Secret Origin: The Story of DC Comics est un documentaire sur la firme pionnière de l’industrie du comic-books, réalisé à l’occasion de son 75ième anniversaire (2011) et narré par l’inénarrable Ryan Reynolds parce qu’il endossait à la même époque le costume numérique du Green Lantern.

Vous ne connaissez rien à DC ? Vous haussez le sourcil quand je fais des chroniques comics ? Vous êtes curieux d’en apprendre plus sur un pan tout entier de la culture américaine ? Alors ce documentaire est fait pour vous !

Retraçant toute l’histoire de la société depuis sa création (et son contexte économico-social) jusqu’à l’année dernière, ce documentaire est une véritable mine d’informations pour le néophyte et pour l’expert (qui ne manquera pas d’apprendre une ou deux choses dans le tas).

Avant l’arrivée de Jerry Siegel et Joe Shuster, le monde du comic était essentiellement régi par des pulps (western, policier, horreur, romance et même romance très légère). Et puis ce couple de fils d’émigrés juifs canalise leur somme de frustrations dans la première figure iconique d’un genre : Superman dans Action Comics #1 (Juin 1938). Le super-héros en tant que genre est né, et il va engendrer une multitude de clones et dérivés en collants.

Il est amusant de noter que dans cette époque (le Golden Age) la plupart des héros créés restent des avatars fantasmés des ambitions de leurs créateurs. Superman se veut le défenseur de la justice pour tous (quand Siegel et Shuster étaient des maigrichons à qui on piquait les paniers repas à l’école, Batman est un playboy milliardaire (ce qui résume assez bien les aspirations de Bob Kane et Bill Finger) et Wonder Woman – sous ses allures de femme guerrière – n’en reste pas moins une iconographie saisissante de l’imagerie érotique du bondage (wait ? what ? si si… Sous ses allures de féministe convaincu, il semblerait que William Marston et sa vie conjugale débridée aient déteints sur les intentions premières des aventures de l’amazone…).

Emporté par ce trio, DC (qui ne s’appelait pas encore comme ça) va emporter toute une génération de lecteurs avides de nouveautés dans des aventures toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Et les astuces d’écriture pour rameuter toujours un peu plus de lecteurs se multiplient : l’apparition des side-kicks adolescents et ce coup de génie que fut Captain Marvel (un gamin de 10 ans qui devient un adulte super-héros en criant Shazam!). La plongée dans l’envers du décor est très intéressante.

Le documentaire ne manque pas de s’attarder sur la phase d’après-guerre, avec l’arrivée du comic code qui aurait pu causer la mort au sens littéral des comics (d’ailleurs à part ce même trio, tous les autres personnages du catalogue ont été enterrés sous l’autel de la rentabilité). Il faut d’ailleurs souligner l’importance du rôle de Bill Gaines, éditeur de comics qui fut l’unique représentant des imprimés accusés de pervertir la jeunesse… La vraie question était donc de savoir comment relancer une industrie qui n’avait les faveurs que de ses lecteurs (les ados, quoi).

Et c’est là qu’arrive Julius Schwartz, nouvel éditeur chez DC, qui décide de relancer des vieilles licences en les réactualisant de façon plus réalistes (1956, on est rentré dans l’ère atomique et scientifique) : Flash et Green Lantern seront les nouveaux fers de lance de la firme pour rattraper les guignoleries de Superman et de Batman qui jouent aux pompiers… Silver Age, Bronze Age, le comic de super-héros (entre autres) vit alors ses meilleures années. Au passage, l’initiative et le travail de Schwartz a aussi permis de lancer Marvel…

Le documentaire prend également le temps de présenter le gros travail de DC/Warner Bros avec les médias, notamment la radio puis la télévision. Inutile de mentionner les séries télévisées de Wonder Woman, Batman (et les pim pam poum d’Adam West et Burt Ward), mais j’ai découvert les images de la première série animée de Superman des studios Fleischer (1941-42) et la qualité est super impressionnante. Elle inspirera d’ailleurs la série animée Batman que tout le monde a connu dans les années 90.

Superman au cinéma avec Christopher Reeve, les premiers Batman de Burton… la mort de Superman, le Dark Knight de Frank Miller, Alan Moore et ses Watchmen, Neil Gaiman et son Sandman (qui était a l’origine un personnage né après l’apparition de Superman et décédé bien avant la fin du Golden Age), la crise économique, l’arrivée de Karen Berger, la montée de la gamme Vertigo… Le documentaire est très, très, très dense en informations à ingurgiter et vous en aurez pour votre argent.

Quand Ryan Reynolds ne narre pas, la parole est laissée à des grands créatifs de la boite, de ceux qui ont marqué l’histoire de DC d’une façon ou d’une autre : Neal Adams, Neil Gaiman, Mark Waid, Julius Schwartz, Dwayne McDuffie, Jim Lee, etc. Sa réalisation est très bien faite, entre images d’archives et mise en scène « 3D » des images papier.

Ouverture de parenthèse: derrière les propos historiques du documentaire, il convient de souligner que, finalement, les vrais héros sont les artistes qui ont contribué à créer et recréer un genre et à nous faire rêver ! Rien pour ça, il vaut le coup d’œil !

En fait, au bout d’un moment, vous constatez que même si certains interviewés n’hésitent pas à cracher un peu dans leur propre soupe, c’est plus un effet comique qu’autre chose. Malgré les hauts et les bas, l’important est de présenter DC sous son meilleur jour ! Vous n’aurez donc pas le droit à des comparatifs avec la firme Marvel. Encore moins sur la pilée que celle-ci met à DC sur grand écran…  (on insiste plus sur le petit, disais-je) Vous ne serez pas noyé avec des détails insignifiants ou prise de tête (il ne sera fait aucune mention aux crisis, reboot et compagnie par exemple). Bref, ça reste un objet de propagande marketing bien calibrée. Les origines de DC n’ont rien de secrètes à l’heure de l’internet mais on surfe comme on peut sur ses propres vagues

Toujours est-il que ce documentaire est une mine d’or pour tous les amoureux des vrais super-héros (ça va… je n’avais pas encore lâché de troll à l’encontre de Marvel) et que vous en apprendrez beaucoup sur les origines de ceux-ci et les bouleversements qu’ils ont connus avec la firme tout au long de 75 années. Un indispensable pour qui se dit attaché à la culture comics. En plus, il est désormais disponible en DVD et en français !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s