Earth One: Superman est un comic-book scénarisé par J. Michael Straczynski (Rising Star, Babylon 5) et dessiné par Shane Davis.

En général, je commence toujours par un petit résumé de l’histoire avant de rentrer dans le vif du sujet. Cette fois, je m’en passerai. Car l’histoire, elle est simple, je l’ai d’ailleurs raconté dans deux autres chroniques : Secret Origins et Man of Steel. En poussant le vice plus loin, je l’ai aussi un peu fait avec Secret Identity et Red Son. En d’autres termes, hormis le fait d’avoir mis des retro-liens sur mes articles, Earth One: Superman redéfinit (encore) les origines de l’Homme d’Acier.

Sauf que les circonstances sont particulières. Pour être habitués à traîner vos guêtres sur mon blog, vous devez commencer à bien saisir que DC, Superman, Batman, Green Lantern et compagnie c’est un vaste bordel fait de continuités multiples, de Terres parallèles et de crises à répétition pour donner un semblant de cohérence à l’ensemble tous les 5 ans. La Terre 1 est une conséquence de la dernière crise (ou l’avant dernière… l’Identity Crisis qui a créé 52 Terres) et pour DC, c’est aussi et surtout l’occasion de se créer une ligne nouvelle, à la Ultimate de chez Marvel, pour redéfinir leurs personnages dans un contexte moderne, réaliste et surtout détaché de tous les a priori qui polluent l’image qu’on peut avoir d’eux (au hasard « ah oui, Superman, c’est le boyscout en slip rouge ! »). Bon, ensuite, ne me demandez pas comment s’insère Earth One dans le gigantesque reboot de septembre dernier… il semblerait que les deux univers co-existent sans se regarder et c’est tant mieux !

Et pour lancer la ligne, quoi de mieux que Superman ? Attaché au projet, on retrouve J. Michael Straczynski (un grand nom multi-récompensé pour ses comics ou ses scripts ciné/TV) qui a carte blanche pour faire ce qu’il veut du personnage, de l’univers, son passé, son futur. Idem avec Shane Davis qui est libre de faire ce qu’il veut avec les designs.

Avant de m’attarder sur les scénarios, un petit mot sur les dessins. C’est magnifique ! Vraiment magnifique ! Les dessins sont soutenus par une mise en couleur aquarellée du plus bel effet. On retrouve Clark dans la peau d’un jeune adulte de 21 ans, il est donc naturel que son design ait été remis au goût du jour avec jeans, blouson de cuir et sweat à capuche. Pour ceux qui s’étrangleraient déjà, attendez d’arriver au moment où je parle du travail de Straczynski pour mieux comprendre les raisons de ce choix. Le design du costume a également été revu, et très honnêtement, Maman Kent a fait du très bon boulot avec sa machine à coudre, c’est pour moi le costume le plus classe qu’il ait jamais porté à la fois classique et pourtant moderne. L’histoire fait intervenir un méchant totalement inédit avec un look qui mêle science-fiction et David Bowie ! On retrouvera également d’intéressants vaisseaux extra-terrestres et des mecha bien classes.

En résumé, Earth One: Superman est le plus beau comic-book sur le personnage qu’il m’ait été donné de lire, avec une vraie identité graphique. Et pourtant, j’étais persuadé que Birthright avait établi une espèce de mètre-étalon dans la prise de risque graphique avec Supie.

Vous avez déjà compté le nombre de fois où je râle contre les scénaristes qui ne font rien du personnage de Superman, qui l’effleurent à peine ou se contentent de resservir les recettes qui ont bien marché de par le passé ? Alors vous serez ravis d’apprendre que le scénariste a fait un vrai bon gros travail de caractérisation du personnage. J’ai enfin pu lire le Superman que je voulais lire depuis des années ! Au quatrième de couverture, il y a nombre de citations de gens influents dans le milieu et proche de Superman. Richard Donner (Superman I et II) encense le travail des auteurs, David Goyer aussi, un autre aimerait avoir écrit ce livre (moi aussi, accessoirement !).

Petite parenthèse sur Goyer. C’est le scénariste du prochain Superman au cinéma. Au regard de ce qui a été dit en interview et des premières images, je ne pense pas me tromper en disant que la façon dont sera abordé le personnage dans sa nouvelle version sera proche de celui-ci dans sa partie génèse.

Pour la première fois, quelqu’un se pose la vraie question de savoir qui est Clark Kent/Superman. On en avait un aperçu léger dans les films de 78 avec ce Clark Kent un peu exclu. Dans Earth One, la logique est jusqu’au-boutiste. Superman est seul. Superman est un être seul, de par sa nature même d’extra-terrestre. Il ne peut pas s’intégrer. On retrouve au donc un début du graphic novel, un Clark Kent en pleine crise existentielle sur ce qu’il doit faire de sa vie. Ça arrive à tout le monde, mais lui se retrouve face à un choix, un vrai choix : abandonner sa nature et ce qu’il est pour s’intégrer avec un vrai boulot (joueur star de football, scientifique, entrepreneur, il peut tout faire) ou abandonner son humanité pour devenir une icône pour le monde. Evidemment, ses parents l’ont bien mis en garde, car accepter d’enfiler le costume de Superman c’est non plus être seul par défaut, c’est choisir d’être à jamais seul…

Et toute la problématique de Clark Kent est là : dans quelle mesure peut-il accepter de sacrifier sa vie ? Bon, évidemment, il va mettre son costume, mais le cheminement qui l’amène à le faire n’est pas dicté par sa mythologie classique (qui, pour rappel, est de sauver Lois Lane d’un crash de son avion).

Dans Earth One, toute la mythologie est explosée, tout ce qui est borderline rigolo est littéralement évacué : exit le S comme sigle familial, exit les tolérances faciles introduites par Smallville, exit la Forteresse de Solitude et l’enseignement de Jor-El (de facto, il ne sait vraiment pas qui il est, ce qui renforce le propos sus-décrit), exit je vais travailler au Daily Planet par défaut, exit tout un tas de trucs inutiles en fait. On ne garde que ce qui sert le personnage dans son apprentissage, à savoir son exclusion forcée et sa quête identitaire, son caractère très intelligent et ses parents (et l’acte fondateur et fondamental qu’est le décès de son père). Earth One répond aussi à une vraie interrogation : qui est Superman par rapport à Clark Kent ? Encore une fois, le film de 78 donnait une bonne interprétation. On retrouve la logique ici : l’entité véritable du personnage, c’est Superman ; le masque c’est Clark Kent (ce que Smallville a massacré en bonne et due forme…) ! Une fois cette vérité rétablie, le personnage de Clark Kent s’inscrit dans une perspective réfléchie et un acte qui définit son rôle et son placement choisi en tant que icône du peuple.

L’histoire réserve son lot de surprises qui réogarnisent la mythologie classique, et je laisse aux futurs lecteurs le soin de les apprécier. Il faut bien noter que Superman n’est pas le seul à se voir redéfini et recaractérisé : Jimmy Olsen prend vraiment une autre dimension, Perry White reste proche de ce qu’on lui connaît et Lois Lane a définitivement laissé son côté cruche au placard (même si elle est finalement peu présente dans ce premier volume). De nouveaux personnages sont introduits (comme le Major Lee) et devraient contribuer à dissocier Earth One de l’univers classique.

Certes, Earth One est post- Batman de Christopher Nolan et nombre de critiques avait mis en avant le fait que ce Superman soit sombre et torturé et plein de questionnements. C’est de mon point de vue la meilleure des façons d’aborder la légitimité du personnage : c’est littéralement un dieu, il a le pouvoir de vie ou de mort sur le monde, il n’est pas à prendre à la légère comme personnage. L’édition US cartonnée (de fort bonne facture) propose une interview de Superman par Clark Kent, celle-ci révèle beaucoup de choses sur le personnage de Superman, y compris ce que je viens de signifier : à partir du moment où il assume son identité et la cape, il assume de vivre avec l’idée qu’il est aussi responsable de la mort de milliers de personnes… Comment voulez-vous en faire autre chose qu’un personnage torturé ?

Je disais que l’édition que je possède est US. Comme d’habitude, les approximations des parutions étant ce qu’elles sont, je ne doute pas qu’il finira par arriver chez nous… Faudra juste être très patient. Ceux qui possèdent un anglais scolaire ne doivent pas bouder leur plaisir. Oubliez Secret Origins et son consensualisme puant ! Earth One: Superman est, pour moi, la meilleure histoire qu’il m’ait été donné de lire sur le personnage ! Un poil devant Birthright, un poil devant Secret Identity, mais tout de même la meilleure ! Vous avez le droit de ne pas aimer ce qui a été fait avant du personnage, j’espère avoir convaincu les plus réfractaire que celui-ci valait le coup. Les pro-fans du personnage, foncez !

La couverture du tome 2 vient d’être révélée… Dommage qu’elle soit un peu moche à certains égards…

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commentaires
  1. Vinsymbol dit :

    ne parlons même pas du reboot DC…. y’en a marre de revenir sur les même persos alors qu’on arrive même pas à leur faire vivre des aventures palpitantes avec l’existant. Je reprends le mot de mon post d’avant PARESSEUX!!!! Ca fait 20 ans que ca dure. Il avait fait le ménage avec Crisis mais ca n’a pas suffit.
    Je ne trouve pas que Birthright soit si révolutionnaire que ca niveau graphique même si j’aime bien Leynil Yu, je lui ai préféré Quitely sur All Star (mais les gouts et les couleurs). Ca ne reste pas très risqué niveau dessin et couleur. Prenons de vrai risque comme avec Dave mac Kean sur Arkham Asylum… ca se sont des risques!!!
    Une belle colo ne fait pas une bonne BD… quant au dessin, tu m’excuseras mais… Reste l’histoire et là tu m’as convaincu d’y jeter un coup d’oeil.

    • Oliver Castle dit :

      J’ai lu aucune histoire du reboot pour pouvoir le juger correctement. J’ai toutefois entendu le plus grand bien de Action Comics, Aquaman et d’autres…
      Alors il y a une petite confusion entre style du dessin et le design. Ce que je salue dans cet Earth One et Birthright, c’était la prise de risque sur les designs, et notamment le parti-pris un peu SF de Birthright et Earth One. Après les goûts et les couleurs… Il est délicat de comparer Quietly, Davis ou MacKean…
      Oui, va donc jeter un coup d’oeil 🙂

  2. Vinsymbol dit :

    ce blog n’est décidément pas clair lol mais pourquoi ai-je promis de le lire régulièrement. Comme je regrette cette conversation sur msn. Évitez tous les promesses à 10 heures du soir…

  3. […] visiblement une crise d’identité, je doute qu’elle soit aussi profonde que celle dans Earth One, mais ça va permettre visiblement de s’attacher au personnage sans le […]

  4. […] sur mon blog), du multivers et de la Terre 1 en particulier, je me fais fort de vous rediriger vers un précédent article qui explique les bases. Si vous avez oublié, même […]

  5. […] CONCHIE MR GOYER ! Si c’est pour faire un tel travail de sagouin en repompant ouvertement Earth 1 ou Birthright, adaptez l’un ou l’autre ! Au moins, la base est excellente […]

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