sombre et solitaire) ne l’avait pas préparé à cette gloire (au contraire d’un David Bowie, par exemple). De plus, il souffre d’épilepsie à une époque où les crises n’étaient peut-être plus considérées comme une manifestation du Malin mais sans traitement viable. Entre la maladie et ses problèmes personnels, il tentera plusieurs fois de mettre fin à ses jours. Après sa mort, les membres du groupe fonderont New Order.

A la base du mouvement New Wave (Depeche Mode, INSX, Indochine et j’en passe), le véritable succès arrive en même temps que l’album Unknow Pleasure, sorti en 1979  (même si Closer est souvent considéré comme la masterpiece du groupe, bien que paru après la mort de Curtis).

Ecrire un biopic (un film biographique) ne doit pas être une mince affaire. D’une part parce que, même si c’est la rocambolesque carrière d’un rocker, la vie n’est pas calibrée en 3 actes avec la juste variation de positifs et de négatifs pour satisfaire une audience exigeante. D’autre part parce que dans le cadre de la vie de Curtis, on a plus souvent l’impression qu’elle n’est faite que de bas…

Pourtant, le scénario suit les aventures professionnelles et personnelles du charismatique chanteur sans temps mort (en dépit d’un rythme lent). Chaque élément de la vie de Curtis (mariage, première scène, rencontre avec Annik, naissance de sa fille, épilepsie, etc.) tend à décrire son état émotionnel et l’impasse dans laquelle il était arrivé. Le film porte un regard juste et objectif sur 3 ans de sa vie, les plus fous et les plus sombres, de manière à montrer comment un jeune homme de 23 ans, aux portes d’une gloire en passe de rentrer dans l’Histoire du rock (la fameuse tournée américaine), choisit de mettre fin à ses jours.

Bien sûr, on pourra mettre cela sur le compte de la maladie (même s’il avait tendance à en jouer dans les prestations scéniques) ou sur le caractère chaotique de sa vie entre ces deux femmes qu’il aimait de façon différente ; et cela ne serait sûrement pas faux. Mais comme souvent, le suicide d’un artiste est souvent conditionné par un mal-être bien plus profond, résultante d’une demande sans cesse renouvelée d’un public exigeant qui n’a que faire des états d’âme d’un rocker. Il suffit de regarder l’histoire pour avoir des exemples, l’un des plus récents et des plus similaires est sans conteste la vie et la mort de Kurt Cobain (Nirvana).

Derrière la caméra, nous avons la chance de ne pas avoir un opportuniste, mais un vrai amoureux du groupe. Anton Corbijn a d’ailleurs réalisé le clip de Atmosphere en 1988, et c’était un film qu’il avait besoin de faire, pour tourner la page, comme il dit. Filmé en noir et blanc, les images et plans choisis sont riches en métaphores et effets visuels simples et efficaces (deux personnages situés aux extrémités de l’écran pour signifier leur décalage affectif, Sam Riley filmé depuis l’intérieur du parc de sa fille pour signifier la prison qu’est sa vie familiale, etc.). On sent l’ancien photographe derrière chaque plan. Cannes ne s’y est pas trompé (et pourtant, le festival de Cannes et son palmarès, il me passe carrément au-dessus) en lui décernant quelques judicieux prix liés à sa mise en scène. Entre pudeur et romantisme noir, je ne vois pas comment il aurait été possible de faire autrement un film sur la vie de Ian Curtis !

Les acteurs semblent tous investis dans leur rôle et nous servent des prestations touchantes ou exaltées, à l’image de la vie de ce groupe de rock hors-normes. Mention spéciale à Sam Riley qui se glisse dans la peau de Ian Curtis plus vrai que nature dans son bouleversant tourment existentiel.

Enfin, il serait impensable de ne pas mentionner la bande originale d’un film sur Joy Division. On retrouvera She’s Lost Control, Love will tear us apart ou Atmosphere. On notera aussi une reprise de Shadowplay par The Killer, What goes on de The Velvet Underground, Problems par les Sex Pistols, Drive in saturdayTransmission et Warszawa de David Bowie, Sisters Midnight de l’album The Idiot d’Iggy Pop (produit par Bowie), celui que Ian Curtis s’est passé en boucle alors qu’il rédigeait la lettre décrivant ses intentions finales… Bref, si vous aimez les 70’s et Joy Division, vous serez aux anges (et si vous n’aimez pas mais que vous allez tout de même vous chercher la galette de Control, j’aurais pas perdu ma journée ni le temps dédié à cette chronique).

Control est un superbe film, un bel et touchant hommage à la vie de Ian Curtis, que je recommande plus que vivement – bien évidemment à tous les amateurs de Joy Division, mais aussi à tous les curieux. Une vraie et magnifique réussite !

Nan, sans dec’, matez ce film !

Publicités
commentaires
  1. Will B. dit :

    J’aurai ajoute que pour les gens qui sont interesse par le sujet, mais reculent devant le ton tres serieux et sombre de ce film, on peut chaudement recommande 24h Party People en complement, dont la premiere partie tourne autour de JD/NO.

  2. […] est un film réalisé par Matthias Hoene, avec Rasmus Hardiker (Your Highness), Harry Treadaway (Control), Michelle Ryan (Metal Hurlant Chronicles) et Alan Ford (Snatch), sur un scénario de James Moran […]

  3. […] : Control. On continue sur le recyclage vil des chroniques que j’ai déjà faites sur des matériaux qui ont aidé à l’inspiration de Lithium Breed. Ce film-là a beaucoup […]

  4. […] touchent par effet de bord un sujet que j’aime (genre biopic + musique = The Runaways/Control). Du coup, comme le film parle de baseball et notamment du premier Noir en Major League dans une […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s