Aujourd’hui, c’est mercredi. Et comme j’ai la flemme de faire un article cinoch, que je n’ai rien lu de spécialement nouveau et que j’ai pitié des gens qui râlent sur mes « Journal en Bordeciel » parce que Skyrim leur passe complètement au-dessus, j’ai décidé de faire un billet d’humeur. Oui, ça arrive. Et quand je dis humeur, je vais essentiellement regarder ce qui se passe d’un œil objectif en posant des questions.

Les plus fins limiers auront déjà mis en juxtaposition le titre de l’article du jour avec le premier paragraphe. On va parler de Kickstarter (et assimilés) et de la folie qui règne autour en ce moment. Pour les deux-trois du fonds qui ne savent pas ce qu’est Kickstarter, cours de rattrapage !

Kickstarter est un site en ligne de financement participatif. Un type X décide de lancer un projet Y pour lequel il a besoin d’une certaine somme d’argent Z à récolter durant une période T. Pour arriver à Z, X a défini des micro-sommes z1, z2, z3, etc. qui correspondent à des paliers d’investissements. N’importe qui (x1, x2, … xn) peut alors dépenser z1 ou z2 ou z3 sur le projet Y. Plus l’investissement z est grand, plus X récompense les xn qui ont dépensé des z. Quand la somme des n fois z atteint Z, le projet est OK. Les xn ne seront débités de leurs investissements si et seulement si la somme Z est complètement atteinte ou dépassée et uniquement après que T arrive à échéance. Les xn ont donc l’assurance – sur la bonne foi de X – que le projet Y sera porté à terme grâce à Z.

C’est clair, non ?

Le financement participatif existe depuis un moment pour tous les milieux (jeux, design, livres…) mais il a été médiatisé par l’arrivée de Double Fine Production qui a lancé un appel pour faire un jeu vidéo point & click old school et a demandé aux éventuels futurs joueurs de mettre des billes dans l’aventure. La durée moyenne pour lever des fonds est en moyenne d’un mois.

DFP avait levé ses fonds pour créer son jeu en moins de 24h. Et on ne parle pas de quelques dizaines de milliers d’euros. On parle de centaines de milliers d’euros. A la fin de la période T définie plus haut, DFP avait réuni 3,336,371$ auprès de 87,142 personnes… Voilà qui donne le vertige et un bon coup de pied dans la fourmilière du jeu vidéo ! Inutile que tout le monde du milieu a surveillé de près ce qui s’est passé et que ça a remis quelques idées en place :

  1. Les joueurs ont envie d’être investis et d’investir sur un projet qu’ils ont envie de se voir créé !
  2. Les jeux d’aventure point & click ne sont pas morts ! (et ce n’est pas Pendulo qui dira le contraire…)
  3. Si n’importe qui peut lever des fonds pour créer son jeu, ça veut dire quoi pour les grands majors ?
  4. Et après ?

Depuis l’effet Double Fine, pas moins de trois projets de jeux vidéo d’envergure ont été entièrement financés via Kickstarter (The Banner Saga, Shadowrun Returns, Wasteland 2) et continuent de recevoir de l’argent pour avoir un jeu encore meilleur. Il semblerait que Kickstarter se révèlent un modèle économique viable pour les studios de développement indépendants qui ne veulent ou ne peuvent être financés par les fameux majors (EA, Ubi et compagnie). Le projet est clairement défini auprès de la cible, le marketing est assuré par la cible, les fonds donnés par la cible… Le joueur et son expérience finale sont au cœur du projet de jeu, et ça, ça reste l’élément moteur d’un vrai bon jeu.

Oui, mais…

On s’extasie devant la performance de Double Fine, on parle bien évidemment de ses suiveurs qui s’auto-financent, certes de façon moins impressionnante mais qui s’auto-financent tout de même, sauf qu’on oublie de mentionner un détail qui a son importance et va remettre tout l’objet du financement participatif en perspective.

Derrière Double Fine se cache (à peine) Tim Schafer ! Qui est Tim Schafer ? Rien de moins que le mec à l’origine des jeux d’aventure les plus cools du monde : Monkey Island 1 et 2, Day of the Tentacle, Grim Fandango, Full Throttle ! Quand un type comme Tim Schafer annonce au monde entier « Je veux refaire un jeu comme avant, qui a envie ? » évidemment que le monde entier dit « Moi ! » et investit ses 15 euros pour s’assurer une copie digitale du jeu. Le risque pour Double Fine était minimum (présent, mais honnêtement, minimum). Et réunir plus de 3 millions de dollars, c’est un gigantesque pied de nez à la profession : « Regardez, Tim Schafer va faire du Tim Schafer, c’est ça qu’on demande, pas la cinquième suite d’une licence sucée jusqu’à la moelle ».

Derrière Shadowrun Returns se cache Jordan Weisman, le créateur original du jeu de rôle ! Qui de mieux pour assurer un jeu qui collerait mieux à une licence et son intégrité que le type qui a créé la licence ?

Derrière Wasteland 2 et sa levée de fonds de 2 millions de dollars se cachent les créateurs de la licence originale ! (Je vous fais grâce des noms, mais ils ont le droit à leur page wikipedia…) Qui de mieux que… cf supra.

Derrière The Banner Saga se cachent des anciens de Bioware (ce qui n’est pas rien mais reste moins impressionnant que supra) qui ont eu l’intelligence de proposer du caviar pour leur cible : un tactical-RPG dont le graphisme lorgne vers Disney. Dans l’overdose de 3D, de l’animation à la main va faire du bien. En plus, c’est du T-RPG, un genre pour hardcores qui a envie de ça.

En gros, ce que j’essaie de faire comprendre c’est que les projets Kickstarter qui, réellement, reçoivent des fonds sont menés par des figures de proue de la profession ! Et si on regarde les autres projets Kickstarter, c’est relativement du même ordre ; comme ce film d’animation basé sur une nouvelle de Neil Gaiman (soutenu en sus par Gaiman, alors bon).

On revient à la galère de base du wannabe : si t’es pas connu, t’es pas connu. Je doute que si je lance un projet Kickstarter de super jeu vidéo (« si si, je vous jure » que je mettrais même dans la description) je reçoive 100 000 €. Un « nom » attire généralement du monde ; et c’est en ça que le buzz autour de Kickstarter est un rien biaisé. Je dis ça, mais c’est particulièrement cool pour les projets qui se montent qui ont l’air tous plus alléchants les uns que les autres, et surtout avec une vraie liberté artistique.

Partant de ce principe, on pourrait imaginer des Alice Cooper, des James Cameron, des Georges RR Martin, des Shinji Mikami sur Kickstarter et ils n’auraient aucun mal à se faire subventionner dans une plus grande liberté artistique. D’où la question sous-jacente, mais pourquoi ils ne le font pas ?

Pourquoi je parle de cette plateforme de crowdfunding ? Parce qu’il m’est venu à l’idée d’auto-financer via des kickstarter-like 2 projets. Le premier était mon court-métrage fantastique budgeté à 10000 € (limite basse). Le deuxième était un jeu de société (que j’ai absolument pas budgété). Et pourquoi je ne le fais pas ? me demanderez-vous.

  • Déjà, dans le cadre du court-métrage, ça implique des enfants-acteurs et un tournage de nuit, et la législation est sans concession à ce sujet. Sachant que mon métier, c’est scénariste, pas producteur, il est nettement plus raisonnable que je trouve des collaborateurs capables de gérer en toute transparence ce genre de choses. Même désespéré pour ce court, j’ai encore assez de lucidité sur mes capacités.
  • Ensuite, ce genre de projets participatifs passent généralement par une phase de gestation durant laquelle un certain nombre de personnes doivent d’abord investir pour se voir proposer à des cercles étendus. Non pas que je doute dans les capacités de mes amis à investir 10 euros, c’est qu’une fois les amis sollicités, il faut vendre sa came à des inconnus. Et là, un nom comme Tim Schafer aide bien. Ou à défaut du matériel à montrer (ce qui est plutôt léger dans le cadre d’un projet de film où il n’y a qu’un scénariste ou un projet de jeu où il n’y a qu’un game designer (oui, les gens, avant de voir si le jeu est cool, ils veulent d’abord s’assurer que le jeu est beau (et la beauté des prototypes sous Visio est toute relative))).
  • Enfin, ça demande un investissement en temps et en énergie pour un résultat sans garantie. Et quitte à n’avoir aucune garantie, pourquoi ne pas continuer d’harceler des éditeurs et de faire des trucs dans son coin ? (Et puis, il y a encore cette histoire de lucidité, aussi).

Imaginons que je propose mon projet de jeu de société via Kickstarter et qu’Antoine Bauza fasse de même, sur exactement le même jeu, dans les mêmes conditions, le sieur Bauza aurait nettement moins de mal à réunir ses fonds. A juste titre d’ailleurs, les jeux d’Antoine Bauza sont super et il est rendu au stade où son nom sur une boite suffit à la vendre !

En d’autres termes, Kickstarter et compagnie c’est bien, mais c’est sûrement encore mieux si vous n’êtes pas juste un obscur bloggeur avec des idées qui peine déjà à se faire un nom via différents projets.

Finalement, la notoriété, c’est comme la richesse : une fois que tu l’as, tu l’as tout le temps ; le plus dur c’est de l’obtenir. Restent alors patience et chance… Tiens, un peu comme au Loto…

Un autre question que je me pose avec les projets Kickstarter, c’est leur portée à long terme. Parce qu’on est d’accord pour se faire un coup d’éclat (un court-métrage par exemple), c’est parfait. A la limite, le type qui arrive à vendre son projet de produit autour d’une machine à café pourrait se décider à fonder une société autour de ce produit. Mais quand on est une société qui vit autour de son jeu déjà financé, qu’est-ce que cela implique une fois le jeu terminé et vendu aux souscripteurs ?

  • Double Fine va-t-elle faire un nouvel appel pour un nouveau jeu ?
  • Double Fine réussira-t-elle à attirer de nouveau un EA ou Ubi pour produire son prochain jeu (ce qui n’est pas le but d’un éditeur indé, hein) ?
  • Double Fine aura-t-elle les épaules pour s’assurer un nouveau jeu sur les revenus bonus hors souscription ?
  • Ou énoncé autrement : Si le court terme me paraît bien assuré, y a-t-il une stratégie viable à long terme pour des entreprises qui se lancent via Kickstarter ?

Autant de questions dont nous aurons vraisemblablement des réponses en 2013/2014…

La vraie bonne nouvelle comme je le disais plus haut, c’est que Double Fine et son appel ont donné un bon coup de pied dans une ruche qui se sclérosait ! Et ça, c’est bien.

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