Never Let Me Go est un film écrit par Alex Garland (Sunshine, 28 jours plus tard) d’après un roman de Kazuo Ishiguro, réalisé par Mark Romanek, avec Carey Mullingan (Wall Street 2), Andrew Garfield (The Social Network) et Keira Knightley (Pirates des Caraïbes).

Kathy, Ruth et Tommy sont trois amis, trois pensionnaires parmi d’autres au sein d’une école privée, une institution coupée du monde où seuls comptent leur bien-être. Mais derrière le vernis d’une éducation trop propre se cache un terrible secret : ils ne sont que des organes sur pattes et, devenus jeunes adultes, ils doivent faire face à cette réalité et comment celle-ci va mettre à mal tout ce qu’ils ont vécu… Amour, amitié, rêves…

Etant passé à côté d’une sortie cinéma somme toute intimiste, cela faisait un moment que j’envisageais de regarder Never Let Me Go dont la bande-annonce m’avait bien alléché. J’aurais peut-être dû regarder ce film un autre jour qu’un dimanche pluvieux…

C’était terriblement déprimant. Un excellent film, aucun de doute là-dessus, mais un peu dur à digérer.

Sans aller jusqu’à comparer deux films qui n’ont strictement rien à voir, Never Let Me Go est la version intelligente de The Island (un film dont j’ai perdu la chronique au changement de blog… tant pis). Les deux traitent exactement le même thème : le clonage humain pour avoir accès à une banque d’organes. Sauf que The Island part en sucette passées 15 minutes en s’embourbant dans l’action grand spectacle mal foutue (Michael Bay oblige). Le film de Mark Romanek s’appuie sur un script solide (Alex Garland, tout de même), qui s’appuie lui-même sur un livre unanimement salué par la critique, propulsé très rapidement sur le devant des étalages à grands coups de « le livre de la décennie ».

A bien y réfléchir, j’aurais dû m’occuper du livre avant de voir le film !

Never Let Me Go est une histoire d’amour tragique dans une uchronie dystopique, sur une autre terre, dérangeante par son étrange familiarité intemporelle . Avant d’être un film de science-fiction, c’est d’abord une romance, un classique triangle amoureux. Trois personnages liés par un destin qu’ils ne contrôlent pas et par des relations complexes. C’est un film sur l’amour et l’amitié, et démontre bien comment l’un et l’autre s’emmêlent, comment l’un prend le pas sur l’autre par égoïsme, par peur, etc.

Mais c’est aussi une œuvre qui aborde une essentielle question dont on n’aura jamais vraiment la réponse : qu’est-ce qu’être humain ? Le clonage n’est un artifice très habile pour soutenir cette unique question. Il n’y a pas de réponse, la question n’est même pas évoquée telle quelle, mais elle est sous-jacente dans toutes les scènes, dans tous les actes pré-définis de ces enfants élevés comme des poulets en batterie. Est-ce qu’être humain se limite à l’amour ? A ce qu’on vit ? A ce à quoi on dédie sa vie ?

Il traite aussi subtilement du temps qui passe et du caractère précieux qu’il a, comment il peut être gâché, surtout par des personnages qui se savent à durée de vie limitée.

Même si j’avoue avoir un peu de mal avec la gueule d’Andrew Garfield et Keira Knightley dans sa phase anorexique (elle est franchement pas belle à voir, et en dépit d’une très bonne présence à l’écran, j’ai juste envie de lui filer un plat de cassoulet à manger), le trio d’acteurs principaux soutient parfaitement le propos du film avec des prestations justes qui soulignent les émotions sans verser dans le pathos. Leurs personnages n’ont pas à fuir des gouvernements qui les traquent, ils n’ont nulle part où aller, ils n’ont rien sinon la promesse de la mort et le besoin de se raccrocher au peu qu’ils possèdent : l’amour.

Le travail sur les couleurs renforce le propos du film. Elles désagrègent au fur et à mesure que la bobine avance, jusqu’à devenir très clinique à la fin du film (bleu, gris, blanc) et contribue à mettre en avant les propos du film (et accessoirement son caractère déprimant). La mise en scène est très soignée, élégante, peut-être un brin trop lente mais c’est souvent le rythme imposé pour ce genre de film. La musique est tellement discret que les silences en deviennent presque dérangeants pour le spectateur face à l’impuissance des protagonistes à emmener le film vers une happy end…

Never Let Me Go est sombre, beau, triste, intelligent, viscéral, tragique, poétique, bouleversant, subtile… indispensable. C’est tout.

Si vous avez un peu moins de goût, il reste toujours The Island

commentaires
  1. Non je crois que tu as bien fait de voir le film en premier, bien au contraire. Sinon tu aurais été forcément très déçu, non pas que le film soit mauvais, bien au contraire, mais le bouquin est d’une profondeur et d’une subtilité incroyables, difficile de rivaliser…

    • Oliver Castle dit :

      J’hésite tout de même à lire le bouquin maintenant… Déjà que j’ai pas réussi à finir La Route tellement c’était déprimant. J’ai peur que ce soit pareil avec celui-là :/

  2. […] réalisé par Max Giwa et Dania Pasquini avec Nichola Burley (Love + Hate), Charlotte Rampling (Never Let Me Go) et plein d’autres danseurs qui se font […]

  3. […] par Nicolas Winding Refn (Bronson) avec Ryan Gosling (Crazy, Stupid, Love), Carey Mulligan (Never Let Me Go), Ron Perlman (Sons Of Anarchy), Bryan Cranston (Breaking Bad) et Albert Brooks (Taxi Driver), sur […]

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