Torchwood: Miracle Day

Publié: 21/09/2011 dans Télévision
Tags:, , , , , , , , , ,

Miracle Day est la quatrième saison de la série Torchwood, toujours avec John Barrowman dans le rôle du Captain Jack Harkness et Eve Myles dans celui de Gwen Cooper.

Un jour, sur Terre, personne ne meurt. Le suivant, pareil. Et le jour d’après. Et le jour d’après. L’humanité a mystérieusement accédé à l’immortalité. Sauf le Captain Jack Harkness qui est passé du statut d’immortel à celui de mortel. Les deux sont forcément liés et Jack connaît trop bien le goût de l’immortalité pour savoir que c’est une malédiction. Et la Terre ne va pas tarder à la connaître…

Les amateurs de la série savent qu’à la fin de la saison 3, l’institut Torchwood n’existe virtuellement plus. C’est donc une nouvelle page qu’il reste à écrire pour la série. Page qui s’écrit des deux côtés de l’Atlantique puisque la série est désormais co-produite par la BBC (UK) et la chaîne Starz (US). Toute l’action ou presque de la série perd son côté délicieusement anglais pour se laisser embarquer dans des aventures qui fleurent bon le gras de burger.

Je reste un grand fan de Doctor Who, bien évidemment, et de cette série qui en est dérivée. L’équipe créative aux commandes de Torchwood est globalement la même depuis la création de la série. Comme les trois saisons précédentes m’avaient toujours plu, il n’y avait pas de raison que cela change…

Et pourtant… Mon appréciation de cette saison fut à l’image des courbes d’audience américaine : plutôt basse. En terme de public, cette saison est très clairement un échec. Comment expliquer un tel vautrage sur les ondes américaines ?

  1. On ne va pas se leurrer, les USA restent un pays ultra-conversateur, avec des gens qui ont un tas de préjugés sans fondement. Et les scénaristes ont vraiment osé beaucoup de choses pour cette première saison produite par une chaîne de l’oncle Sam. Premièrement, la sexualité de Jack Harkness a toujours été assez floue. Dans cette saison, un cap a été franchi. Et comme Tochwood ne s’est jamais gênée pour montrer des scènes de sexe (c’est un peu une marque de fabrique), il est possible qu’autant de situations explicites à la télévision ait fait perdre une audience certaine du côté des homophobes de service.
  2. Ensuite, la série s’ouvre par un pédophile qui survit à l’injection léthale (et oui, plus personne ne meure). Pire, cet personnage odieux va devenir une espèce d’égérie adulée du peuple. En reliant cela au premier point, vous imaginez que nombre de dents ont dû grincer et faire chuter en flèche la côte de popularité de la série.
  3. La série manque de rythme. Habitués à travailler sur des épisodes one-shot ou des mini-séries de six épisodes, les créateurs n’ont pas su gérer les 10 épisodes qui leur ont été octroyés. La série aurait gagné à être compressée en 6-8 épisodes. Un départ mou du genou pour une série signe en quelque sorte son épitaphe. Les creux de la série étant dans les épisodes 3-4 et 7-8, ça fait deux beaux trous entre un départ chiadé et un climax très prenant (deux épisodes écrits par Russel T Davies, le créateur… je dis rien mais j’en pense pas moins)
  4. On aura beau dire, on aura beau faire, mettre le personnage de Jack Harkness ne suffit pas à faire du Torchwood. Et cette saison 4 n’est pas du Torchwood. Le fan de base ne retrouve pas les éléments qui ont fait le sucre de cette série : des monstres, un QG, de la technologie alien, etc.

Si les points 1 et 2 sont, de mon point de vue, uniquement à réserver à téléspectateurs américains beaucoup plus conservateurs que d’autres avec la bouillie vomie par la télévision, rien n’excuse les points 3 et 4 ! Et c’est dommage. C’est vraiment dommage.

Car la série propose, comme toujours, d’excellents thèmes de réflexion et les développe bien :

  • Le fameux personnage du pédophile (interprété par un Bill Pullman en grande forme) va se gagner une solide notoriété grâce à la télévision. C’est un tacle délicatement porté dans les parties intimes des médias et sur la façon dont la manipulation du public leur ait aisé. Ça montre aussi en filigrane combien la célébrité obtenue par les médias est aussi factice qu’éphémère.
  • Le postulat de base est extrêmement intéressant. Et si l’homme devenait immortel ? (Techniquement, l’explication est qu’il vieillirait trèèèèèès lentement.) Si l’homme devenait immortel, ça serait vite le bordel. Car les gens continuent de tomber malades et de souffrir mais ils ne meurent pas. Et les humains continuent de se procréer. La population augmente donc, de fait. Et pas qu’un peu. Ce qui implique des problèmes de gestion des ressources naturelles, de ressources manufacturées (la bouffe, les médicaments,etc.), l’effondrement des marchés, la délinquance, l’inévitable montée des extrêmes (gauche ou droite, au choix) et surtout la question « que faire des malades qui ne meurent pas ? ». Et la série traite intelligemment toutes ces questions et tacle encore une fois des institutions gouvernementales sans vergogne. (Vous noterez au passage que les Elfes gèrent beaucoup mieux leur immortalité que les humains…)

Et pourtant la sauce ne prend pas, parce que c’est trop long. Il faut attendre 8 épisodes pour avoir les mots « technologie » et « alien » placés dans la même phrase ! Et qu’on ne me parle pas des fameuses lentilles, un très beau deus ex machina. L’épisode 7 a été très mal géré pour le suspense de la série. En fait, de façon générale, le suspense de la série n’existe pas : on sait que Jack ne peut pas mourir (puisqu’il existe dans un futur Doctor Whoesque, en dépit de l’excuse « le futur peut être ré-écrit » que sortent les scénaristes) donc toutes les situations qui mettent en jeu la vie de Jack sont inutiles. Alors, on se retrouve avec une recette type Columbo, ou c’est le « comment ? » qui importe. En soi, ce n’est pas dérangeant, Columbo reste une très bonne série, c’est juste que ce n’est pas du Torchwood. La raison du pourquoi du miracle est aussi logique (on sait forcément que c’est lié à Jack) que bidon (C’est Dans Le Script).

En définitive, cette quatrième saison de Torchwood se résumerait en un « bien mais pas top ». Et ça ne tient pas grand chose : juste un problème de rythme et des facilités scénaristiques dont on se serait bien passées. Après une saison 3 vraiment dantesque, l’essai n’est pas transformé. Dommage…

Publicités
commentaires
  1. Eric Nieudan dit :

    Une saison en effet pas exempte de défauts, mais que j’ai beaucoup appréciée quand même. Et puis je dis fan de Jane Espenson 😉 Il a fallu que la licence s’américanise pour survivre et en même temps elle s’est technothrillerisée.

    J’en ai parlé sur mon blog et ça a généré dès discussions intéressantes, si tu veux venir voir.

    • Oliver Castle dit :

      Ouais, j’avais été jeté un œil sur ton blog quand je faisais mon article (histoire de voir si je suis le seul aigri de la toile). Le passage à sauce américaine a vraiment plombé le truc, alors que l’incursion similaire de Doctor Who (à une échelle moindre, certes) était cool. Ta technothrillisation est un intéressant point de vue… C’est juste pas du Torchwood vu de ma fenêtre (ou alors, il faudrait de la techno extra-terrestre :/, ce qu’il n’y avait pas). La prochaine saison sera déterminante (au moins pour moi)

  2. Eric Nieudan dit :

    C’est plus la même chose, on est d’accord. N’empêche que je trouve qu’ils ont très bien joué les cartes qu’on leur a données. Il ont gardé du fond et livré ce qu’on attendait d’eux. Je croise les doigts pour qu’on leur laisse une chance de transformer l’essai l’année prochaine.

    • Oliver Castle dit :

      Je pense qu’on aura une saison 5. Après, dans quelles conditions, je saurais pas trop te dire. Les audiences étaient vraiment basses sur Starz… Je prie pour un retour vers l’essence de la saison 3 ^___^

  3. […] Torchwood: Miracle Day […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s