Les Tours de Samarante

Publié: 14/09/2011 dans Lecture, Roman
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Les Tours de Samarante est un roman de Norbert Merjagnan édité par Denoël en grand format et Folio SF en poche.

Samarante est une ville tentaculaire, découpée en quartier à niveaux de vie variés et dans laquelle s’élèvent six mystérieuses tours. Triple-A est un gosse des rues fasciné par ces tours et va découvrir – malgré lui – l’envers du décor et le réel fonctionnement de la ville. Cinabre est une jolie fille qui a grandi dans une cuve, qui possède des pouvoirs « empathiques » et qui a le gouvernement aux fesses. Oshagan est le dernier fils d’une famille noble qui s’est exilé et s’en revient quérir vengeance après avoir retrouvé les dernières armes climatiques au monde… Trois destins qui vont se rencontrer…

Bon… J’avoue, ce n’est pas le pitch le plus sexy que j’ai pu faire pour présenter un livre que j’ai pourtant bien aimé, dans l’ensemble. Alors, je vais vous mettre le quatrième de couverture sur lequel un nombre certain de personnes ont dû travailler pour le rendre le plus attractif possible.

Il n’y a pas assez d’auteurs de SF francophone, je suis le premier à le reconnaître. En fait, des auteurs, il y en a ; c’est juste que je ne les lis pas, je suis aussi le premier à le reconnaître. Du coup, j’entretiens moi-même un système que je juge pervers, de surcroît alors que j’essaie moi-même de placer des romans de science-fiction sur le marché. Alors, un jour, je suis allé en librairie et j’ai dit que je n’allais pas prendre un auteur anglo-saxon et supporter la production française ! Mais bon, comme je suis pauvre, mon budget ne m’ouvre que les portes du poche. Et des auteurs francophones en poche, ça court nettement moins les étalages. Donc, pour bien les vendre et pour renforcer l’impact marketing sur le consommateur lambda qui ne sait pas vraiment ce qu’il cherche, les éditeurs rajoutent des bandeaux rouges sur les livres. Il y avait un bandeau sur les Tours de Samarante. Et comme je suis un peu mouton sur les bords…

Comment définir et juger au mieux ce premier roman d’un auteur inconnu qui fut édité par l’un des plus gros dealer de SF en France ?

Hermétique.

C’est systématiquement le premier mot qui me vient à l’esprit pour décrire ce livre. Hermétique. Ce n’est pas forcément un défaut, c’est juste l’effet qu’il m’a fait en lisant. Explications.

D’une part le monde dans lequel se déroule l’histoire, qui peut être une Terre dans un futur très lointain, est sûrement très clair dans la tête de l’auteur. Sur le papier, ça regorge de termes aliens qu’un lexique salvateur explique en fin de bouquin. D’où des allers-retours pas toujours appéciés ni appréciables (avec les risques de spoilers que ça implique). Comme c’est un monde étranger, les coutumes sont forcément étrangères. Et pas toujours très explicites. Forcément, il est un peu délicat de toujours faire l’effort intellectuel de s’immerger dans un univers dont les points de référence sont lointains.

D’autre part, le style. Non pas qu’il soit mauvais. Bien au contraire ! C’est même bien écrit, avec une justesse rare dans l’emploi des tournures de phrases et du vocabulaire. Mais j’aurais tendance à dire qu’il y comme un péché d’orgueil dans l’écriture. Ceux qui ont naturellement tendance à placer la science-fiction dans la catégorie « littérature populaire facile » ferait bien de s’accrocher à leurs bretelles. Parce que je n’ai pas forcément l’habitude de lire ce style, il en est sorti un sentiment de lutte perpétuelle en me disant que ça aurait parfois gagné en simplicité…

Vous êtes prévenus, ce livre s’adresse plus aux lecteurs hardcore de science-fiction qu’à l’amateur qui cherche un divertissement sans prise de tête (même si on met des bandeaux rouges dessus).

Ensuite, le deuxième mot qui me vient à l’esprit, c’est « exotique ».

Car l’univers décrit dans ce planet-opera cyberpunk post-apocalyptique n’est nullement dénué d’intérêt. Il est riche, on sent qu’on a lu que la partie immergée d’un iceberg. C’en est presque frustrant et ça appelle bien évidemment d’autres tomes pour continuer d’explorer des pistes lâchées l’air de rien dans un coin de page.

On suit avec plaisir les trois protagonistes dans leurs aventures respectives. Aventures un brin clichées et stéréotypées dans le genre… Oshagan reste une espèce de Conan brûlant d’un désir vengeresque (moi aussi, je fais des barbarismes si je veux), Triple-A est plus intéressant mais se cantonne au rôle du câblé désincarné, Cinabre pêche dans son côté trop « femme fatale/femme fragile ». Alors pendant longtemps, on se demande comment tout cela va finir par se mettre en place et comment ces trois êtres que rien ne lie vont se croiser. La trame générale, certes nébuleuse un bon tiers du livre et somme toute classique dans les deux autres tiers, finit par agréablement s’agencer et se résoudre dans un climax haletant. Il y a tout de même de très bonnes idées (la lèpre des machines, les armes climatiques…)

Les Tours de Samarante est un roman hermétique et exotique, à ne pas forcément mettre entre toutes les mains (surtout pas pour faire découvrir le genre). Mais les puristes de la science-fiction y trouveront sans l’ombre d’un doute une aventure fraîche et un monde dépaysant, loin des matrices ou de la SF de grand-papy, avec une écriture racée. Un coup très osé pour un premier roman, mais un coup de maître et un vrai succès critique ! Norbert Merjagnan, un auteur francophone à surveiller.

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