Ami(e) un peu fleur-bleue, ce billet est pour toi. Ami(e) un peu cynique, ce billet est aussi pour toi !

Qu’est-ce qu’un shôjo ? Car il est bon de revenir aux fondamentaux afin que chacun puisse bien saisir toute l’ampleur de ce qui va suivre. Un shôjo est un style de manga traditionnellement à destination des jeunes filles en fleur et de celles un peu plus défraîchies. Il se fonde globalement sur des bons sentiments bien mielleux et des histoires de cœur, s’attachant plus aux relations entre personnages qu’à l’action. On appelle ces derniers des shônen. Notons qu’il existe plusieurs variations de cette école de manga.

  1. Classique, une adolescente aime un garçon qui ne l’aime pas, ou pas dans un premier temps. De façon générale, il est plus vieux, souvent son professeur ou un adulte. Soit c’est très terre à terre, soit dans un trip à la Sailor Moon...
  2. Saphique, une adolescente aime une autre adolescente qui l’aime aussi pour le coup. C’est aussi à destination des demoiselles, bande de pervers ! Ce qui les intéresse, ce sont les relations qui se construisent entre les personnages… enfin, je suppose.
  3. Gay, un adolescent aime un autre adolescent et qui de façon tout à fait surprenante reçoit un lectorat majoritairement féminin.
  4. Classique mais pour les garçons, ou justement c’est un personnage masculin qui est perdu au milieu d’une kyrielle de petites culottes parmi lesquelles il ne sait choisir.

Que cela soit bien clair, Je ne lis aucun des trois premiers. De l’époque où je travaillais dans une librairie spécialisée en BD, j’ai bien essayé J’aime ce que j’aime pour le fun. Une collégienne amoureuse de son prof répétait quasiment à toutes les cases ce qu’elle aimait tout en les faisant.

« J’aime bien faire des gâteaux pour mon professeur. »

« J’aime bien mon ours en peluche à qui je raconte ma vie toute pourrie mais incroyablement fantasmée. »

« J’aime bien faire caca. »

Je caricature à peine…

Toujours est-il que vous aurez compris que, malgré tout, au milieu de mes Dragon Ball et Blame! traînent deux séries dégoulinante de naïveté. Mais, attention, de la naïveté formaté pour mon gène Y (c’est le quatrième genre, le shôjo pour garçons). 100% Ichigo et I’s. Bon, d’accord, il y a aussi Love Hina. Et quoi qu’on en dise, Macross n’en est pas très loin non plus. Officiellement, ils restent classés comme du shônen, mais bon, les relations entre personnages sont tout de même au coeur de la non-action.

Quelle est donc leur particularité pour que je m’y intéresse ? Et bien, le personnage principal est un garçon, ce qui m’arrange nettement plus côté identification. Pourquoi je les lis ? Des fois, je me le demande. Des fois, pour le côté projection que ma vie d’adolescent aurait pu avoir si j’avais eu des filles dans mon entourage (un jour, si l’envie m’en prend, je vous parlerai de la misère collégienne et lycéenne que connaissent tous les parias). Des fois, pour la quantité de petites culottes au centimètre-carré. Des fois, parce que finalement, c’est profondément débile. Et la débilité, c’est souvent ce qui vous empêche de sombrer dans la folie propre à votre quotidien.

On a beau dire que c’est de la lecture pour filles romantiques, il n’en reste pas moins vrai que je suis Rome en toc et que je joue parfois un peu ma vie en les lisant. Et ceci en dépit des situations et personnages totalement from beyond !

« Espèce de gros blaireau ! Pourquoi tu t’intéresses à cette pauvre cruche de Iori ! Regarde, là, ya la super cute Itsuki qui t’attend ! Embrasse-là ! Mais embrasse-là ! Mais non, pas elle ! »

Ce qu’il y a d’absolument fascinant avec les shôjo a priori pour garçons, ce sont les archétypes que les auteurs en mal de créativité n’hésitent même plus à se piquer les uns les autres et à user jusqu’à la corde (quitte à la remplacer et à repartir de plus belle).

  • Le héros. C’est toujours un looser. Toujours. Il n’a pas un physique propre à faire tourner les têtes, il est nul en sport, il n’est même pas intelligent. Mais qu’a-t-il donc pour lui ? Il est généralement un indécrottable obstiné, optimiste et rêveur (on lui associe souvent un talent particulier pour la création artistique). Dans les grandes lignes, ça marche assez bien pour l’identification (évidemment, car c’est un paria lui aussi). L’important pour ce personnage, c’est d’être vrai et d’écouter son cœur.

  • La fadasse de service. Celle dont est ouvertement amoureux le héros. Elle est brune, intelligente, sage, timide mais fait du théâtre et s’écrase pour un rien. C’est une cruche finie avec autant de charisme qu’une huitre. Celle-là, je la déteste. Je ne comprends même pas comment le héros peut s’intéresser à une telle flaque d’eau. (Enfin, si je comprends, la culture japonaise possède une certaine notion poussé de la femme dominée, soumise, parfaite, virginale et tout ça. Mais avec des gros seins.)

  • La petite piquante. Généralement blonde et aux cheveux courts, elle est bizarrement toujours mon choix, quoi qu’il arrive. Indépendante, volontaire et décidée, elle ne brille pas à l’école mais réussit sur les autres plans professionnelles (très doués dans les tâches manuelles par exemple, pâtisserie, sculpture, etc.). Elle a le mérite d’avoir une personnalité un peu plus affirmée. En générale, elle n’a pas de poitrine, pour qui aime avoir tous les détails.

  • La grosse cochonne. Personnalité surjouée, ultra amoureuse, ultra rejétée, bornée, tête de lard, attributs mammaires gigantesques, déconneuse. C’est un personnage de second plan qui marche très bien. Toutes les allusions cochonnes sortent généralement de sa bouche. Elle passe également son temps à frapper le héros pour un oui ou pour un non. Surtout quand il tombe par hasard dans les vestiaires des filles…

  • Le prof (ou la prof). Toujours l’exubérance à la puissance 4, surtout envers le héros. Il lui trouve toujours des plans foireux à exécuter sous peine de punition divine. Plans qui introduisent une situation privilégiée avec une demoiselle.
  • Les sous-vêtements. Tout est prétexte à en mettre une page sur trois. Le vent, la chute malheureuse, le T-shirt mouillé, des vestiaires… Pour plus d’informations sur le Japon et les petites culottes, je vous renvoie aux archives de Culture en placard.

  • Le meilleur ami. Souvent aussi moche et seul que le héros, il apparaît paradoxalement comme un puits de science en matière de filles. Et se révèle toujours de bon conseil : « Oublie machine, va voir truc », « Embrasse truc après avoir créer une situation invraisemblable », « Tiens un photo-montage de machine toute nue ».
  • Le bogoss. Sûr de lui, il a toute les filles à ses pieds mais il décide d’arrêter d’user des filles comme un vulgaire biftek pour jeter son dévolu sur la fadasse de service. Ça devrait arranger le héros, qui a une excuse valable pour ne plus s’occuper de cette tête à claques et aller retrouver la piquante… Mais non, rappelez-vous, il est indécrottablement obstiné !
  • Le voyage organisé obligatoire. Pour le rapprochement des cœurs, avec une intervention du prof et du bogoss comme déclencheur. La mer et les maillots de bain ne sont jamais bien loin.
  • Le triangle pentagone amoureux. Car dans certains, ça prend des proportions dantesques ! Le plus souvent, ça se limite au héros amoureux de deux filles (la fadasse et la piquante) qui n’arrive pas à faire son choix (le gros naze, avec moi, toute les histoires seraient pliées en un tome !). Mais des fois, c’est l’orgie, elles sont une demi-douzaine à être clairement attirées par notre moche de héros, parce qu’au fond il a du cœur. Comme si, dans la vraie vie, les filles prenaient le temps de chercher la beauté intérieure…
  • Questionitude. Le héros passe son temps à se prendre à la tête. Est-ce que je l’aime ? M’aime-t-elle ? L’aimé-je-t-elle autant qu’elle m’aime-je ? Dans quelle étatgère ? Suis-je amoureux d’elle ? Ou d’elle ? Ou d’elle ? Ou d’elle ? Qu’en pense mon meilleur ami ? Quelle heure est-il ? Mais à qui est cette petite culotte ? Évidement, le type est tellement indécis sur la fille avec qui il veut sortir, quand il se décide, elle part à l’étranger, se trouve un autre mec, etc.

  • Platoniquitude. Il ne se passe jamais rien. Rien, rien et rien avant le dernier tome. Un baiser, c’est l’évènement du siècle et ça arrive par accident (« oups j’ai glissé »). Les autres styles n’hésitent à y aller franco avec des galoches et beaucoup plus si affinité, mais le shôjo pour garçon mise tout sur la frustration (+100 point d’identification) !

Tout est 100% véridique et vrai dans chacun des shôjo présents sur mon étagère. On pourrait croire que c’est digne d’un Arlequin ou des Vacances de l’amour, mais je n’exagère rien !

Je critique, je critique, mais je les achète ! Je revendique même ma fanboyitude. Un psy aurait sûrement des choses très intéressante à dire sur ses petites culottes, la frustration, l’identification au personnage principal, la profusion de filles, la frustration… Comme je le disais hier, ça me permet de me refaire une vie lycéenne pleine d’extravagance que je n’ai pas eu. Il faut dire que je me retrouve un peu aussi dans cette propension qu’a le héros à passer d’une nana à l’autre, toujours de manière de fantasmes et de plans sur la comète, sans jamais oser faire le pas… mais ça c’est une autre histoire.

Mes recommandations :

  • En manga papier, 100% Ichigo, pour tout le coté orgiaque du pentagone amoureux. Peut-être aurais-je un avis différent une fois Vidéo Girl Aï lu.
  • En animation, il n’y a pas photo, Entre elle et lui ou Kare Kano pour les intimes. C’est d’un rare finesse en matière d’expression des sentiments amoureux au lycée, l’héroïne est complètement déjantée, l’animation made in Gainax est délirante, c’est plein d’humour. C’est vraiment mon gros coup de cœur !
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commentaires
  1. Jaessa dit :

    Oui, j’ai eu ma période où je lisais ce que tu appelles les shôjo « Gay, un adolescent aime un autre adolescent et qui de façon tout à fait surprenante reçoit un lectorat majoritairement féminin. »

    Y’a un côté…Je sais pas…Sexy? J’avoue m’être jamais demandé pourquoi on lisait ça. Pourquoi on en était tellement dingue. Mais on en redemandait.

    Je citerai juste Yami no Matsuei. Qui reste soft (se passe rien), tout est dans la suggestion, et ça reste toujours classe, jamais graveleux.

  2. Le Shojo Gay, s’appellent Yaoi. Et il n’a rien de gay dans la mesure où il est principalement destiné au lectorat feminin hétérosexuel. Faite lire un Yaoi à un homo, ca le laissera froid (ou alors s’il est en plein trip emo à la con). Le manga Gay vrai (Bara) est principalement pornographique (dans le genre hardcore), et met en scène surtout des gars baraqués à contrario des Yaoi.

  3. Perséphone dit :

    « Espèce de gros blaireau ! Pourquoi tu t’intéresses à cette pauvre cruche de Iori ! Regarde, là, ya la super cute Itsuki qui t’attend ! Embrasse-là ! Mais embrasse-là ! Mais non, pas elle !»
    Mais tellement…!! 😄
    Itsuki ftw! \o/
    C’est bien la seule série manga que j’ai dû lire, d’ailleurs, (et c’est un mec qui me l’avait conseillée) certaines choses qui se passent dans I »s reflètent un peu ma façon de penser ^^ (par exemple, c’est quand on arrête d’essayer de se forcer à faire qqch qu’on peut enfin le faire (genre la ‘déclaration’ de trucmuche à Iori où il s’est torturé la tête pendant je sais pas combien de volumes pour se déclarer et que c’est au détour d’une phrase à la con qu’il lui dit finalement))

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  8. […] lu le roman, la Young Adult étant bizarrement un genre littéraire que je consomme plutôt sous forme de manga. Il faut dire aussi que je suis plein de préjugés sans fondement à cause de Twilight et que je […]

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