Aujourd’hui, c’est mardi. Et une fois n’est pas coutume, j’ai la flemme de faire un véritable article alors je vais parler du pseudo-buzz du moment : la dernière vidéo en date de Quantic Dream ! Vidéo que je me fais fort de placer sous vos yeux ébahis avant de détailler.

Alors, c’est joli hein ? Il n’y a pas à dire, les équipes de graphistes, programmeurs moteurs et en charge des effets spéciaux a fait du bon boulot ! (J’en profite pour saluer certains de mes ex-collègues qui ont probablement travaillé sur cette vidéo).

Mais à part ça… Que retenir de cette vidéo en soi ?

Elle a été présentée à la dernière GDC en date et fait figure de démo technique. En d’autres termes, rien de ce que vous avez pu voir n’est le reflet d’un jeu, d’un personnage ou d’une histoire en cours de développement dans les studios parisiens. C’est juste du show-off façon court métrage pour impressionner la presse et les autres studios qui se lancent dans la grande vague hype de l’emotion gaming.

Ouverture de parenthèse. L’emotion gaming, pour faire simple, consiste en une certaine frange de la population des jeux qui mettent l’accent sur le réalisme des graphismes et de l’histoire pour proposer une expérience ludique vivide à tout point de vue, en particulier sur l’animation physique des personnages. Du coup, depuis LA Noire, c’est un peu la course à celui qui aura la plus grosse (technologie) et saura capturer au mieux les performances d’acteurs (en particulier les expressions faciales). Je n’ai pas eu l’occasion de me frotter aux dernières productions type « emotion games » (LA Noire donc, ou Heavy Rain, ni même Alan Wake… trois jeux aux partis pris radicalement différents que je range dans la même catégorie parce que je suis un dingue dans ma tête), mais c’est le genre de jeux qui me parlent. A côté des jeux carrément débiles, comme Parodius. Tiens, faudra que je vous parle de Parodius, un jour. Fermeture de parenthèse.

Donc, voilà. Kara est une démonstration de ce que sont capables de faire les gens chez Quantic Dream. Sauf que voilà, la vidéo (et le moteur associé) semble dater d’il y a un an aux dires des informations que j’ai pu glaner sur la toile. Nous avons donc une démo technique qui dit : « on est capable de faire ça, mais c’est rien comparé à ce qu’on peut faire maintenant ». La magie de la promotion spéculative et de l’envie de se faire mousser. En même temps, David Cage a bien raison de se faire mousser : Quantic Dream est a peu près le seul studio français qui affichent des ambitions démesurées pour rester sur la scène internationale (je ne vais même pas mentionner Ubi, dont la dénomination de « studio français » est désormais sujet à caution avec ses implantations au Canada, en Suède, en Chine et j’en passe).

La vraie nouveauté de la capture physique des acteurs, c’est qu’elle a été effectuée d’une traite avec plus de soixante caméras. C’est-à-dire le corps et le visage en même temps pour s’assurer d’une plus grande fidélité des émotions et des expressions faciales. Et c’est là où je me gausse doucement dans mon coin. Quel est l’intérêt de se pavaner en sortant cet argument quand, de manière très objective (il suffit de revisionner la vidéo) :

  1. on filme un androïde en construction (donc une femme-tronc),
  2. on choisit de ne mettre quasiment QUE des gros plans sur le visage ou des parties de visages.

Je pose la question. C’était bien la peine de filmer l’intégralité du corps de l’actrice tiens ! Au passage, l’actrice s’appelle Valorie Curry.

Même si ce n’est absolument pas le propos de la démo, je ne peux m’empêcher de souligner l’incroyable platitude du traitement de l’histoire. Les choix artistique et scénaristique pour supporter la nouvelle démo technique me semblent d’une rare faiblesse.

Déjà, je trouve cela extrêmement cliché de prendre pour protagoniste un androïde afin d’appuyer la volonté de Quantic Dream de donner à ses personnages un véritable panel d’émotions. De mon point de vue, faire ressentir des émotions à une machine dessert le studio à deux titres :

  1. Si les émotions ne vous semblent pas crédibles pour une raison x ou y après avoir vu la vidéo, le contre-argument « c’est une machine » peut être recevable,
  2. Si on essaie de me vendre le nouveau moteur de Quantic Dream à base de « vous avez vu, on arrive faire transpirer des émotions d’un être synthétique », c’est plutôt raté tant il est facile aujourd’hui de surfer sur la vague d’humanisation des androïdes (moi le premier dans Réveils, hein)

A côté de ça, on nous place dans un décor unique et particulièrement froid. Ce qui prouve que la démo voulait uniquement nous prouver la puissance de capture. Sauf qu’un moteur qui sait bien calculer ce qui a été préalablement filmé ne fera pas forcément un bon jeu, au contraire d’un bon scénario.

Je ne vais même pas rappeler combien le thème de l’androïde qui prend conscience de sa propre existence et désire sa survie est éculé au possible dans le milieu de la SF (Blade Runner ou l’œuvre d’Asimov pour simplement citer les deux piliers). Sans parler du fait que  la démo n’est pas s’en rappeler un clip de Björk… Au final pour un studio qui cherche à en mettre plein la vue et se targue de proposer des histoires riches dans ses productions, je trouve que le sieur Cage s’est laissé aller à une facilité qui ruine un peu le leitmotiv dont il a fait le fer de lance de Quantic Dream : on fait des jeux à histoire.

(Et puis, je ne comprends pas spécialement pourquoi l’opérateur s’arrêterait de la démonter une fois qu’elle a hurlé qu’elle a peur… une autre facilité narrative).

Pour conclure, la démo Kara est jolie mais elle m’en touche une sans faire bouger l’autre… Il en aurait fallu plus pour réellement me convaincre (à se titre et à l’époque, je trouve la précédente démo The casting nettement mieux trouvé pour supporter l’argumentaire du studio).

Pour mémoire, le clip de Björk :

Pour mémoire aussi, la démo tech The Casting (ah bah oui, c’est plus moche que Kara, mais c’est plus vieux !)

Pour mémoire parce qu’on me l’a rappelée et que c’est toujours aussi cool à regarder, la séquence d’intro du premier film Ghost in the Shell !

commentaires
  1. DR67 dit :

    Je ne suis absolument pas d’accord avec toi. Je trouve que le sujet est bien traité.

    Ce qui est crutiale, à mon sens, dans ce court, c’est que l’opérateur arrête les machines au moment où Kara dit qu’elle a peur. Pas quand elle pense. Pas quand elle a conscience d’elle, ou ne veut pas mourir. Mais bien quand elle a peur : quand elle ressent une émotion.
    En ce sens, je me dis que le propose sert bien le message de comm’.
    (Dans la même thématique, XKCD propose d’ailleurs de remplacer les Capcha par la question « avez vous pleuré lorsque la mère de Petit Pied le Long Cou meurt ? »)

    Ce que j’admire particulièrement c’est la réflexion sur « qu’est ce qui fait qu’un être vivant est un humain? ». Et le court d’énumérer des possibilité pour les rejeter : ce n’est pas de pouvoir bouger comme un être humain, ou penser comme un être humain. Ce n’est pas de pouvoir faire de l’art, ni d’avoir conscience de soi, ni de rire. Mais bien la peur de mourir.
    Si je me souviens de mes cours d’histoire de l’évolution de l’Homme, on considère que l’Homo-truc est passer au level suivant lorsqu’il s’est mis à enterrer ses morts.

    Asimov est très peu traité le sujet puisque ses robots ont conscience qu’ils sont des robots. Il étudie l’Homme face aux robots pour savoir ce qu’ils sont et non les robots face à l’Homme pour savoir ce qu’est un Homme.

    Alors oui, le sujet de la preuve de l’humanité est un thème récurant, mais finalement pas plus que la révélation personnelle, le destin et les prophéties ou l’appocalypse. Et oui, dans les 10 premières secondes, j’ai pensé au clip de Björk.
    Il en reste un très beau court métrage. Simple et qui crée une connexion très rapidement entre Kara et le spectateur, là où un film peut avoir besoin d’un heure avant de faire la révélation de « oh, mon Dieu, en fait, c’était un robot ! »

    • Oliver Castle dit :

      Sinon, t’as juste le droit de dire que je suis un vieil aigri de la vie 🙂

      • DR67 dit :

        Non. On n’insulte pas les gens chez qui on va manger. On n’insulte pas les gens qui rédigent les blog qu’on lit.

      • Oliver Castle dit :

        Il n’empêche que, même en dépit de ton argumentation, j’attendais mieux de Quantic Dream et de sa Kara :p. Même en gardant le thème de l’androïde et 7 min, il y avait matière à faire mieux et à réellement tirer profit d’une captation complète.

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