Le soldat chamane – Livres 1 & 2

Publié: 14/07/2009 dans Lecture, Roman
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Le soldat chamane est une trilogie de Robin Hobb, qui a fait dorer son nom avec des sagas comme L’assassin royal ou encore Les aventuriers de la mer. Visiblement, les Français n’aiment pas les bouquins qui dépassent 500 pages, le premier volume anglais se retrouve donc découpé en deux : La déchirure suivi du Cavalier Rêveur.

J’en parle sans avoir lu les tomes suivants, car finalement, ils peuvent constituer un ensemble cohérent qui pourraient presque se suffire à eux-même.

Ces deux premiers livres s’attachent donc à dépeindre l’initiation de Jamère Burvelle, destiné à devenir officier dans la cavalerie du roi. On suit sa formation depuis l’âge de 8 ans jusqu’à la moitié de sa première année à l’école militaire. Alors qu’il avait 15 ans, son père le confie à un représentant d’un peuple nomade qui fut défait par la cavalerie une vingtaine d’années plus tôt. Le dit représentant, Dewara, se servira du jeune garçon pour servir ses propres desseins vis-à-vis de son peuple, et au cours d’une expérience chamanique qui ne se passe pas comme prévue, Jamère devient non pas le serviteur de Dewara mais celui de la femme-arbre. A partir de ce moment, Jamère est coupé en deux : une partie de lui est resté dans le monde de la femme-arbre pour devenir son amant/disciple. Il se sent donc tiraillé entre deux modes de pensées, celui inculqué par son père et celui de la femme-arbre qui veut bousiller tout ce qui n’est pas son peuple, les Ocellions.

J’essaie de faire simple pour résumer sans trop dévoiller plus de 900 pages. On se contentera donc de ça.

De toute manière, il ne se passe quasiment rien dans ces deux premiers livres. Ils sont vraiment consacrés à introduire le monde dans lequel évolue Jamère. On apprend donc les codes sociaux où le fils doit reprendre le métier du père, sauf pour les nobles où ça dépend de l’ordre de naissance (Jamère étant le deuxième, il doit devenir militaire, son aîné gèrera le domaine paternel, le puîné deviendra prêtre). On est gavé de politique avec les anciens nobles qui voient d’un mauvais oeil la nouvelle aristocratie (dont fait bien sûr partie Jamère). Et enfin, on nous décrit le mode de vie des Nomades, celui des gens civilisés (par rapport aux Nomades), la guerre, des bribes de vie des militaires et les grandes modifications que le pays est en train de connaître.

Au final, tout cela est relativement bien ennuyeux. Et paradoxalement, j’ai claqué le deuxième livre en deux jours (pressé d’en finir ?).

La narration à la première personne est particulièrement dérangeante car ce n’est pas de la description en temps réel, mais presque façon journal (auquel cas, j’aime bien être prévenu histoire de bien être préparé mentalement).

Le détermination Fantasy est finalement arrachée à coups de forceps tant il est finalement pauvre en représentation du genre. Niveau magie, on utilise que deux sorts… Niveau peuplade extraordinaire, à part les Ocellions, on repassera. Pas de bataille épique, pas d’arc, pas d’épée bâtarde +3… De quoi décevoir les amateurs (bon, en soi, je ne suis pas spécialement un amateur…). Il faut plutôt voir l’univers comme au temps de Napoléon alors que celui avançait son auguste profil dans les terres égyptiennes (ou bien le cavalerie américaine qui s’enfonce dans les terres indiennes, au choix). Une vraie uchronie ou tout du moins un replacement historique aurait été sans doute plus appréciable.

Mais bon, admettons, ce n’est pas le plus dérangeant. Le plus dérangeant, c’est la façon dont l’histoire entière tient sur la rencontre Jamère/Dewara dont la justification donnée par le père est totalement fallacieuse… Dérangeant aussi, la construction de certains morceaux de l’histoire. A quoi sert le premier chapitre ? Si on ne retrouve pas la fille de l’éclaireur dans les prochains livres, je crie au scandale ! Comment des gens peuvent-ils tomber amoureux en un coup de foudre dans une société où les mariages nobles sont arrangés ? (En plus, niveau rebondissements foireux dans les histoires d’amour, ça se pose là…) Et puis ça m’énerve les héros constamment victime de leur vie qui ne font rien d’autres que la subir.

On notera enfin un propos sur les réactions post-colonialistes (peu exploitées), la préservation de la Nature (mal exploité car d’une rare naïveté), le déracinement des peuples (finalement artificiel, au regard de la construction narrative à mon avis biaisée par un CDLS nécessaire – sinon, pas de livre, c’est dommage).

Pour conclure sur ces livres, ils sont plutôt douloureux à encaisser pour le néophyte de Hobb que je suis. Ils sacrifient une histoire déjà pas follement passionnante ni très cohérente sur l’autel de la conception d’un univers riche et réaliste. Je ne recommanderais donc pas spécialement leur lecture tant on peut trouver mieux sur le marché de la Fantasy ! (Les fans de l’auteur auront un avis bien différent, c’est compréhensible.)

Ceci dit, comme je suis plutôt d’un caractère obstiné, j’ai déjà acheté les livres 3 & 4, que je lirai dans quelques temps. Histoire de voir si les livres 1 et 2 sont juste une introduction aussi maladroite qu’indigeste à une aventure qui vaudra finalement la peine d’être lue…

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commentaires
  1. dararara dit :

    vivement la note de demain !

  2. […] dernière chronique littéraire m’avait laissé sur un sentiment d’avoir lu un bouquin qui brassait une grande […]

  3. […] Lu un peu en diagonale, en ne s’attachant qu’à la fin, on pourrait aisément arquer le sourcil et se demander comment un tel pitch arrive à tenir une structure narrative logique avec autant d’éléments aussi disparates. Et bien figurez-vous que non seulement elle tient la route mais elle est riche (dense, chargée, lourde même), sans accroc ni incohérence du début à la fin, et se permet, de surcroît, de flirter avec des personnages historiques (Colleridge et Lord Byron). Ça reste un véritable exercice de style et narratif parfaitement maîtrisé qui fait passer de nombreux autres livres pour de sombres bouses ! (Notamment les derniers que j’ai pu chroniqués.) […]

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