Le jeune homme, la mort et le temps

Publié: 15/08/2009 dans Lecture, Roman
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J’étais en train de déambuler dans le temple de la consommation sans objectif particulier en tête quand… Bon, d’accord, je cherchais un livre pour maintenir mon étagère toujours pleine en dépit de mes efforts pour claquer 4 bouquins en deux semaines. Le fait est que je me laissais guider par la fortune plutôt que par une envie précise. Il est à noter que lisant exclusivement de la SFF, la déambulation tourne plutôt court autour des quelques tables et étagères qui y sont consacrées (quoique nettement moins court que si je lisais exclusivement de la poésie anglaise du XVIIIe siècle).

Je regarde la table Fantasy et passe dessus à vitesse éclair. Je regarde la table SF sans être spécialement conquis par des ouvrages de  space-opera ou de cyberpunk que je finirai par lire un jour. J’échoue sur la table Fantastique en me disant finalement qu’aujourd’hui n’était pas une journée à dépenser de l’argent. Au milieu de Lovecraft que je me suis juré de ne jamais lire, je tombe sur un livre de poche à la couverture la plus moche qu’il m’ait été donné de voir pour un livre de genre.

C’est pas tant que c’est moche (mais en fait, si), ça me parait simplement improbable comme couverture (a fortiori pour ce livre – vous aurez bientôt le loisir de constater que ça n’a rien à voir avec la teneur effective de la trame narrative). Et pourtant, je me sens inexorablement attiré par ce livre.

Pourquoi ?

  • Parce que c’est un folio SF et, bien que ne faisant pas exclusivement de la SF, c’est l’une des rares collections de poche de genre à ne proposer quasiment que des textes de qualité ;
  • Parce qu’il porte le numéro 34, ce qui veut dire, pour qui connait un peu la collection, qu‘il s’agit d’une oeuvre classique (de mémoire, La Fondation d’Asimov porte les numéros 1, 2, 31, Fahrenheit 451 de Bradbury le 3, etc.) ;
  • Parce que ce livre s’appelle Le jeune homme, la mort et le temps et que c’est un titre qui en impose comme rarement un titre peut en imposer (nettement plus que Bid Time Return en vo…);
  • Parce que vous aurez vous aussi remarqué que l’auteur n’est autre que Richard Matheson.

Je suis une légende, L’homme qui rétrécit sont ces deux romans les plus connus (de part leur adaptation cinématographique notamment) mais il fut aussi également scénariste pour la Quatrième Dimension et Star Trek. Donc, sans prendre vraiment de risque, je me dis que ce livre doit mériter – en dépit de cette couverture –  que j’en lise au moins le quatrième de couverture.

À trente-six ans, Richard Collier se sait condamné à brève échéance. Pour tromper son désespoir, il voyage, au hasard, jusqu’à échouer dans un vieil hôtel aux bords du Pacifique. Envoûté par cette demeure surannée, il tombe bientôt sous le charme d’un portrait ornant les murs de l’hôtel : celui d’Elise McKenna, une célèbre actrice ayant vécu à la fin du XIXe siècle. La bibliothèque, les archives de l’hôtel lui livrent des bribes de son histoire, et peu à peu la curiosité cède le pas à l’admiration, puis à l’amour. Un amour au-delà de toute logique, si puissant qu’il lui fera traverser le temps pour rejoindre sa bien-aimée. Mais si l’on peut tromper le temps, peut-on tromper la mort ?

A partir de ce moment-là, c’est comme si je donnais déjà ma carte Virgin à la caisse…

Je vous le rabâche depuis une semaine, les Voies d’Anibus est l’un des meilleurs livres que j’ai pu lire. Vous n’avez pas de chance puisque maintenant je vais aussi vous rabâcher que Le jeune homme, la mort et le temps est l’un des meilleurs livres que j’ai pu lire. Pour enfoncer le clou envers ceux qui ne prennent pas mes mots comme parole d’évangile, cette oeuvre a reçu un World Fantasy Award du meilleur roman en 1976…

Je n’ai pas grande honte à dire que j’aime les comédies romantiques et que trois des textes que j’ai écrits et publiés tourne autour de romance. Mais force est d’avouer que Bid Time Return se pose probablement en maître-étalon en matière de romance et de fantastique, la plus belle histoire d’amour qu’il m’est été donné de lire en tout cas (ce qui ne manque pas de me faire sourire quand je vois tous ces moutons s’extasier devant Bella et Edward de Twilight…).

On pourra trouver le côté voyage dans le temps un peu fallacieux (voire facile) mais ce n’est pas cela l’important. L’important c’est cette histoire d’amour au delà du temps que vont vivre Richard et Elise, cet amour qui vous croire en l’âme-soeur tant ce qu’ils vivent est d’une pureté absolue, cet amour dans les moindres détails si parfaits qu’il n’est d’autre médium que la littérature pour l’expérimenter. Et les plus fleurs-bleues s’abandonneront sans complexe à l’histoire et frissonneront devant les obstacles qui se dressent contre le couple pré-destiné.

Au delà de l’apologie de ce roman, essayons de ne cultiver un peu. L’hôtel Del Coronado où se tient l’intrigue existe réellement et Matheson y a séjourné quelques temps pour s’imprégner de l’atmosphère et écrire.

Au regard de l’écriture, nul doute n’est permis quant au fait qu’elle recèle une part de fantasme de la part de l’auteur. De son propre aveu, l’idée de base du livre à germer dans son esprit alors qu’il vit un portrait de l’actrice Maude Adams. Sans entrer dans le détail, je dois avouer que je comprends sans mal l’obsession pour l’actrice quand Richard Collier/Richard Matheson est tombé sur ce portrait, il possède en effet quelque chose de fascinant…

Je fus déçu d’apprendre que Elise McKenna ne fut pas une actrice appartenant à l’Histoire. Cependant tout son personnage s’inspire de l’actrice Miss Adams : mère actrice qui voyage avec elle, les pièces de théâtre jouées ( The little minister – la pièce jouée dans le roman, Peter Pan, Roméo et Juliette, etc.), Barrie l’auteur de ses succès, son physique, 1953 l’année de décès, 1896 l’année charnière où elle devint une actrice vraiment reconnue et célèbre, son caractère…

Je me suis demandé pourquoi ne pas avoir utilisé directement le nom de Maude Adams au lieu de créer une Elise Mc Kenna identique en tout point. Après quelques recherches, je suppose qu’une relation saphique avec la poétesse de Acosta n’est probalement pas étranger au fait qu’il était préférable de façonner une Elise vierge et hétérosexuelle…

Le jeune homme, la mort et le temps est un vrai coup de coeur (le deuxième en très peu de temps) que je souhaite vivement faire partager et je ne saurais vous conseiller autre chose que de le lire. Vraiment.

Il est à noter pour les amateurs de cinéma qu’une adaptation assez libre du film a vu le jour en 1980, avec le regretté Christopher Reeve et Jane Seymour. Je ne l’ai jamais vu, mais à l’occasion pourquoi pas (bien qu’à choisir je préférerais sûrement relire le livre dans sa langue originale…).

Le billet du jour était long, à la hauteur du coup de coeur pour le livre, j’espère toutefois qu’il ne vous a pas assommés et suscité quelque intérêt…

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commentaires
  1. Caroldoc dit :

    1. Avoue que tu n’as placé le mot « saphique » uniquement pour faire des papouilles à ton compteur de visite
    2. Si tu veux on pourra se faire un double feature avec le film où Keanu Reeves ne peut communiquer avec sa douce qu’à travers d’une boite à lettre magique à Mallaig. Mais ne te sens pas obligé.
    3. Ha !

  2. fenrhyr dit :

    1. Non, pas spécialement. C’est un fait presque historique. Et puis, c’est plus classe que « lesbienne »
    2. Contre-argument : Keanu Reeves. Et puis, c’est bon, maintenant que t’as publiquement parlé de ce film, tu peux aussi faire ton coming out sur Grey’s Anatomy ^^
    3. Oh ?

  3. LizaLBB dit :

    Bonjour !
    J’ai découvert ce livre après avoir vu le film « Quelque part dans le temps ».
    Coups de coeur également pour le film et le livre. Merci pour votre article bien documenté.

  4. fenrhyr dit :

    Bienvenue Liza (j’ai cette tendance naïve à croire que les gens qui postent deviennent des lecteurs réguliers… enfin bref). Je suis content que mon article vous ait plu. A bientöt dans l’Asylum.

  5. Alexandre dit :

    Quelque part dans le temps, est une bouse qui n’a heureusement rien à voir avec le bouquin de Matheson.

    Il parait malheureusement que le film avec C.Reeves est aussi très mauvais. Si tu l’as depuis vu, je serais bien intéressé de savoir ce que tu en as pensé car je n’ose pas le regarder de peur de fixer à vie des images moches sur un texte génial.

    Un autre bouquin terrible sur les voyages temporels, moins bluette que celui-ci, mais aussi coup de coeur pour moi : « Mémo » du très bon romancier de SF André Ruellan.

    A plus

  6. Alexandre dit :

    Erratum.

    Pardonnez ma véhémence tout à fait déplacée.

    Ce n’est pas « Quelque part dans le temps » mais « Hors du temps » (The Time Traveler’s Wife) à quoi je faisais référence quand je parlais de bouse.

    Mille confuses.

  7. fenrhyr dit :

    Bienvenue dans l’Asylum Alexandre.

    Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir l’adaptation du film, mais je ne manquerais pas d’en faire un nouveau billet si jamais il venait à me tomber sous les yeux.

    J’ai noté Mémo dans ma liste d’achat. Merci.

  8. Marie dit :

    Bonjour! Je suis ravie d’être tomber sur votre article (par hasard!!!!!) qui m’a franchement convaincu de lire ce livre! un bon bouquin que je vous conseille (une belle romance également !) : Sans Parler du Chien de Connie Willis. J’espère que vous ne connaissez pas afin que vous puissiez vous plonger dans ce roman de SF qui traite également du voyage temporel 🙂

    Merci encore 😀

  9. fenrhyr dit :

    Bonjour Marie et bienvenue. Cet article commencerait-il donc à avoir une notoriété sur la toile vu le nombre de personnes qui tombent par hasard dessus sans en être déçu. Content qu’il fasse encore un adepte de ce magnifique livre de Matheson.

    Sans parler du chien… Je vais ptete me laisser tenter (ca va dépendre de ma motivation à continuer de ne pas lire les livres que j’ai déjà acheté mais que je ne lis pas). J’ai envie de lire plein de choses mais je suis embourbé dans Fondation pour le moment.

  10. jean-christophe thomas dit :

    Tout arrive, je le lis aussi (je suis en train – de le lire) ; je viens d’apprendre la mort en juin dernier de l’auteur ! hélas… et je ne pourrai le féliciter… Notamment (et pour aller trop vite !) de l’extraordinaire réussite de la Rencontre, au début de la deuxième partie. Le personnage d’Elise est parfait, délicatesse et intelligence de son comportement, de son « texte » – dans le dialogue notamment, du petit déjeuner… Lui me déçoit un peu : il pourrait lui dire un peu quelque chose, pour combler le vide de son mystère, qui tourmente si fort son Elise. Je sais ce qu’il aurait pu dire, je l’ai noté précisément ! Moi qui n’aime pas spécialement la « science fiction » (il n’y en a pas vraiment, ici, d’ailleurs) je suis hanté par le désir de « mater » le Temps ! Nous savons grâce au grand Albert (Einstein…) que « le temps n’existe pas », après tout ! Et à ce propos, je ne me hâte pas de finir ce livre ; je ralentis au contraire, pour rester dans le charme plus longtemps. Merci de votre avis si favorable à ce chef-d’oeuvre, en effet, et pas encore tout lu ! qui m’est désormais cher…

    • Oliver Castle dit :

      Bonjour et bienvenue.

      Vous avez raison de faire durer le plaisir de la lecture. Une fois terminé, il est dur de retrouver un roman qui pourrait s’en approcher tant sa « poésie » est délicate et intime. Si le thème des voyages dans le temps vous intéresse (ou le rapport au temps de façon plus général), je vous conseille Christopher Priest ou Tim Powers (ou mon futur Lithium Breed :), un peu de pub ne fait pas de mal).

      • jean-christophe thomas dit :

        Mille mercis cher Monsieur – (je me souviendrai des vos noms…) En plus de la délicatesse, de l’inventivité, de la véracité dans, notamment, l’invention du détail (pas une seconde on ne peut penser qu’il a « rêvé » tout cela – rien n’a dans ce récit l’allure du rêve – si « nul » en général, n’en déplaise aux surréalistes), en plus de la méticulosité et de l’habileté de la construction… « j’en passe »… ce livre profite du double plan que constitue le fait de l’existence réelle d’une « Elise MacKenna » d’un autre nom derrière la « nôtre »… et notamment bien sûr de LA photo, si saisissante (parmi d’autres), qui déclenche la grand aventure… et qui nous sollicite à notre tour, et nous appelle : nous voilà « appelés » par la même femme, et elle est (fut) réelle… ! Délicieux vertige…

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